‹ La penseé ésotérique de Léonard de VinciChapitre 15 sur 22 · A. DuBOUT. Las Plantas as Camp, gloss. patois · texte numérisé non relu

A. DuBOUT. Las Plantas as Camp, gloss. patois

sourire de Vinci se retrouve sur l'ouvrage d'Aixla-Chapelle qui rappelle immédiatement dans son ensemble, l'œuvre du Toscan ; c'est la première idée qui vient à l'esprit.

Gomme différence, Tivoire montre un Bacchus versant l'eau de l'Initiation, entouré des animaux qui lui sont attribués : lapin, antilope^ léopard, pig-eons becquetant les raisins, cet oiseau étant le symbole de la mort et de la renaissance.

Dans les ressemblances, une des principales qu'il ne faudrait pas omettre de signaler, est le croisement des jambes. En symbolique, si cette position des membres a plusieurs signiifications, il importe desavoir que les représentations antiques comportaient un sens ésotérique dans les moindres détails. Les deux œuvres, celle du Louvre et celle d'Aix-la-Chapelle, figurent uu Bacchus aux jambes croisées.

Le Maître à l'ancolic, je veux dire Léonard, semble s'être réservé l'emploi de cette plante mystique ; elle était pour lui, semble-t-il, la clé de son mystère. Luini l'a employée quelque peu. Mais ce tendre allégoriste et le sévère Beltrafûo ne sont que des élèves ; le continuateur, le disciple de Léonard est l'adorable Melzi. Dans les rares tableaux connus de ce peintre on retrouve

avec une évidence frappante, la méthode de Taiiteur du Bacchus. Les rapports intimes du Maître et de rÉlèvc sont connus ; on sait de quels soins attentifs il entoura son cher Melzi, son ami. Personnellement je le regarde comme le dépositaire de ses plus secrètes conceptions. Une preuve : le tableau de Berlin catalogué sous le nom de Veriumneet Pomone, Quel ravissant ouvrage que celui du seigneur Francesco ! Ah I Léonard s'est forcément penché sur cette peinture délicieuse.

Le sujet représente une jeune femme, souriante comme une reine nouvellement couronnée ; elle entoure de ses bras une corbeille de fleurs et de fruits. Une femme vieille, ridée, un bâton à la main, lui touche légèrement l'épaule ; passante, elle semble lui céder la place qu'elle occupa. Au bord inférieur du tableau, au milieu, une touffe d'ancolie.

Quels sont les fleurs et les fruits qui se trouvent dans la corbeille: le jasmin qui se détache très visiblement au milieu des amandes et des pêches'. La jeune femme se profile sur un fond d'iris, elle est pieds nus tandis que la vieille femme est chaussée. Le tableau est partagé en deux parties par

1, Je w'ai pas pu exactement identifier ce fruif ,

un arbre dont les feuilles s'épanouissent pour le couronner ; autour de cet arbre — un olivier — s'enroule un cep de vigne.

Il est évident que si Melzi avait voulu simplement charmer les yeux en dessinant une Pomone, il aurait au moins charge son ouvrage de l'attribut principal, indispensable, classique, attribué à cette déesse : le Pommier. Sa pensée, à mon avis, était plus haute que de peindre un sujet mythologique, l'olivier entouré delà vigne nous en paraît une garantie.

Rio convenait que Léonard « savait donner une signification aux moindres accessoires » et à propos d'une figure couronnée de jasmin et tenant un livre il dit que dans les compositions du peintre on ne trouve jamais de remplissage et qu'il est « difficile d'admettre que ce livre et cette couronne, introduits comme allusion ou comme emblème, n'aient pas eu un sens symbolique aujourd'hui perdu pour nous. »

Sans doute, le jasmin n'était pas la fleur préférée de Léonard comme cet écrivain le pense, toutefois sa remarque est à retenir car si l'Artiste employait avec cette fréquence décidée les mêmes fleurs : jasmin, ancolie, c'est qu'il y avait un motif, d'autant plus qu'on peut faire les mêmes

observations si les œuvres sont dues au pinceau de Léonard lui-même ou à celui de quelques-uns de ses imitateurs.

Le jasmin est le symbole de la chasteté virginale ; l'ancoiie garde sa signification d'union; l'amande est le symbole de la virginité et de la maternité, la pêche celui de l'apostolat, l'iris celui de l'alliance.

Tous ces emblèmes ont un sens approprié aux mystères du Christianisme et je vois dans ce tableau l'allégorie de l'Eglise succédant à l'ancienne Synagogue, qui ne devait que passer. C'est pourquoi autour de l'olivier symbole de la paix apportée au monde par le Rédempteur s'enroule un cep de vigne, symbole de Jésus-Christ souffrant : £"^0 .S7WI r///5, disait-il. Dans un bas-relief du XII* siècle publié par Zardetti de Milan figurent la Synagogue et l'Eglise. La nouvelle loi est représentée par une jeune femme les pieds nus, et la Synagogue par une yieilleîemine chaussée^. L'Ermitage possède un second tableau du suave Melzi: une jeune femme. Son visage est évidemment le môme que celui de Pomone, le principe de composition est identique dans les deux figu-

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