L'ACTION NOMMEE
rencontre dès la plus vieille langue. Dreit à Lalice revint li sons edrers (Son errer revint droit à Lalice (Alex., 380) ; — J'ois al corner que gueres ne vivrai (J'entends au corner qiiil ne vivra guère; Roi., 2108). x\u XYI^ s., les infinitifs ainsi employés sont encore tout à fait communs : le longtemps vivre cl le peu de temps vivre (mont., i, 19) ; — le renaistre d'Homère (du BELL., De/.. II, 5). L'imitation du grec achevait de les rendre fréquents.
11 en est résulté de vrais noms, qui passent au pluriel et sont assez nombreux : des vivres, un bon diner, le lever du roi, le coucher des internes, le parler d'une région, elc. (n. l., ii. 189). Le développement du sens ne s'arrête point là. Un dîner, c'c^i non seulement l'acle de diner, mais les mets qui y sont servis.
Causes de la décadence du procédé. — Vers la fin du XVP s., \'r finale qui se trouvait dans les verbes comme parler, avait cessé de se faire entendre ; c'est à peu prés aussi le moment où l'on cesse de former d'une façon courante des substantifs avec des inîinitifs. Ces deux phénomènes paraissent bien être dans le rapport de cause à conséquence. En effet, du jour où \'r de l'infinitif n'était plus perçue par l'oreille, il devenait impossible de distinguer entre l'infinitif et le participe passé : chasser, chassé (l). Soit le verbe de formation toute récente téléphoner ; la langue voudrait-elle former un substantif avec cet infinitif, la confusion serait certaine. Les uns comprendraient le téléphoner ; le plus grand nombre penseraient, non plus à l'action par laquelle on téléphone, mais à la personne à qui l'on s'adresse par ce moyen : le téléphoné. Cf. pour mandater, gazer, etc. 11 faut, pour un usage commode de l'infinilif substantivé, des verbes dont le participe et l'infinitif soient distincts : rêtre, l'avoir, le devenir. Les verbes de la 1''^^ conjugaison sont par suite exclus.
La disparition de l'infinitif substantivé en er donne aux autres infinitifs qu'on substantifie désormais un air savant:/" non-être, l'agir. Dans l'usage ordinaire, on a recours à des noms à suffixe, dont le développement a certainement ]->roiité de la rareté des infinitifs substantivcs en hmgue moderne.
4° Formation des noms d'action. — Noms formés du thème verbal. — Il existe un procédé 1res spécial pour former des noms d'action avec des verbes, c'est celui qui a donné des noms tels que: la pousse, la relève, l'arrêt (des verl)es : pousser, relever, arrêter). Ce procédé est aussi vieux que In langue. A l'époque de la décadence, le latin avait multiplié les noms en us, um: a, am, formés sur radical verbal. Ce suffixe étant atone, la voyelle u disparut ; la voyelle a se conserva assourdie en e sourd. De dolus, dolu(m), on eut donc au cas régime, un nom duel ; de volus, volum, un nom vael qui est dans les Serments : cist meon vol. De proha, on eut un sul)stantif
(1) L'orthographe de certains mots a hésité : souper, sonpé ; aprcs-diner, apivs-dinée (Cf. ni ■finée) ; le lever du soleil, le levé de plans.
pnieue. Ces noms se trouvaient identiques au radical verbal de : il viiel{t), il pnieve.
Dès les origines, les noms ainsi formés apparurent comme directement tirés du radical du présent de l'indicatif des verbes. Ils varient, suivant la forme dont ils ont été tirés, l^e ou 3^ personne. Ils sont masculins (A), à l'exception de ceux qui se terminent en voyelle e (œ). qui sont ordinairement féminins (B).
A) cri (de : je cri), pardon (de : je pardon), relief (de : je relief). Ci'. : accueil, tir, protêt, jet. bris ; — le départ du courrier ; — demander un report ; — le jet de pierres ; ^ le cOÛt de l'opération sera élevé ; — les transports par eau sont économiques.
B) avance (de: j'avance), cesse (de: je cesse), presse (de: je presse). Cf. : quête, frappe ; — /'élève {du bétail) ; — la pose d'un tapis. — La vieille formation continue ; tape, relève, casse, épate, déport, revient, sont d'hier. Le tout ferait une liste d'environ cinq cents mots : accord, affront, charge, chasse, conte, couche, décor, dégoût, dépouille, détour, dispute, élan, espoir, offre, pêche, pli, pose, prêt, relais, séjour, souci, soutien. Ce sont les plus beaux noms de la langue. Leur avantage principal est de ne pas employer de suffixe, de sorte qu'ils sont légers et courts. En outre ils ne riment pas entre eux, mais présentent Jes formes infiniment variables des divers radicaux des verbes. Il est extrêmement regrettable que conserve cède à conservation, loue à location, ou consulte à consultation. Loin de déprécier les « post-verbaux » ou de laisser croire qu'ils ont quelque chose de vulgaire, il y a lieu de les accueillir et de les recommander.
II. Formation p.vr .vddition de suffixes. — Les principaux suffixes sont:
ade : bousculade, bravade, promenade ; — des galopades ; — les noyades de Carrier ;
âge : chauffage, cuivrage, lotissage, marchandage, sauvetage ; — /'astiquage rf^'.s cuivres ; — le vernissage des tableaux ; — /'arrachage des pommes de terre :
aison ison : comparaison, livraison, guérison ; — la trahison de Morcau ; — /(/ combinaison du chlore et de l'or donne un chlorure d'or ; — une comparaison des deux textes serait instructive (1) ;
tion, sion, ition, ation (c'est ce dernier surtout qui est d'un usage < uotidien) : comparution, association, démoralisation, mobilisation: — la coopération du capital et du travail ; — la majoration des prix ; — la stabilisation des changes.
faction, ification sont devenus de vrais sulïixes : la raréfaction des produits : — la vérification des écritures ; — la vitrification du silicate (2).
(1) Ces siilfixes sont A peu près abandonnés, ils ont été remplacés par les suivants.
(2) La plupart des mois en ificalion sont cspendant tirés d'un verbe, ainsi : éleclrificalUm de (■Ivcivifier.
Les mois en isalion proviennent do même pour 1;» plupart des verbes en iscr : rii'ilisation de cimlisrr.