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CHAPITRE X LA VALEUR DE L'ARTICLE

Ses rôles essentiels. — Nous avons dit le r&l^-JiiQrp.hplogique de l'article. II contribue avec les autres mots de même ordre à marquer le nombre et le genre des imms. Ce n'est pas cependant son seul rôle.

IJans l'état actuel de la langue, sitôt qu'il y a détermination, l'article apparaît : fai vu une maison forestière ; c'est la maison forestière du Blanc- Rapt ; — j'aime à aller en automobile ; j'aime à voyager dans une automobile Peugeot : j'aime à voyager dans l'automobile de mon oncle, elle est très domce (1). Comparez : un programme de restauration économique; le programme d'une restauration économique ; le programme de la restauration économique.

On peut, à l'aide de l'article, marquer une foule de semblables différences. Ex. : c'est l'œuvre du fou ; c'est l'œuvre d'un fou ; c'est une œuvre d'un fou qui s'appelait Michel : c'est une œuvre du fou qui s'appelait Michel ; une œuvre de fou (2).

Dit-on : il a la plaisanterie féroce, on implique que toutes ses plaisanteries ont ce caractère. Des plaisanteries... voudrait dire qu'il n'emporte le morceau que de temps en temps.

Extension de l'article hors de son rôle propre. — Ce qui caractérise le f. m., c'est que l'article, loindc manquer là où le nom est déterminé, s'est de proche en proche étendu à des noms qui ne le sont pas : D'abord il se joint à dFrTîÔmTprTs^daûii toute leur généralité : un ouvrier travaille le bois, le fer, les métaux ; un homme aime le vin ; le lait est la nourriture des enfants du premier âge : cette étoffe tache à l'eau ; un poète écoute le bruit des vagues ; une compagnie s'est montrée héroïque SOUS le feu.

Nous avons parlé des cas où l'article était en concurrence ave* le 4iosses§if-^-ei^err~mtr^-à^la^4êle. Là il marque un rapport, mais comme il a gagné de proche en proche, le sens s'est effacé : il prenait le café chez Durand peut à la rigueur s'expliquer par le café qu'on prend d'hbitude, après le déjeuner (comme son café); mais à quelqu'un qui ne prend jamais d'apéritif on dira tout aussi bien : venez-vous prendre l'apéritif? que : venez

ii) Quelquefois les types sans articles sont seuls usités: aller à âne. Cf.: monter à cheval; monter à bicyclette. Pour introduire des articles, il faut changer de préposition : Henri exl venu sur la bicyclette it Jeanne.

(2) Cf. : il lui faudrait un rayon de soleil, les rayons du soleil, les rayons du s«!e!l d'Algérie, les rayons de solei] du bonheur.

vous prendre un apéritif ? Est-ce p?rce que ce poison est clans les habitudes générales ? (1)

Il ne faudrait pas croire que ces laçons d'cmprô^-Tï-aiui^wrmrTrH^^rti^le^^ (lêfini soient récentes. En voici des exemples du XYII^ s. : (ju'il soit le premier de sa raee et n'ait pas le liard en sa bourse (:\rAi,H., Épit. Sénéq., i,xxvi) ; — • Mais l'art d'en faire Jes couronnes X'cst pas su de toutes personnes (Id., Poés., Mil, V. 145 ; en 1611, des) ; — il me serait du tout impossible d'oublier jamais la personne de votre sorte (Le Secret, de la Cour, 7).

On trouve alors déjà l'article défini, employé comme il l'était en lancue moderne, dans les affiches où les cheminots grévistes d'avant-guerre réclamaient la pièce de cent sous : Après toutes ces couleurs imaginaires Cju'ils fctlenf, comme de la poudre aux yeux de leurs spectateurs, ils fixent pourtant leurs boëtes d'oruiètan ou à la pièce de quinze, ou à la pièce de trente sols... Ensuite d'une telle dorure, il vient à estimer son livre tâchant secrètemeiii d'inspirer l'envie de l'avoir pour la pièce de trente sols. De bonne foy il me semble entendre ces Gilles de théâtre, qui reprennent le fil du discours aprèsque leur maître est les de parler sur ses remèdes. Ce n'est que la pièce de quinze et de trente sols, Messieurs, disent ces badins (Le Merc. répr., 27). Parloiil l'article précède le mot pièce. Des phrases analogues abondent au XVIIF s., mais beaucoup plus variées. Comparez en langue moderne : avoir le sourire, faire la tête: — une ancienne aérant" de familu-hôl-K.. qui avait la fcrte

somme (.i. i,i-3r.. Rois. \:^).

Confusions entre le et un. — 1 es liiéoriciens du XN'U^ s. ne pouvaient déjà se mettre d'accord sur : // lui coupe une oreille ou l'oreille, car oreille es' ici indéterminé (2). Et la Bruyère écrivî'it dans une mémo phrase ; rostennii'on... est dans l'homme une passion de faire montre d'un bien mi des avantages qu'il n'a pas (Car. Théoph., de l'Ost.). II y a en elîet des cas où les nuances sont à peine perceptibles : la solution du problème exige la (ou une) connaissance approfondie de toutes les propositions faites antérieii renient.

i/'arlicle, (huis son extension continue, a peu à ]K'u ]Hrdu de son sous ai! fur cl à mesure cp'.e ses emplois s'accentuaient, et il serait ])ien dif liciie de le justifier iogi(|nement dans les jihrases suivantes : // a pris le lit ; // s'amuse à tirer à la carabine ; faire le pied de grue ; faire l'exercice, la noce ; vendre la mèche ; passer la licence ; perdre l'espoir ; avoir la foi ; venir à la rescousse ; déclarer la guerre ; passer le temps ; faire la cuisine ; ils sont dans le commerce ; c(t sent la friture ici ; ils tiennent la chaussure ;

/(' l'ai vu la nuit rôder (uitour d'ici : il y a de p(un>res ouvriers qui après avoir limé le fer ou raboté le bois tout le jour, s'enferment la nuit dans leur

(1) ('.<' lour <'sl croiiRino i)opuliiiri> : liontnies on fcmiiirs, lotit le iDonde y Jiiinail en dansanl.,. cl la pitis aiiiuiblc < nlanleiie que ron })ùl faire aux nymphes qui venaient à ce rendez-vous élail de leur nfirir le pruneau, c'est-à-dire l<i chique scnlimcntale (vinoco, Mém., il, î>'j). .

(2,1 O 1 dit ciicoro : le minislcre lui a fendu l'oreille.

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