L'ACTION NOMMEE
ance : (cf. ence) : /'abondance du poisson a amené une baisse de prix : — je veux échapper à toute dépendance ; — la vengeance d'un crime ; — /'assistance aux malheureux ;
ment, ement : braiment, abaissement, perfectionnement : — /'endiguement de la rivière est une nécessité : — l'alcool travaille à /'abrutissement de la race ;
erie : flatterie, singerie, pruderie : — la flatterie des journcdistes a une mauvaise influence sur un artiste ;
lire, ature, eture : la peinture de la porte a exigé une semaine ; — la clôture du marché; — la signature de la paix: — la fermeture des débits s'impose (1).
Noms qui renferment des idées particulières. — Outre les noms généraux d'action, la langue forme des noms qui renferment des indications particulières.
A) Entrée dans l'action : dérivés en escence : turgescence, efflorescence, intumescence.
B) Cessation : Composés de de, des : décompression, détaxe.
C) Non réalisation : Composés de non, in : non-paiement, non-renvoi ; imprévoycmce, inconsistance.
D) Recommencement: Composés de re : réouverture, réemprisonnement (2).
E) Lieu, temps, mesure, opposition, etc. : encellulemcnt, surproduction, sous-évaluation ; contre-mine.
Nous aurons à reparler de ces noms dans divers chapitres.
Il ne faut pas oublier non plus que la langue savante possède un certain nombre d'éléments passés plus ou moins complètement à l'état de suffixes, qui donnent aux mots où ils entrent le sens d'actes spéciaux :
latrie (acte de rendre un culte) : Mariolâtrie. Hugolâtrie ;
phagie (acte de manger) : antfiropopfiagie, hippophagie ;
scopie (acte de regarder) : endoscopie (cf. introspection), radioscopie ;
tomie (acte de couper) : gastrotomie (opération où l'on ouvre l'estomac) ;
cide (acte de tuer) : suicide, fratricide.
Remplacement des noms d'action. — A) La périphrase nominale le fait de. — Là où le nom manque, une périphrase très usuelle le remplace, c'est le fait de : le fait Û.'être bouffi, d'être dévot. C'est une sorte de passe-partout qu'on substitue aux noms d'action ou d'état absents, ou qu entre en concurrence avec ceux qui existent, pour exprimer les nuances de la pensée. Le fait d'être ivre une fois ne constitue pas l'ivrognerie.
(1) Dans les Noms nous avons signalé les « noms de manière d'être ». Jl ne laut pas oublier qu'ils signifient aussi « le passage » à cette manière d'être ; pourrilure marque l'état de ce qui est pourr', mais aussi la marche vers cette corruption : VhtiniidiM fcworise la pouiriture des fruits.
(2> Celle formation est 1res répandue dans la langue populaire : une recassure.
B) Un participe joint a un nom. — Les classiques ont souvent, à Timitation du latin, remplacé le nom abstrait suivi de son complément, par un participe rapporté à ce complément. Au lieu de dire : la destruction de l'impie Achab, Joad parle de l'impie Achab détruit (rac, Ath., 114). Il y a de nombreux exemples analogues : Mais tu récitais des faits moins glorieux ; Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux ; Hélène à ses parents dans Sparte dérobée, Salaminc témoin des pleurs de Péribée. Ariane aux rochers contant ses injustices. Phèdre enfin enlevée sous de meilleurs auspices (rac, Phèd., 83) ; — Là on célébra Rocroi délivré, les menaces d'un redoutable ennemi tournées à sa honte, la régence affermie, la France en repos, et un règne qui devait être si beau, commencé par un si heureux présage (boss.. Condé) ; — L'échafaud relevé fut une violence faite au roi (\. h.. Mis., iv«^, part. 3. L'idylle) ; — En me fermant l'Éden. tu m'as ouvert l'espace. Et tes bienfaits repris me délivrent du frein (dornier. L'Ombre de l'h.. L'Ombre).
Cette syntaxe peut avoir, dans plusieurs des exejnples cités, un caractère latin (Cf. : post bellum Punicum perfectum). Néanmoins elle n'est pas née de l'imitation. On dit déjà en a. f., ainz soleil /eue (avant le lever du soleil). Et le français le plus vulgaire l'emploie : Tu ne vas pas mettre cette bonne à la porte pour une assiette cassée. On a affiché dans Paris récemment : Les couverts lavés à la saponite évitent la contagion. — Cf. : Ils la btdtaient pour une goutte d'eau versée (zola, Cont. Nin.. 37) ; — ils disaient la profanation suprême de 1709. les bâtiments rasés, les tombeaux violés, les morts dévorés par les chiens (m. tin.. Mai. Péch., 111).
Rôle des noms d'action. — Le français a toujours fait un fréquent usage des noms d'action. Ces noms tiennent souvent la place qu'on eùl réservée en latin à un verbe : j'attends le départ du courrier; il faudra vérifier l'exécution des travaux. C'est là une caraclérisli{[ue du génie de notre langue, sur laquelle on ne saurait trop insister. Elle explique la création en nombre très considérable des noms d'action et le développement des moyens pour en créer.
De nos jours, ces substantifs sont plus employés cfuc jnmais : Quelques semaines furent consacrées à /'installation du jeune ménage dans un joli hôtel ; — 'Vous croyez possible l'aménagement d'un port sur celte mer. — La langue littéraire en fait un usage bien plus hardi : Les cèdres et les pins, les hêtres, les érables. Dans leur antique orgueil des siècles respecté. Haussent de fouies parts avec rigidité La noble ascension de leurs troncs vénérables (lec. DE LISLE, Pc. tr., 145) ; — Elle se dressait dans un allongement passionné de ses courtes jambes (zola. IJ. Pasc, 21) ; — Après l'ajustement du chapeau de ces dames et l'enfilement des pardessus des messieurs, on descendit au perron (p. marc. Sur le Ret., 80).
Ce n'est là que l'extension d'un tour classicpie. Bossuet multipliait déjà les noms abstraits : le dépérissement de son cœur, ses immolations pré-
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COCes. flf. (1). Toutefois il faut noter à j^art le tour formé par le verbe avoir et un nom : Elle eut un rêve, un mouvement, un soubresaut, pour : Elle rèoa, remua, sursauta. Les écrivains de la deuxième moitié du XIX*^ s.. Maubert. Les Concourt, Zola, ont afïectionné cette façon d'écrire : Droite au milieu de la pièce, elle eut un étirement de tout son corps (zola, Um' p d'ani.. 341). Ce cjui explique la faveur spéciale dont jouissent de nos jours ces noms d'action, c'est le besoin qu'éprouvent les écrivains de marquer dans leur style les mouvements, les attitudes, les aspects des êtres et des choses. Soit la phrase : dans le parc, des hérissements de kiosques, de belvédères, des miroitements de serres, de bassins (a. daud., Rois, 163). Si recherchée que puisse paraître une expression telle que des hérissements de kiosques, elle s'explique par le désir de noter, nin l'existence de kiosques, chose indifférente, mais avant tout la forme ou la couleur que ces édifices, en se dressant, donnent au paysage. On «-omijrend dès lors pourcpioi le tour devait se développer particulièrement au X1X>' s., (hms une litté rature éprise de pittoresque, et perpétuellement à la recherche d'impressions (2).
Les adjectifs d'action, — Les adjectifs (|ui éveillent une idée d'action sont, comme les autres, iiéréditaires, empruntés ou créés. Ceux qu'on a empruntés n'ont pas toujours donné naissance à des analogues, ainsi moribond, vagabond; mais d'autres ont fourni de \rais suffixes, désormais naturalisés :
atoire : une mesure conservatoire : — uiw loi attentatoire à la liberté :
if : curatij ; — le pouvoir exécutif. — un capital productif d'intérêts (3).
Quand il y a entrée dans l'état, on se sert île escent : turgescent : un peuple dégénéresceni.
AtmoTs SPÉCIALES. — Certains adjectifs exf)rimenl des actions spéciales:
fère : somnifère, soporifère :
fîque : calorifique ;
eole : séricicole ; ■ — les régions viticoles :
cide : instincts liberticides : intentions fratricides ;
fuge : vermifuge, ignifuge, centrifuge :
pare : ovipare, vivipare ;
phile : œnophile: — les sociétés colombophiles: — des opinions francophiles :
Une foule d'adjectifs sont identiques aux noms voisins, tels la série des adjectifs en leur, ateur : machine motrice, groupe électromoteur, loi émancipatrice.
(1) ("-f. AlbaLvT, FoniKilion du sliile, 2itl-2. el Bally, Sliilislique rjénéralc et stulisliqiie Iran ■iiise. dans le tome xiii des Roman. lahrb. de N'oIimœ.kT. i, 201.
|2) Cf. Ch. De la Caracléiisalion, liv. XIII, et Aliss Burns, La long, de Daudet, 262. ( (3) Pour ahie (niloiiuble) et ihlc iinconteviible ), \ nir plus loin chap. du Passif, p. .367, 1. IX,
t sect. III, eh. II.