‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 20 sur 52 · Trahi par un Apôtre · texte numérisé non relu

Trahi par un Apôtre

Cependant Judas, à la tête d’une troupe de gens armés, a pénétré dans le jardin de Gethsémani. Ils pensent surprendre Jésus, convaincus qu’il ne soupçonne nullement ce qui l’attend. Furtivement, ils se glissent dans le jardin et soudain, à leur grande surprise, ils voient dans l’ombre Jésus s’avancer vers eux entouré de ses disciples. Judas se ressaisit bientôt, et, comme il a été convenu, il s’approche du Sauveur, le salue, suivant l’usage du temps, en lui donnant un baiser, et lui dit : « Maître, je vous salue ! »

La trahison de Judas était pour Jésus une humiliation et une amertume. Le fait qu’un de ses Apôtres s’était détaché de lui pour passer à ses ennemis, semblait indiquer chez lui la conviction que les affaires de son Maître n’avaient pas grande importance. — La manière même dont la trahison s’était faite avait quelque chose de révoltant : Judas, de son propre mouvement, était allé trouver les ennemis et s’était offert à mettre son Maître entre leurs mains, s’ils lui donnaient quelque argent. Pour trente deniers, il se jugeait satisfait ! Et c’est ainsi que Judas traite le Maître, dont il a reçu tant de bienfaits, qui a mis sa confiance en lui, qui l’a choisi entre tant d’autres pour en faire un Apôtre ! Quelle déception ! — Et ce baiser, quelle lâcheté ! quelle bassesse ! Par un signe d’amitié, Judas livre son Maître à ses ennemis mortels.

LA NUIT DE LA PASSION

— Et Jésus, que fàit-il ? « Mon ami, pourquoi êtesvous venu ? » « Judas ! vous trahissez le Fils de l’homme par un baiser ! » Jésus appelle Judas son « ami ». — Qui donc d’entre nous ne serait heureux d’entendre ce nom de la bouche de Jésus ? Et c’est en ce moment que Jésus parle ainsi au traître ! Il veut lui montrer une fois encore qu’il lit en lui et sait bien ce que signifie ce baiser. En même temps, Judas doit comprendre que Jésus n’est point irrité contre lui, qu’il ne le rejette point. C’était une dernière grâce faite à Judas : il la refuse !

Il peut nous arriver également de connaître ces amertumes et de nous voir trahis par ceux en qui nous avions confiance, à qui nous avions témoigné des préférences. Quelle n’est pas alors notre irritation ! Nous nous sentons profondément blessés, nous sommes tentés de nous venger. — C’est une épreuve, une permission de la divine Providence. Nous devons alors pratiquer la douceur et la patience, réprimer les sentiments d’aversion ou de vengeance. La charité chrétienne nous commande d’aimer nos ennemis et ceux qui nous font du mal, de souhaiter leur bien, de prier pour eux afin qu’ils reconnaissent leur faute et se corrigent. Ces pénibles expériences ne doivent pas nous aigrir, et si nous sentons quelque amertume, rappelons-nous notre résolution : Soyons contents si nous ne sommes pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été !

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