‹ La pensée directrice des exercicesChapitre 48 sur 52 · V. — Dieu , source de tout bien , se donne lui-même à moi · texte numérisé non relu

V. — Dieu , source de tout bien , se donne lui-même à moi

Par nécessité naturelle, nous aspirons avec ardeur à la vérité et au bonheur. Quelles recherches, quelles études l’homme ne s’impose-t-il pas pour enrichir ses connaissances ! Résoudre une question, découvrir une vérité, saisir l’ensemble et l’enchaînement de certains faits*, avoir découvert du nouveau, voilà pour lui une satisfaction bien douce, et dont il est fier. Mais tout le savoir humain reste incomplet. La vérité totale, lumineuse, donnant pleine satisfaction à nos aspirations, ne se trouve qu’en Dieu seul. Combien de choses sur cette terre sont pour nous une source de contentement, de plaisir, de jouissance ! Commençons par ce qui concerne les sens : la saveur des aliments, les divers agréments de la vie, les charmes de la nature, la beauté des fleurs et des paysages, la majesté de la mer et des montagnes. Viennent ensuite les jouissances que nous procurent les belles peintures, les douces mélodies des concerts, opéras et autres œuvres remarquables du même genre. Quel charme nous goûtons dans la société d’hommes reconnus pour la noblesse de leurs sentiments, leur bonté, leur droiture, leur prudence ! Cette noblesse, cette droiture, cette pureté, cette douceur, cette bonté éclatent dans toute leur personne. A ces beautés, à ces douceurs

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nous aspirons de tout notre être. Combien d’efforts et souvent combien d’argent dépensés dans ce but ! On entreprend parfois de longs voyages pour en jouir ; on porte envie à ceux qui peuvent en profiter, et ceux-là se plaisent à décrire le charme, la beauté de ce qu’ils ont vu ou entendu ; leur cœur en est pénétré et le souvenir leur donne toujours une nouvelle joie.

Et cependant, il n’y a là qu’un bien pâle reflet de la magnificence de Dieu ! Et, dans sa création, Dieu a mis ce reflet de son infinie beauté, afin que nous puissions nous faire quelque idée de son infinie grandeur, de son indicible beauté ! Réunissons tout ce bonheur ravissant que la terre peut nous offrir pour nous charmer, grandeur, noblesse, harmonie, majesté, sagesse, bonté, enthousiasme ; multiplions-en indéfiniment le nombre et la valeur, donnons libre carrière à notre imagination, nous n’aurons, répétons-le, qu’un très pâle reflet de la beauté de Dieu, qui reste toujours infiniment supérieure à tout ce que nous pouvons voir ou imaginer.

Si nous savions, si nous pouvions même un peu nous représenter ce qu’est Dieu, nous ne comprendrions point que l’homme attache tant de prix aux joies et aux beautés de la terre, au lieu de tendre de toute l’ardeur de ses aspirations à Dieu. Lorsque quelqu’une de ces joies nous est donnée, lorsqu’il nous arrive de goûter quelqu’une de ces satisfactions, au lieu de nous y attarder, nous tournerions nos regards vers lui dont nous voyons ici un simple vestige. Avec saint Ignace, nous dirions : « Combien la terre me paraît peu de chose, lorsque je regarde le ciel ! » Comme saint Paul, nous regar-

derions toutes choses comme des ordures afin de gagner Jésus-Christ. Nous éprouverions une véritable nostalgie, un brûlant désir d’aller à Dieu, et nous pourrions répéter les mots du Psalmiste :

« Comme le cerf soupire après une source d’eau, ainsi mon âme soupire après vous, ô Dieu, mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant. Quand viendrai-je à paraître en présence de Dieu ! » (Ps. xlï, 1, 2.)

Les anges et les saints voient Dieu et, ravis de l’éclat de sa majesté et de sa magnificence, ivres de joie, ils mettent leur bonheur à chanter sa gloire, sa bonté, son amour. — Un poète moderne a tenté de peindre ainsi, chez les damnés euxmemes, l’ardente aspiration à Dieu :

« Et le ciel fût-il mille fois plus loin de nous,

« Au delà de l’étang de l’enfer ;

« Quand il faudrait par une échelle de feu « Monter vers Lui,

« Quand chaque échelon serait une épine de fer,

« Chaque pas, une souffrance, une torture.

« Quand il faudrait mille années pour y atteindre, « Oh [pour une fois seulement contempler sa face! Et au prix de telles souffrances, voir une seule fois la face de Dieu ! Avec quelle ardeur ne devonsnous pas, nous, aspirer à la contempler !

Mais puis-je vraiment aspirer au bonheur de voir Dieu, de l’aimer moi, pauvre ver de terre ! moi, misérable pécheur ! Un abîme infranchissable ne me sépare-t-il point de lui ! L’amour n’est possible qu’entre semblables. A l’égard de supérieurs, il faut la réserve, le respect, la soumission, tout au plus l’enthousiasme, l’empressement à servir,

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la fidélité. Ne dois-je pas craindre d’être repoussé si je m’approche de lui, le Dieu infini, le Saint, le Tout-Puissant, si je veux l’aimer ? Le sentiment de ma petitesse, de ma misère, de ma culpabilité ne doit-il pas me retenir, au point de n’oser nullement me présenter devant lui ?

Non, certes ; tout au contraire, Dieu veut que je l’aime ; il demande et sollicite mon amour ! Pour moi, il a comblé l’abîme infranchissable, par la grâce, il m’a transformé au point que je puis l’aimer comme un enfant aime son père.

Il y a davantage. Par tous ses dons, par sa présence auprès de moi, en agissant et en travaillant pour moi, par tous ses sacrifices, car le véritable amour se témoigne ainsi, il veut se donner lui-même à moi ! Déjà, sur cette terre, je dois le posséder autant qu’il est possible, comme je vois bien par la sainte Communion, afin qu’un jour, dans l’éternité, je puisse en toute réalité dire de Lui, qui est la source de toute vérité et de toute beauté, de toute joie et de toute félicité : Il est à moi ! Dieu se donne à moi, avec tout ce qu’il est et tout ce qu’il possède, il veut m’en faire part, et non pas seulement dans la mesure que comporte ma nature humaine : afin que je le possède dans l’éternité et dans une mesure que, seule, sa toute-puissance pouvait établir, il a tout disposé, il a fait un miracle et, par la grâce sanctifiante, il m’a rendu participant de sa nature divine, en sorte que je puis, un jour, le contempler face à face, m’unir à lui d’une manière merveilleuse, participer à sa joie et à sa béatitude ineffables, le posséder dans l’amour.

Ce Dieu, qui est l’Infini, se présente à moi, et

me dit : « Enfant des hommes, m’aimez-vous ? Ne voulez-vous pas vous donner en propriété à moi par amour, comme je me donne moi-même ? Voyez : c’est dans ce but que je vous ai créé ; dans ce but, par la grâce sanctifiante, j’ai fait de vous mon enfant ; dans ce but, je vous ai comblé de mes bienfaits, je vous ai donné ma présence, j’ai agi et travaillé pour vous. Dans mon humanité, j’ai souffert, je suis mort pour vous sur la croix, afin de me donner entièrement à vous. Ne voules-vous pas me rendre amour pour amour et vous donner à moi ? Vous aimez tant de choses qui vous plaisent ; votre joie est si vive lorsque vous rencontrez la beauté. Et cependant tout cela n’est qu’un reflet, un faible reflet de ma beauté,, de ma magnificence î Pourquoi ne me désirez-vous pas avec plus d’ardeur ? Ma beauté est bien plus grande que la beauté terrestre ? Si vous êtes heureux et fier de posséder tel ou tel bien de ce monde, pourquoi ne désirezvous pas plus vivement encore posséder en moi le bien suprême ? Et quand je me donne sans réserve, mettrez-vous des réserves à votre amour pour moi ?

Puis-je donc ne pas répondre : « Oui, Seigneur, je vous aime ! De même que, dans votre ineffable amour, vous faites tout pour vous donner à moi, je veux n’épargner aucun effort pour me donner toujours plus parfaitement à vous. Je me donne à vous totalement avec tout ce que je suis et tout ce que je possède. Je n’ai rien à moi, tout est votre propriété, et vous en disposerez selon votre bon plaisir. Je ne vivrai plus pour moi, mais uniquement pour vous. De même que vous me donnez tout ce qui est vôtre, je veux que vous possédiez

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tout ce qui m’appartient. De même que vous agissez et travaillez pour moi, que vous avez souffert et sacrifié votre vie pour moi, je travaillerai pour vous, pour vous je souffrirai et me sacrifierai, pour vous, je n rrai.

« Prenez, recevez le sacrifice du don sans réserve de moi-même. Je vous donne ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et ma volonté ! Tout ce que je suis, tout ce que j’ai, vous me l’avez donné : je vous le rends, afin que je sois à vous et que vous disposiez de moi à votre gré. Je vous demande une seule chose : Aidez-moi à vous aimer toujours davantage. Donnez-moi votre grâce, afin que, par amour, je vous serve toujours plus fidèlement. Alors, je suis assez riche et je ne demande rien de plus. »

Imprimé en France par l’Imprimerie de l’Est a Besançon

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