Jésus entre les mains de ses ennemis
La troupe ainsi jetée à terre s’est relevée et, de nouveau, entoure Jésus. « Qui cherchez-vous ? » demande-t-il une seconde fois. — « Jésus de Nazareth ». — « Je vous ai déjà dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » Et comme quelques-uns de la troupe s’approchent du Sauveur, « Pierre, qui avait une épée, la tire, en frappe un des serviteurs du grandprêtre et lui coupe l’oreille droite ». Jésus ne veut
LA NUIT DE LA PASSION
pas qu’on résiste davantage ; il guérit le blessé sans en être empêché par les soldats qui laissent les Apôtres en liberté. A Pierre lui-même il n’arrive rien de fâcheux. Alors Jésus s’adresse à ses véritables ennemis, aux grands-prêtres, aux Scribes, aux Anciens, aux Pharisiens, qui se sont joints à la troupe armée pour s’assurer du succès de leur plan, et il leur dit d’amères vérités : « Vous êtes venus armés de torches, d’épées et de bâtons pour me prendre comme un voleur. J’étais tous les jours assis au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point arrêté. Vous faites comme les criminels qui préfèrent l’obscurité de la nuit pour agir. Mais c’est ici votre heure et la puissance des ténèbres. » « L’heure des ténèbres est bien la vôtre, vous haïssez la lumière et vous aimez les ténèbres. » Et nul ne songe à interrompre Jésus, à lui imposer silence. Aussi longtemps qu’il le veut, on ne peut rien contre lui. Il veut prouver à ses ennemis qu’ils ne sauraient s’opposer à sa volonté et que c’est en toute liberté qu’il se met en leur pouvoir. — Sur ces dernières paroles de Jésus, la contrainte mystérieuse qui retient la troupe armée semble cesser : les soldats s’emparent de Jésus, le lient et l’emmènent. Jésus est leur prisonnier.
Se voir privé de sa liberté, dans l’impossibilité de se conduire à son gré, réduit à subir la volonté d’autrui, c’est pour tout homme une humiliation. Et quand il s’agit du Fils de Dieu, nous ne pouvons comprendre qu’une telle humiliation soit possible ; il nous semble qu’il y ait là une contradiction. Et Jésus s’y soumet librement. On dirait qu’il ne peut faire autrement, qu’il est réellement privé de sa
TROISIÈME SECTION
liberté. Telle est la volonté du Père céleste, et Jésus obéit.
Il veut aussi satisfaire pour nos fautes, lorsque nous trouvons intolérable l’obligation de nous incliner devant la volonté de Dieu et d’obéir à ses commandements que nous regardons comme des chaînes. Sans doute, il peut nous paraître dur de n’être point entièrement libres ; d’être tenus à l’obéissance envers d’autres qui ont le droit de nous commander sans que nous puissions nous dérober à cette contrainte ; il peut se faire que des religieux trouvent pénible leur vœu d’obéissance ; rappelonsnous alors notre résolution : Soyons contents de n’être pas mieux traités que le Sauveur ne l’a été. Nous sommes sous l’obéissance de ceux qui nous aiment et veulent notre bien. Jésus était au pouvoir de ses ennemis mortels.