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CHAPITRE VI MODIFICATIONS A L'EXPRESSION DE L'ACTION

A) Approximations.-- Malgré l'abondance des verbes et des locutions verbales, on n'arrive parfois qu'à une approximation, on se sert de comme. On dira avec des noms :

C'était comme dix années de notre propre vie. que nous venions d'enfouir là dans la terre (loti. Pitié, 150) ; — J'ai comme une hésitation religieuse à sonder cet abîme. De même avec un verbe : il a comme hésité. ;7 a comme étendu le bras.

B) Restrictions. — La langue se sert de compléments ou de propositions. En principe j'accepte : en général, généralement vous ne vous trompez pas : vous avez raison en droit, fias en fait ; /'■ Sénat a voté en première lecture.

D'autres sont des adverbes communs tels que : prcdiquement. Ils restreignent l'extension à donner à l'idée. Certaines de ces locutions, comme en thèse générale, ont eu du mal à se faire accepter (1).

Plusieurs de ces restrictifs portent sur la quantité. J'y ai aidé, dans la mesure du possible, autant que je pouvais, dans la limite de mes moyens. Des précautions étaient prises... autant que la situation le permettait (michel.. Rév., III. 108) ; — Je puis même dire, autant que je suis capable d'un sentiment de ce genre, que je suis amoureux d' Aliette (feuill., Morte, 55) ; — Si tant est que les onze cultivateurs picards à qui cette succession tomba des nues, se regardèrent comme spoliés (balz.. Pays., 301).

D'autres locutions restreignent le nombre des êtres, des choses, des idées auxquelles peut se rapporter renonciation Ex. : en mcdière de : en fait de : En matière de finances, on ne prend jamais trop de précautions ; — en fait de beaux-arts, je partage vos opinions, mais pas en politique ; — en ce qui concerne le portail, l'église S^-Nizier de Lyon est franchement Renaissance.

La restriction se fait par une interprétation qui enlève à l'afTirmation quelque chose de sa généralité : Thérèse avait moins d'esprit que lui. en ce sens qu'elle était naturellement rêveuse et paresseuse ci causer (g. sand.. Elle et l., ch. II).

Il arrive ainsi et très souvent qu'on restreint l'idée en marquant sous quel rapport elle est vraie : Il y a de même, eu égard à la meilleure constitution d'un État, des bornes ci l'étendue qu'il peut avoir (ruisseau. Extr.. Hachette, m, 331) ; — Ainsi, M. Germain, eu égard à la localité, a donc été, comme vous dites, bon voisin avec Mademoiselle Rigolette'.^ (e. sue, Myst., i. 179).

(1» Wey trouvait encore celle-ci pédante (Rem., r, ^28)

Dans cette catégorie, il faut signaler l'expression sous le rapport de. Elle s'est développée au XIX'^ s., malgré l'opposition des grammairiens : Lanu-th succéda, sous un rapport, â Mirabeau (michel., Rév.. m. 7) ; — Je i>eux dire sous le rapport des cluirmes (g. de nerv., Voy. en Or., i. xv) ; — Les ordres religieux n'ont été. sous beaucoup de rapports, que des sectes jyhilosophiques (chat.. Gin., iv^ p., 1. m, eh. 4). D'où l'expression : sous ce rapport.

Malgré les oppositions, presque tout le monde dit et écrit aujourd'hui au point de vue de : Au point de vue de la théorie (la:\iennais. Esq. d'une philos., IV, 31) ; — Sans doute ils cwuient raison, au point de vue de l'autorité sacerdotale (proudh., Rév. soc, 47).

C) Mise en relief de l'action. — 1° Dans une foule de cas, le verbe est en réalité en tête de la phrase. Il en est ainsi lorsqu'il n'a devant lui que des personnels ou impersonnels de conjugaison : je. tu. nous. il. ([ui. nous le verrons, ne sont que des formes de flexions : il faut du courage pour mener une pareille vie ; — je viens dems son temple culorer l'Éternel (rac, Ath., 1 ) : — Je passe et je reviens, je dérange les branches. Je fais du bruit dans l'herbe et les morts sont contents (v. h.. Rayons. Dans le eim. de D>. De même à l'impératif, où le verbe n'est précédé d'aucun sujei : Sortez, taise z-;'ou.s.

20 Avec des noms-sujets, des inversions se produisent : Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espaqne (boss., Condé). Elles mettent l'action en vedette.

3'^ Reprises. — Pour la faire ressortir, on met aussi le verbe en tête de la phrase, en le faisant précéder d'un personnel, repris ensuite : Il est parti, votre cousin ! — ça t 'étonne ce que je te dis là ? Ailleurs, il n'y a pas de reprise: cela me remue si loucement le cœur de te voir rire (aieii.u. et UAL., Frou-Frou, m, (5).

C'est, nous le verrons, par un tour tout à fait analogue ([ue l'on donne au verbe la forme impersonnelle : Il est arrivé un train à 11 /;. au lieu de : Un train est arrivé à 11 heures. L'elîet est visible. I/idée verbale est mise en tête, (junparez : Il en reste encore deux : — il en est tombé des honunes. dans cette attaque ! — il en résultera deux faits i)riiuip(Uix. C'est là uiu" forme essentielle de notre langage.

40 On ajoute des compléments, qui isolent et relè\eut l'itlée : Pour avoir ri, j'ai ri, je l'avoue ; - quant à souffrir, pour ce qui est de souffrir, elle souffre, vous pouvez être sûr qu'elle .souffre.

50 On souligne le \erbe |)ar c'est (pie : On nu- dit de faire des avances, oui, mais c'est que je ne peux pas : — C'est que .U. A. n'a pas pris cela comme on le f)ensait.

D) Répétition du verbe. Le verbe n'est pas nécessairement repris, chaque fois ((ue le sujet change : // faisait la çiuerre avec adresse, et les deux rois avec vivacité (voi.t., Charl. XII. 1. I). Pourtant, de plus en plus, en langue moderne surtout, quand, comme ici, le nombre du sujet varie d'une l)roposition à l'autre, la tendance est de répéter le verbe.

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