CHAPITRE PREMIER L'ACTION NOMMÉE
Actions et états. — Un des objets du langage est d'exprimer les actions et les états. Il ne faut pas oublier que ces mots « action» et « état« . comme tous ceux qu'on peut employer à cette occasion, doivent s'entendre dans un sens large et conventionnel. Si on considère en effet la phrase : Ce meuble a reçu un fameux coup, on ne peut pas dire qu'il y ait action du meuble, ou du moins action faite par le meuble. En réalité, l'action a été subie par lui. et cependant on emploie la même forme grammaticale que s'il y avait action véritable, savoir un verbe à l'actif.
Dans d'autres phrases : Ce pantin vaut treize sous ; cette question concerne l'administration ; cela ne compte pas ; j'ai encore ma mère ; il n'y a en réalité aucune espèce d'action, ni faite, ni reçue (1).
On a longtemps prétendu diviser les verbes en deux grandes catégories, ceux qui marcjuent l'état et ceux qui marquent l'action ; ce qui précède suffit déjà à ruiner la classification. Où placer les verbes des phrases citées plus haut ou des suivantes : l'appartement comprend quatre pièces ; l'appareil consiste en un tube ; la poudre noire se compose de soufre, de salpêtre et de charbon ?
Ajoutez qu'un même verbe signifie tantôt l'état, tantôt l'action, suivant la forme où on l'emploie. Comparez : // fortifie sa position et sa position est singulièrement fortifiée. 11 arrive même que la forme ne change pas. et que cependant il s'agit dans un cas d'actions, dans l'autre d'états. Comparez : les lettres sont distribuées à 8 heures du matin (action) ; il est 8 heures et demie, les lettres sont distribuées (état).
Les noms d'action. — I/action et l'état peuvent être exprimés par un
(1) 11 cil est à plus forte raison de même partout on Ton a affa're à de véritables auxiliaires ou à des demi-auxi!ia=res : Il vient de sorUr ; j'ai fini pur y entrer ; il faut accepter son offre ; je peux le voir demain.
nom : le départ du courrier : /'exécution des travaux : /"existence d'un stock important. Le complément qui suit ce nom peut, ainsi que nous le verrons, contenir le sujet : le recul de l'ennemi. Il peut aussi contenir l'objet : les transports de charbon sont difficiles (1). Malgré l'identité de construction, l'esprit n'hésite point sur le rapport.
Les noms d'action sont, comme les autres noms, 1° cies mots héréditaires ; 2° des mots empruntés ; 3° des mots adaptés ou créés.
10 Noms héréditaires. — Le jeu, l'écriture, le saut, la haine de l'étranger.
20 Noms empruntés. — Des noms d'action ont été empruntés comme d'autres, sous les mêmes influences et dans les mêmes conditions. Mais ceux qui sont venus des langues modernes sont infiniment moins nombreux que les noms d'objets. On n'importe pas les manières d'agir comme des produits, des ustensiles ou des étoffes. Citons: intrigue, volte (ital.), flirt (angl.), krach (allem.). Le latin et le grec ont beaucoup fourni : convulsion, inflammation, métamorphose, etc..
30 Adaptation de vocables servant à d'autres usages. — L Participes PASSÉS. — Certains noms venus des participes passés sont très anciens et conservent des formes de participes disparues. Ainsi : ponte (la ponte des œufs), vente (la vente aux enchères), chute (une chute de neige (2). D'autres rappellent les participes encore en usage : la criée du poisson, le défilé des troupes ; /'entrée à Paris ; la sortie des marchandises ; la tombée du jour : /"amenée des eaux.
II. Infinitifs. — A dire vrai, la forme verbale qui, tout naturellement, passe à la fonction de nom, c'est l'infinitif. Par lui-même et sans être substantivé, l'infinitif est la forme substantive du verbe : le désir de vaincre. (C;. notre désir de victoire) ; la joie de pardonner (Cf. la ioie du pardon) ; — Mourir pour la patrie, c'est le sort le plus beau.
(y est en cette qualité que nous verrons l'infinitif remplir les différentes fonctions syntaxiques du nom. être sujet, objet, complément, etc. Ex. : A mon point de vue, recevoir la vie engage autant que la donner (iikp.v.. Cours, fl.. I. 11) ; — chanter n'est pas vivre, c'est se délasser ou se consoler par .s(/ propre voix (i.am., Méd.. fc Préf., éd. Lans.. 11, 368); — donner l't recevoir, c'cit faire vivre l'âme... être Iwn, c'est bien vivre (v. n., Coid.. Aur.. i, vi).
L'infinitif substantive. — En outre l'infinitif achève de prendre le caractère d'un nom \érital)le par l'adjonction d'un article. Cet usage se
(1,1 Les cxcmijles cités dans la suili- cloniicronl les noms (faclion arcompagnés lanlùl de leur sujet, tantôt de leur objet. L'esprit ne les confond point, mais il esl bon de s'habituer à les reconnaître.
(2i Cf. /iiite. siiilc, /ontc, i.'ssiir, pciic.