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III. — Dieu agit et travaille pour nous

L’amour veut de plus travailler pour l’aimé. Nous en avons de nouveau l’exemple dans l’amour maternel. Une mère n’est jamais plus heureuse que lorsqu’elle peut travailler pour son enfant. Elle trouve de la douceur à se fatiguer, à se renoncer, à se sacrifier, à souffrir pour le bien et le bonheur de son enfant. Et Dieu, combien n’a-t-il pas agi et travaillé pour nous ! Combien sans cesse il agit et travaille pour nous ! Et notre étonnement est d’autant plus grand que nous sommes habitués à être servis par des inférieurs. Il nous est toujours pénible de voir de hauts personnages remplir auprès de nous cet office. Et quelle n’est pas notre admiration pour tant de nobles filles, pour taBt de religieuses d’illustres familles, prodiguant durant

toute leur vie leurs soins aux malades, aux blessés, aux orphelins, à tous les malheureux et abandonnés ! A juste titre, nous admirons leur héroïsme, et cependant il ne s’agit ici que d’une question de condition plus ou moins élevée, et non d’une différence de nature et d’essence.

Et moi, je vois un Dieu qui est l’Infini, se mettre à mon service et travailler pour moi ! Il m’a appelé à l’existence, il a créé la matière dont se compose mon corps. Son souffle divin lui a donné une âme. La terre, avec tout ce qu’elle offre, est l’œuvre de ses mains. C’est lui qui conserve à toutes choses l’existence. Il continue sans cesse de travailler pour moi, car sa coopération est partout nécessaire. Il pense à moi comme une mère tendrement aimante garde toujours en son cœur la pensée de son enfant, tout en préparant ses langes, puis ses vêtements, ses repas, tout en préparant le repas qu’elle fera à l’enfant revenant à elle après une absence. Ainsi Dieu met sa joie à disposer de manière à me servir tout ce qu’il fait naître, croître et mûrir pour mon utilité.

Sa toute-puissance a travaillé bien autrement encore pour qu’il me fut possible d’avoir part à son éternelle félicité. Là, il a fallu faire un miracle plus grand, certes, plus admirable, que s’il eût créé pour moi un monde nouveau. Par la grâce sanctifiante, il nous a élevés si haut que nous ressemblons à des dieux plutôt qu’à des hommes. — Il lui en a coûté davantage, en effet, lorsqu’il a voulu me rendre la grâce sanctifiante perdue par la chute de nos premiers parents. Cette chute, il l’a permise parce qu’il pouvait ainsi montrer la grandeur, la

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profondeur de son amour en se faisant homme pour m’enseigner par son exemple la voie qui me conduit à mon but, et m’acheter sur la croix la grâce sanctifiante, qui est la vie de l’âme. Là, il ne suffisait pas de donner un ordre. Il lui en a coûté un long travail, des renoncements, des sacrifices. Il lui en a coûté son précieux sang. Là, nous voyons ce Dieu infini se faisant homme, connaître la privation, servir, travailler, se dépenser, durant trente années. Et tout cela pour moi, il a pensé à moi. Davantage encore, il a souffert et versé son sang, il est mort pour moi ! Combien ne lui a-t-il pas coûté pour m’instruire par sa parole, par son exemple, pour me mériter la force et la grâce, pour m’ouvrir de nouveau le ciel ! Ce ne sont pas seulement des gouttes de sueur, mais des gouttes de sang qui baignent son visage et son front. Et ce travail, si pénible, si douloureux, il le poursuit jusqu’à ce que tout soit consommé, jusqu’à ce qu’il ait mérité pour moi, tous les trésors possibles de ses grâces. Et il lui a fallu pour cela sacrifier sa vie pour moi !

Et, au cours de ma vie, Dieu a-t-il cessé de travailler pour moi ? Par le baptême, il m’a sanctifié, il a fait de moi son enfant ; il m’a donné des parents, des maîtres, des prêtres, des évêques, le Pape, les Saints et les Anges. Tous, sur son ordre, travaillaient pour moi. Il les animait, leur donnait des forces, les éclairait de ses lumières, et les aidait ainsi à s’employer pour moi. Sans cesse, l’Esprit - Saint agit en mon âme par sa grâce, par ses lumières, par ses inspirations. De combien de dangers n’at-il pas préservé mon âme ? Avec quelle sollicitude, avec quelle bonté, il me guide, me protège, me

défend ! Par le sacrement de pénitence, il purifie mon âme dans le sang de Jésus-Christ. Chaque jour dans la sainte messe le Fils de Dieu s’offre pour moi. En mon nom, il loue son Père et lui rend grâces. Il prie pour moi ; pour moi, il offre ses mérites en satisfaction pour mes péchés. Par la sainte communion, il entre dans mon cœur, afin de me transformer de plus en plus en lui, pour me diviniser, afin que, dans l’éternité, je sois un témoignage vivant de son amour infini. Er ce Dieu infini sera éternellement occupé à me rendre heureux, dans une mesure et avec une plénitude ineffables. — Voilà comment Dieu travaille pour moi, afin de me prouver son amour, lui qui se plaît par pure bonté à me combler de ses bienfaits, et cela à ses dépens. Il peut dire en toute vérité : « Que pouvais-je faire pour toi, que je n’aie pas fait ? » Ces preuves de l’immense amour de mon Dieu pour moi, malgré ma faiblesse, mon indignité et mes fautes, ne m’imposent-elles pas le devoir de me demander : Que puis-je faire pour lui témoigner ma reconnaissance et lui rendre amour pour amour ? Que puis-je offrir à ce Dieu infiniment riche, toutpuissant ? Assurément, je ne puis rien ajouter à son bonheur, ce bonheur ne peut s’accroître, mais je puis procurer quelque joie au Sauveur. Il a vu lorsqu’il était sur la terre, tout ce que je fais pour lui. Il s’en est réjoui. Pour lui, cela a peutêtre été une consolation dans le Jardin des Oliviers. Mais je puis aussi maintenant rendre à Dieu une gloire extérieure qui, autrement, lui manquerait. Je le glorifie par le don de moi-même, en accomplissant sa sainte volonté. Je puis davantage encore.

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Je puis travailler pour lui et par la parole, par l’exemple, par mon influence, amener et aider les autres à le glorifier.

Ne dois-je pas me faire une joie de ce qu’il m’est permis de procurer à Dieu, en échange de son amour et de sa bonté, une gloire qui, autrement, ne lui serait pas rendue ? Je suis déjà résolu à me donner entièrement à lui, parce que c’est pour moi un impérieux devoir. Mais je puis faire mieux encore, et l’honorer davantage en ne m’arrêtant pas à cette seule pensée que tel est mon devoir. Je veux désormais le faire par amour pour lui. Par amour pour lui, je serai heureux de reconnaître sa souveraineté ; par amour pour lui, je lui offrirai le sacrifice du don sans réserve de moimême. Par amour pour lui, je supporterai volontiers la souffrance et les adversités parce qu’elles l’honorent tout particulièrement ; par amour pour lui, je veux mettre à son service toute mon intelligence, toutes mes forces, toutes mes facultés, afin qu’il soit, le plus possible, glorifié par moi et par les autres. Par amour pour lui, j’oublierai tous mes désirs personnels, tous mes propres intérêts, toutes mes tendances et inclinations, afin de n’avoir qu’une seule pensée : travailler, me sacrifier, souffrir et mourir pour sa gloire !

« Prenez donc, Seigneur, et recevez ma liberté tout entière. Je mets pleinement à votre service mon intelligence, ma mémoire, ma volonté. Elles sont du reste des dons que je tiens de vous, mais, en même temps, les seuls en qui vous mettiez votre complaisance. Je vous les rends afin que vous en disposiez à votre gré. Je vous demande une seule

chose. Donnez-moi un grand amour pour vous, et votre grâce pour mettre en pratique ma résolution. Alors, je suis assez riche et je ne demande pas autre chose. »

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