‹ La pensée de Nicholas MachiavelliChapitre 168 sur 175 · XX. MACHIAVEL A SAN CASCIANO · texte numérisé non relu

XX. MACHIAVEL A SAN CASCIANO

il me souvient des miennes, et me délecte un temps en te penser. Ensuite je me transporte sur la route, en Tauberge, devise avec les passants, demande des nouvelles de leurs pays, entends diverses choses, et note divers goûts et fantaisies des hommes. Puis survient l'heure de dîner, je vais alors manger avec ma troupe les aliments que donnent ma pauvre campagne et mesquin patrimoine. Après manger, je retourne en l'auberge. D'ordinaire, il y a l'hôte, un boucher, un meunier et deux boulangers. Avec eux, je m'encanaille tout le restant du jour, jouant aux cartes ou au tric-trac, d'où naissent mille contestes et mille riottes injurieuses. Le plus souvent, l'on se bat pour un sol et quelquefois nous entend-on crier jusqu'à San Casciano. Plongé de la sorte dans cette gueuserie, j'empêche que mon cerveau ne moisisse et me soulage de ma mauvaise fortune, content de me laisser en telle guise fouler aux pieds pour voir si elle ne finira point par en avoir vergogne.

Le soir, je me retire en ma librairie, à la porte de laquelle dépouillant mes vêtements rustiques pleins de fange et de boue, je mets des habits de cour, et cérémonieusement vêtu, j'entre en les cours antiques

e godomi un pczzo in questo pensiero. Trasferiscomi poi in sulla strada, nell'osteria, parlo con quelli che passano, domando délie nuove de' paesi loro, intendo varie cose, e noto vari gusti e diverse fantasie di uomini. Viene in questo mentre i'ora del desinare, dove con la mia brigata mi mangio quelli cibi, che questa mia povera villa et paululo patrimonio comporta. Mangiato che ho, ritorno nell' osteria. Qui è 1' oste per r ordinario, un beccaio, un mugniaio, due fornacciai. Con questi io m'in gaglioffo per tutto dî, giuocando a cricca, trie trac, e dove nascono mille contese e mille dispetti di parole ingiuriose, ed il più délie volte si combatte un quattrino, e siamo sentiti nondimanco gridare da San Casciano. Cosi nnvolto in questa viltà traggo il cervello di muffa, e sfogo la malipnità di questa mia sorte, sendo contento mi calpesti per quella via, per vedere se la se ne vcrgognasse.

Venuta la sera, mi ritiro a casa ed entro ne! mio scrittoio, d in suir uscio ini spoglio quclIa veste contadina, piena di

des hommes d'autrefois. Amoureusement accueilli par eux, je me pais de cette pâture qui seule est mienne et pour laquelle je suis né. J'ose leur parler et demander la raison de leurs actes ; et par courtoisie ils me répondent, et quatre heures durant je ne sens plus d'ennui, j'oublie tout chagrin, ne crains plus la pauvreté, plus ne m'épouvante la mort, tout entier je me transporte en eux. Comme Dante a dit qu'il n'est science si l'on ne retient ce qui a été entendu, j'ai noté tout ce que j'ai amassé dans leur conversation et composé un opuscule, ('^De principatibus^,))0\x je m'enfonce autant que je puis dans les réflexions de ce* sujet, discutant ce qu'est un principat, de combien d'espèces il y en a, comment ils s'acquièrent, comment ils se conservent, pourquoi ils se perdent ? Et si jamais vous plut aucune mienne fantaisie, celle-ci ne vous devrait point déplaire, et un prince, surtout un prince nouveau, devrait l'avoir pour agréable. C'est pourquoi je le dédie à la Magnificence de Julien. Filippo Casavecchia l'a vu ; il vous pourra parler de la chose en soi, et des raisonnements que

fango et di loto, e mi metto panni reali e curiali, e rivestito condecentemente, entro nelle antiche corti degli antichi uomini, dove da loro ricevuto amorevolmente, mi pasco di quel cibo che solum è mio, e che io nacqui per lui ; dove io non mi vergogno parlare con loro e domandare délia ragione; délie loro azioni, e quelli per loro umanità mi rispondono, e non sento per quattro ore di tempo alcuna noia, sdimentico ogni affanno, non temo la povertà, non mi sbigottisce la morte tutto mi trasferisco in loro. E perché Dante dice, — che non fu scienza senza ritener Io inteso, — io ho notât o quello di che per la loro conversazione ho fatto capitale, e composto un opuscolo (le Principatibus, dove io mi profond© quanto io posso nelle cogitazioni di questo subietto, disputando che cosa è principatO; di quali spezie sono, come e' si acquistano, corne e' si mantengono, perché e' si perdono. E se vi piacque mai alcun mio ghiribizzo, questo non vi dovrebbe dispiacere, e a un principe, e massime ad un principe nuovo dovrebbe essere

^ Cette appellation fait supposer que Machiavel n'avait pas encore arrêté le titre définitif de son ouvrage : Le Prince.

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