‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 19 sur 52 · L AGONIE DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

L AGONIE DU SEIGNEUR

force ? Nous l’ignorons. Nous pouvons supposer que l’Ange lui rappela la volonté du Père auquel, par son sacrifice, il rendrait tant de gloire, et les bénédictions et les grâces dont sa Passion serait la source pour les hommes. — De nouveau, Jésus est seul. Il est temps de prendre une décision. Il voit Judas s’approchant à la tête d’une troupe de gens armés. — Il a reconnu que le Père veut son sacrifice ; alors il n’hésite plus ; il ne laisse plus libre cours aux protestations de la nature humaine ; il réagit contre elles. Mais en même temps l’angoisse devient plus accablante, et la lutte est si vive qu’ « il lui vient une sueur comme de gouttes de sang, qui coule jusqu’à terre » (Luc, xxvi, 44). Jamais le monde n’a vu chose pareille. Mais sa volonté triomphe. Nous ne le reconnaissons plus. Il revient à ses disciples, les réveille et marche résolument au-devant de ses ennemis.

Il peut y avoir pour nous, au cours de notre vie, des heures semblables à celles que Jésus voulut connaître au jardin des Oliviers. Nous nous trouvons en face d’un sacrifice à faire, et tout proteste en nous ; nous en venons à dire qu’il ne devrait pas en être ainsi. Du plus profond de notre cœur, nous crions à Dieu notre détresse. Dieu ne devrait pas nous demander cela ! Il doit nous exaucer, il faut qu’il nous exauce ! — Gardons-nous de penser, comme nous sommes peut-être tentés de le faire, que Dieu ne peut pas nous demander un tel sacrifice. Il est le Maître et Seigneur ! Il n’a point à tenir compte de nos intérêts terrestres, de nos désirs, de nos craintes, de nos supplications, de nos angoisses, de notre agonie ; il n’en a pas tenu compte

TROISIÈME SECTION

pour son propre Fils ! Il peut se faire qu’il demande ce sacrifice.

Rappelons-nous toujours que sur cette terre une seule chose est nécessaire : il faut que sa sainte volonté soit faite. Tout le reste est accessoire. Nous en avons dans le Sauveur une preuve d’une clarté qu’on pourrait appeler effrayante. La vie de l’Homme-Dieu est, elle-même, chose secondaire ! Le Père ne prend pas en considération les supplications de son Fils ! Que son corps soit si cruellement torturé, que sa vie et l’œuvre de sa vie semblent pitoyablement perdues, qu’il expire lui-même, accablé d’injures et de moqueries, que ses ennemis triomphent... tout cela est secondaire. Ce qui importe, c’est que la volonté du Père s’accomplisse et que Jésus, par sa mort sur la croix, lui rende une gloire qui ne peut être surpassée, et qu’en retour de cette glorification, le Père nous ouvre de nouveau le ciel.

Or, ne nous lassons pas de le répéter, nous avons été créés uniquement pour glorifier Dieu par le sacrifice qui consiste à nous donner nous-mêmes. Nous ne sommes point sur cette terre pour y être commodément, pour y trouver plaisirs, honneurs, estime, réputation, situation élevée, etc., etc. Notre devoir essentiel est de nous incliner devant la volonté de Dieu, et à Dieu seul il appartient de régler comment nous devons le faire. Il est le Maître. Nous n’avons pas le droit de lui poser des conditions ou de lui donner des ordres sur ce point. Nous ne devons pas contrarier sa volonté ou nous dérober, s’il demande une chose contraire

l'agonie du seigneur

à nos désirs. Il n’est pas nécessaire non plus que l’œuvre entreprise par nous réussisse, que nous ayons mis nos plans à exécution, que le but poursuivi soit atteint ; une seule chose est nécessaire ; il faut que la volonté de Dieu soit faite.

Si de telles heures viennent pour nous, n’oublions pas que nous avons là l’occasion de rendre à Dieu une gloire plus grande que nous ne pourrions le faire, si tout allait conformément à nos désirs. L’acte le plus excellent dont nous soyons capables, est celui par lequel nous renonçons à notre volonté propre pour nous soumettre à la volonté de Dieu. Rien n’importe davantage que la plus grande gloire de Dieu. Le Sauveur lui-même n’a point, par ses miracles, par sa Transfiguration, par l’éclat de son entrée dans Jérusalem, rendu à son Père autant de gloire qu’en lui obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la Croix.

Lors donc que ces heures, que nous appelons les heures du jardin des Oliviers, viennent pour nous, considérons les souffrances de Jésus et répétons sa prière : « Père, que votre volonté soit faite et non la mienne. Si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite. » — Demandons-lui la force, afin d’offrir à son exemple le sacrifice que le Père céleste veut de nous. Si nous avons peur, si l’angoisse nous accable, si notre cœur souffre l’agonie, rappelons-nous notre résolution : Soyons contents, si nous ne sommes pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été.

A L’ÉCOLE DE SAINT IGNACE

TROISIÈME SECTION

La nuit de la Passion

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