XX. MACHIAVEL A SAN CASCIANO
je lui ai déduits, encore que je l'augmente et nettoie. J'ai discouru avec Casavecchia pour savoir s'il convenait ou non de dédier ce mien opuscule à messer Julien^, et le lui dédiant, s'il valait mieux l'envoyer ou le porter. D'une part, je dois craindre que Julien ne le lise pas, et que l' Ardinghelli ^ ne réussisse à retirer honneur de cette mienne fatigue. Et d'autre part me pousse à le donner la nécessité qui me talonne ; car je m'use et ne puis rester longtemps ainsi que je ne devienne méprisable par pauvreté. Après quoi, j'aimerais que les seigneurs Médicis commençassent à m'employer, dussent-ils d'abord me faire rouler une pierre ; et si par la suite je ne gagnais leur faveur, je n'aurais à m'en prendre qu'à moi-même. En lisant ce mien ouvrage on verrait que les quinze ans que j'ai passés à étudier l'art de l'Etat, je ne les ai ni dormis ni joués, et chacun devrait se
accetto ; perô io lo indirizzo alla Magnificenza di Giuliano. Filippo Casavecchia 1' ha visto ; vi potrà ragguagliare délia cosa in se, e de' ragionamenti ho avuti seco, ancorchè tutta volta lo ingrasso e lo ripulisco.
Ho ragionato col Casavecchia, se era bene o pur no dare questo mio opuscolo a Messer Giuliano. E dandolo, se era meglio mandarlo o portarlo. Dubito da una parte che il Magnifico neppure lo legga, e che 1' Ardinghelli finisca col farsi onore di questa mia fatica. Da un altro lato mi spinge a darlo la nécessita che mi caccia, perché io mi logoro e lungo tempo non posso stare cosî, che io non diventi per povertà contennendo. Appresso il desiderio avrei che questi signori Medici mi cominciassino adoperare, se dovessino cominciare a farmi voltolare un sasso ; perché se io poi non me li guadagnassi, io mi dorrei di me. E per questa cosa, quando la fossi letta, si vedrebbe che quindici anni che io sono stato a studio deir arte dello stato, non gli ho né dormiti né giuocati, e
^ Julien de Médicis, 1479-1516, fils de Laurent le Magnifique. Prince ambitieux et chimérique, il voulait tenter de vastes entreprises, mais la mort ne lui en laissa pas le temps. Lorsqu'il trépassa, Machiavel n'avait pas encore dédié son Prince qui fut offert à Laurent, duc d'Urbin (1492-1519), neveu du défunt. C'est lui que Michel Ange a sculpté dans l'attitude du Penseroso. Il fut le père de Catherine de Médicis, reine de France.
- Intrigant de l'entourage de Julien de Médicis, et fort mal disposé envers Machiavel.
vouloir servir d'un homme qui aux frais d'autrui s'est empli d'expérience. Pour ce qui est de ma fidélité, on n'en devrait point douter ; l'ayant toujours observée, ce n'est pas aujourd'hui que j'apprendrai à la rompre ; qui a été fidèle et bon quarante-trois ans, je les ai, ne doit pouvoir muer de nature ; de ma fidélité et bonté, ma pauvreté en témoigne.
dovrebbe ciascuno aver caro servirsi di uno che aile spese d' altri fosse pieno di esperienza. E délia fede mia non si dovrebbe dubitare, perché, avendo sempre osservato la fede io non debbo imparare ora a romperla ; e chi è stato fedele e buono quarantatrè anni, che io ho, non debbe poter mutare natura ; e délia fede e bontà mia ne è testimonio la povertà mia. »