A QUOI ON RECONNAIT LE SUJET EN FRANÇAIS MODERNE
(KAB., Garg., ch. 3U ; h. l., ii, 48U). — Malgré des milliers d'exemples, que l'imitation du latin multipliait, l'ordre moderne s'imposait de plus en plus : Et ne faut pas faire comme Aristote cscrit (amyot, Œiw. mor., 60, vo F.) ; — Voilà comment la ville de Cumes fut délivrée (Id., Ib., 243, yo G.; ; — El à la fin, l'héritage dcmoura... à sa fille Rolcmdine (marg. denav.. Heptam., 365).
Au XVIP s., le dernier pas vers la fixité tut fait. L'ordre dit « logique » devint obligatoire. Les grammairiens le préconisent comme répondant à l'ordre même de la pensée. Bien loin de se plaindre de la rigidité de cette forme directe, ils en tirent vanité. Meigret l'avait déjà fait en 1550. Le Laboureur, puis tous les logiciens du XVIIP s., reprirent la thèse.
On peut donc considérer que, dans le français de l'époque classique, le sujet se présente normalement à la même place que dans la langue moderne ; le personnel sujet est devenu comme une préflexion de conjugaison, qui ne se met après le verbe que dans des cas déterminés et qui ne s'en éloigne jamais. Le sujet nominal a sa place normale en tête de la phrase.
Restes des anciens usages. — Il ne reste, en dehors de la poésie, que peu de cas où le verbe se présente en tête de la proposition. Cela se produit encore :
a) avec quelques verbes subjectifs, comme rester, suivre, survenir, entrer, venir : Survint le gros hiver de 1879; — Puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poil de lapin ; venait ensuite une façon de sac d'où pendait... un petit croisillon de fils d'or (flai b., Bov., 2). Cette inversion n'a lieu qu'au cours d'un récit.
On place aussi d'ordinaire le sujet après le verbe quand la phrase commence :
b) par certains attributs : tel était le cas.
c) par certains adverbes : Aussi faut-\\ accepter ; Encore en est-\\ bien dans le siècle où nous sonmies.
d) par un complément circonstanciel : A cette raison s'ajoute le mépris ridicule qu'ils affectent pour les peuples chrétiens (volt., Charl. XII, i).
Toutefois, il y a une tendance très marquée à se rapprocher, même dans ces phrases, de l'ordre moderne : Aussi, Je lui ai dit de revenir. Racine déjà met toujours le sujet avant le verbe, lorsque la phrase commence par peut-être : Peut-être convaincu de votre aversion, Il va donner un chef à la sédition (Phèd., 355).
Aujourd'hui même, dans les rares constructions où l'arrière-position du sujet peut encore avoir lieu, elle n'est pas obligatoire : Certes, il est bon et pur, monseigneur, et peut-être on le verra bientôt (v. h., Hern., m, 1).
L'inversion du sujet n'est de règle que dans une proposition intercalée dans un texte : Je pense, dit le prince, que je voudrais lui ressembler (volt., Charl. XII, i). Encore dans la langue populaire a-t-on peine à se plier à cet usage ; on y substitue les formes vulgaires : Je pense, que lui dit le
prince, que le prince lui dit. Nous verrons que là est une des raisons profondes qui font disparaître peu à peu l'ancienne inversion interrogati^■e. et qui font qu'à vient-il ? se substitue : Est-ce qu'il vient ?
Elle est fréquente dans les conjonctives : l'histoire que raconte votre frère.
On trouve ailleurs l'inversion, par efïet de style : tout à coup s'élança d'une ruelle un grand jeune homme pelle (Flaub.. Éduc, u, 76).
SÉPAKATiox DES SUJETS. — Au lieu d'cxprimcr avant le verbe tous ses sujets, on affecte parfois de n'en exx:)rimer qu'un et de reprendre les autres après le verbe : son instinct l'en assurait, et le nombre des bêtes furtives qui suivaient la route des aurochs (p.os'sy. G. du feu. IG). Ces! un archaïsme (1 j.
il ) M. des Aulnays lâcha de radoucir, le cousin Joseph, le précepteur, Forchambeaux rai-même (FiAL-ji., Édnc. I. :iUO).