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CHAPITRE XV SUJETS INCONNUS, SUJETS INDÉTERMINÉS

Quand le sujet d'un verbe est une personne inconnue ou dont on veut, pour une raison quelconque, taire le nom exact, on peut se servir de divers moyens que nous avons vus en parlant des noms indéterminés et des nominaux.

On. — Pour exprimer un sujet indéterminé, il existe un mot tout à fait spécial, et toujours employé comme sujet, c'est on (ancien cas-sujet de homme, dont il paraît, à cause de l'orthographe pédantesque de celui-ci, bien éloigné ; h. l., m, 297). On est très ancien en ce sens. On voit comment il l'a pris, en considérant des phrases comme celle-ci : Pur sun seignur deit hum suffrir destreit {Roi., 1010). Dès ce même texte, on trouve om passé au sens indéfini : Einz que om alast (2230) (1).

A on, on joint parfois l'article le : l'on. Cette forme l'on se rencontrait autrefois derrière aussi bien que devant le verbe, lorsque celui-ci se terminait par une voyelle : ira-Von ? Mais depuis le XV 11^ s., on voit apparaître dans ce cas un t analogique de : est-on ? voit-on ? vient-on ? c'est-à-dire des ver])es qui ont la 3<^ personne en /, peu nombreux, mais très employés. De là : va-t-on jouer. Ce t était prononcé depuis le XVI^ s., on le voit par les vers, mais on ne l'imprimait pas. A aime-on a ainsi succédé aime-t-on, qui ne s'écrivit qu'au XVIP s.

On se sert aussi de tous les indéterminés dont nous avons parlé au chapitre de V Indétermination : quelqu'un, quiconque, etc.

Ils indéterminé. — Le pronom ils a été aussi très anciennement pris dans un sens indéterminé : BJnsi... ala devant l'autel... et il // cousirent la croix (vii>leh., 68) ; — Ils ont laissé par escrit de l'orateur Curio que... (mont., III, 9, note 4) ; — Madame, ils ne vous croiront pas (uac, Brit., 854 ). 11 faut remarquer toutefois que souvent l'idée des personnes représentées par le pronom ils n'est pas complètement indéterminée : Mais Pied d' Alouette parla et dit : « — Ils m'ont pris mon couteau. — Qui cela ? >' Le chemin-eau^ levant le bras, tourna la main du côté de la ville et ne fit point d'autre réponse. Cependant il suivait le cours de sa lente pensée, car un peu de temps après il dit : « — Ils ne me l'ont pas rendu C\. frange. Mannequin, 65) ; — Alphonse

(1) Il est remarquable que ce développement, étranger à la plupart des parlers romans, coïncide avec celui de l'allemand nmn.

Daudet, dans Tartarin de Tarascon, voulant désigner les êtres mystérieux qui poussent Tartarin à entreprendre son expédition, intitule un chapitre de son livre : Ils ; — Cf. Ah ouil ! loué .'... pas un chat ! les écriteaux, les annonces, rien n'y fait... Comme disait Védrine à son exposition particulière : u Je ne sais pas ce qu'ils ont, ils ne viennent pas (a. daud., 1mm., 8). Pendant la guerre, un journal ayant souvent répété la même idée : Les Allemands sont encore à Noyon, on a dit ensuite pour désigner le changement survenu : Ils ne sont plus à Noyon.

Par ce mot vague ils, le peuple désigne souvent l'autorité, les gens qui gouvernent : Ils ont encore augmenté le tabac !

Nous indéterminé. — Nous subit une généralisation analogue : Quand nous nous trompons, nous acceptons rarement qu'on nous le prouve. Il s'agit d'une maxime qui s'applique à l'humanité, à une race, etc. D'où la correspondance fréquente entre ce nous et on : Quand on est au tombeau, tous nos tourments s'apaisent (rac, Thèb., 1260, var. 1) ; — On peut par politique en prendre le parti, Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti (mol., Mis., 979).

Vous indéterminé. — Vous est fréquemment employé aussi dans un sens indéterminé : VOUS diriez un prince ; — VOUS croiriez le toucher. — Eh bien, il se rencontre dans le milieu d'acteurs qui composent la grande troupe de Paris, des Hyacintfies sans le savoir... qui VOUS apparaissent comme la personnification de tonte une époque, pour VOUS arracher une bouffée de gaieté quand VOUS VOUS promenez en dévorant quelque chagrin amer causé par la trahison d'un ex-ami (balz., Cousin Pons, 5).

Il faut dire pourtant qu'on trouve surtout ce vous à l'objet, où il est tout naturel, puisque on ne peut pas avoir cet emploi syntaxique. De sorte que on et vous se correspondent souvent : Peut-on faire bonne mine à ces gens qui VOUS insultent ? — C'est qu'elle a des yeux qui VOUS entrent au cœur comme des vrilles (flaub.. Bov., 1M) ; — On ne songe à rien, continuait-il, les heures passent. On se promène immobile dans des pays que l'on croit voir, et votre pensée, s'enlaçant à la fiction, se joue dans les détails... Elle se mêle aux personnages ; il semble que c'est VOUS qui palpitez sous leurs costumes (Id. Ib., 90).

Soi. qui de sa nature n'est jamais sujet, le devient et renforce l'on : quand soi, l'on vient du froid (htcrv.. Cours, fl.. i. 1).

Indéterminés pour déterminés. — On de modestie. — Le moi est haïssable. Pour éviter de se mettre en avant, an nominal personnel les raflinés substituaient fort souvent l'indéterminé on, qui, étant plus vague, ne choque pas. C'est ainsi que Bélise minaude, faisant de la prétention dans sa modestie afïectée : // suffit que l'on est contente du détour Dont s'est adroitement avisé votre amour. Et que, sous la figure où le respect l'engage. On veut bien se résoudre à souffrir son hommage. Pourvu que ses transports, par l'honneur éclairés,

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