LA VALEUR DE L'ARTICLE
niaiisardi' (i.A^r., .lue. Nom-. Préf., 22). — La neige est tombée sur le Puii-dc- Dômc (c!'. : il est tombé àe la, neige); — c'est le vent q:ii a déraciné cet arbr, . Cominenl expliquer Texprcssion : aroir le dos au feU et le ventre à table ?
Comme l'article a peu do valeur, il arrive qu'il se retraiulie tuissi bien qu'ii s'aioulc. Depuis plus de ceni ans on dit : à revoir pour au revoir (wf.v. Rcw.. I. 220).
L'article et les noms propres. - - Tliéoriquemen.l les noms ))ro])rcs sont déterminés ])ar eux-mêmes. Point n'était donc besoin de les présenter comme déleruiinés. En a. f. ils sont sans article, non seulement les noms de personnes, mais les noms de i^euples : Franc c paien / puèrent des espces (Roi.. 3.Î61) ; — de même les noms de pays : Jo l'en cnnquis e Anjou e Bretagne (//>., 2322).
De nu'nne encore les noms d'objets iaii(ji!es : ciel, /t'/rc. par analogie diable: la faire diaule servir (EuL, 4) ; — (jiiand solelz esclarcist (Pel., 443).
Du XIII^ au XV*^ s., l'article commença à s'étendre aux noms de j)eui)l(s : les Jiideiis (Evang. Nieodcme, 850, cf. 861, 877). On le rencontre désormais assez souvent devant les noms géographiques, surtout devant les noms de neuves : V; le Nil qui croisl et descroist (christ, de pis., Chemin de l'es!.. 1321 ; II. L.. I. 402). Toutefois il ne s'employait guère avec les noms de montagnes el (!e prox inces : 1-ltna. Allemagne. Gascogne.
^Au XVi'- s.. noiive;uix i)rogrés (H. i... ii, 38(-i). Il devienl commiin dcMint les noms j)rup*-e-,vd<*-Tiviéres et de montagnes : le long de la Gironde, de la Garonne, du Lot; les Alpes. Les poètes cependant l'omet leni encore souvent : r/.'/(> Seine embrasse (rons., Franc, m, 167, BL).
Au contraire^ devanj lesjiiîms de provinces, il est assez rare au dé!)ui du siècle : Entre Dauphiné et Provence (.m\ii(;. de nav.. Heplam., 73). L'hésitation continue pour les noms de pay.->; on le trouve : elle peult faire guerre et à la Grèce et à l'Italie (doi.et, Gestes de Fr. de Y., 18).
A partir de l'âge chtssicpu'. l'usage s'est nettement divisé. LÊfLnoms ])ropres topographiques oui pris l 'article : la Seine, le Tibre, la 1 '(^z j7/"sc(r i\"i è ]■ e s ) ; les Alpes, le Puij-de- Dôme, le Vignemale (montagnes).
Les non;s de j^ays sont i)arl;igés. des règles contradictoires k» régissent. On les a discutées une à une au XVIL' s. : aller en Chine, au Portugal'? Les décisioits ont varié. sui\ ant q'u'il s'agit de « grands lieux » ou de «petitslieux» (ri. I.., III. 125). Mais alors jjourquoi de Errance et de la Chine '? un gobelet de bois de la Chine (soitEi., Berg. Extr.. 1. v. i, 348). Dans le cas ]>ai licuîier. la règle a été généralisée : en France, en Chine. Malheureusement loin qu'elle le l'ûl jiartout, la langue n'a jamais i)lus échappé anx contradictions : alleren Meurthe-el-Moselh. dans le Doubr,: habiter dans la Meuse, en Corrézc. Toutetois la contagion n'atteint pas les noms de \ illes : Paris, Toulouse. Tous ceux qui ne dérivent pas \isibl(mien[ d'un nom comnum, comme la Rochelle, la Ferlé sont sans ai'ticle.
Pour les noms d'homme, les solutions ont été meilleures. On a arrêté
l'envahissement : Le Pétrarque fut condamné; on se régla sur l'usage italien : V Arioste (vaug., i, 397). En outre il fut établi que dire : la Joséphine, lu Marie était vulgaire (h. l., iv, 368). La règle est restée. Nous ne disons même plus : la Bartet, comme autrefois la Champmeslé, la Malibran, sauf pour les danseuses. Flst-ce parce que la plupart portent des noms italiens : la Zambelli ? En tous cas, l'analogie l'étend à toutes ou presque : la Loie Fullcr.
Bien entendu, les noms communs qui complètent un nom propre ont pris aussi l'article : Jean l'Évangéliste, Thcon le grammairien (amyot. Œnv. mor., ir, 373, v». G).
On est souvent embarrassé avec les noms propres qui renferment l'article : il vient du Havre, il eut au Havre est courant. Mais avec les noms de personnes, les déformations sont impossibles. Alors ? Faut-il écrire: le succès de Le gendre de M. Poirier ou du gendre ? On s'en tire par des détours : de la comédie Le gendre...
Les abstractions personnifiées devaient tendre à une assimilation avec les noms de personnes : il n'en fut rien. Ils gardèrent leur article : a Paix, la Discorde : la Déroute, géante à la face effarée (v. h., Chat., Kxp.); tant il est vrai qu'il n'y avait là qu'une fiction d'art.