L-QBJEr DES NOMS
(.S' Thom.. 5200). et cela voulait dire : obéissant à lui. I>a construction était surtout usuelle avec des participes devenus substantifs : lor bicnveillans (Chron. Mousket, 27122) ; — Je me fais apeler Oiseuse, dist ele. à tous mes congnoissans (me.s connaissants, ce sont ceux qui me connaissent, les connaissants de moi) ;
Mais on la trouve avec des noms : Ço dist li reis : Vus estes mi felun {Roi.. 3814).
Le nom n'est pas nécessairement un nom d'homme. Ce peut être un nom abstrait, tel cfue amour, crainte, etc. : Pur sue amur altretcl funt li altre {Rot.. 3123) ; — Por le douceur de li et par s'amor me descenderai je ore ci (Auc., 284). Les exemples analogues ne manquent ni au XVP ni au XYIF s. Je n'ai pas entrepris, Injurieux ami. De soulager ta peine avecque son mépris (malh., Ode à Du Perler) ; — Et vous ne deviez pas envelopper d'un crime Ce que votre victoire ajoute à votre estime (corn.. Xic, 475) ; — De faire voir aux gens que leur perte nous blesse (mol.. Dép. Am., 1398).
Il nous reste des locutions très nombreuses ainsi formées : mon successeur, ton héritier, leur assassin, scuif votre respect: — viens ci mon aide : — je vole à ton secours : — je me sentis faiblir à sa vue ; — le dîner est donné en son honneur ; — la messe est dite à son intention.
En outre l'emploi objectif du possessif reste permis ailleurs : son élection date du 15 sept. 1905 ; — sa condamnation serait un scandale.
Quelque étrange que cela puisse paraître, on ne sait sou\ent si le sens est ojjjectif ou non. Par exemple dans : travailler pour son salut. C'est bien travailler pour le salut de soi, mais étant donné que le salut est un iiien. une récompense, et cjue salut peut être pris dans un sens concret, on ])eut interpréter l'expression comme on interpréterait : verser pour sa retraite (1 ).
L'emploi du possessif avec un sens objectif donnait lieu sou\cnt à des équivoques. Les expressions : ma cruelle, ma rebelle, fréquentes dans la poésie galante d'autrefois, signifient-elles une cruelle que j'aime (sens subjectif) ou une personne cruelle envers moi (sens objectif) ? Cela est souvent difTicile à décider à distance. Il semble que ces expressions doivent être considérées comme de vrais possessifs, car on disait bien aussi : ma brave, ma parfaite, ma divine. Mais le doute reste permis dans beaucoup de cas (2).
Aussi, au fur et à mesure que le français s'éprit de clarté et de précision, les formules précédentes furent-elles critiquées, et de grandes restrictions ont été apportées à la liberté d'autrefois. Bouhours écrivait : « On dit. en parlant d'un Prince comme le nostre, la terreur de son nom, la terreur de ses armes : mais je ne sçache pas qu'on dise : sa terreur, pour marquer l'épou-
(1) II faut lappiocluT de ce cas celui où le possessif ne joue pas à proprement parler le rôle d'un objectif. Les exemples sont très nombreux: Je me tiendrai toujours de ton intelligence. (Corn., viii, 300; Itn.\. Cf. en Ir. mod. : mon égal. Ion aine, son supérieur, votre obligé; à mon endroit, à son su/et, à leur propos ; — La haine que pour vous elle a si naturelle A mon occasion encor se renouvelle (corn., \ic., 15).
(2) Mon ludneu.v est tout à fait commun : // fait de ses haineux une belle vengeance (vv bel., ii, 187). Sont-ce les gens qui le iiaïssaient ou qu'il haïssait ?
BRUXOT 20
;;i!(; PORTÉE DE L'ACTIOX
vante qu'il répand partout >> {Dont., 88). La phrase suivante : Elle ne veut point recevoir de consolation de leur perte, qui s'applique à une mère ayant perdu ses enfants, contient une double faute, selon le même, d'abord recevoir consolation de ; ensuite il faut dire : de la perte qu'elle a faite d'eux (Id., Suit., 52).
En a naturellement été substitué au possessif. Au lieu de ; je déplore sa perte, on dit : j'en déplore la perte. A : évitons sa rencontre, on préfère : évitons-en la rencontre... Lamartine a encore employé le possessif : L' Assyrien frappe tombait sans voir ta main, D'un souffle de ta peur tu balayais ses tentes (Harm., iv, 2 ; cf. Gr. des g. du M., 79).
L'objet du nom est une proposition. — Le complément objectif des noms peut être une proposition, surtout ((uand les noms signifient : idée, pensée, croyance, : Ma conviction que les questions économiques vont bientôt l'emporter sur les questions politiques est ancienne ; — s'y veut contenter de la fausse pensée Qu'ont tous les autres gens que nous sommes heureux (mol., Amph.. 180) ; — Et vous donner..., une preuve certaine Que je veux, sans retour, sortir de votre chaîne (Id., Dép. cun., 1333) ; — je j)uis... me rendre ici ce solennel témoignage que je n'ai jamais agi par calcul (b. const.. Ad., VIII, 78) ; - — Les autres s'attablèrent, rassurés par la certitude que la dame n'était pas morte (lam., Raph., 5G) ; — Son spiritualisme... et son opinion arrêtée que la figure du vieux monde allait passer ne lui laissaient de goût que pour les choses du cœur (rkn.. Jés., ch. xiii) ; -— Leur persuasion que Dieu est en elles... est si forte qu'elles ne craignent nullement de s'imi)0ser aux autres (Id., Ib.. ch. v) (1).
I>es noms qui signifient : bruit, nouvelle, dire, comportent la même construction, et aussi d'autres qui signilient : garantie, convention : Il y a un pacte tacite qu'on nous fera du bien (didku., Xev. Ram., 98); — Le bruit s'est bientôt répandu que l'auteur avait peint, dans ce roman. ;//j grand nombre de personnalités parisiennes (zoi.a. Romane. 310).
(1) Ce loin se développe de plus en plus : I.d foule étail dans une lenihie inquiétude que Foulon ne se sauvât (mic.iiml.. Iiéi>.. i, 2'Mi\ : — .\e<ker... s'en remellnil à la foi. (tu miracle, au vague espoir qu'un peuple, inrap^ihlc de p'uifr moins, allait pouvoir payer plus (Id., Ib., i, 373) ; — /.(( conviction indumplultle que son Institut était appelé à rendre des scnùces éclatants ; la certitude que le Jugement-Dernier... pouvait être sauvé... tout cela... émut, boulenersa, vainquit (fab., Fiisl., 1()2> ; C'est l'opinion de papa que les jeunes filles doivent être instruites d'une foule de choses qu'on s'applique d'ordinaire d leur cacher (dlh., l'niss., 71); Car. dans le désespoir que Marie-Jeanne se consumât sous l'advcrsitr subie par son uiénaçir. je n'avais pas craint ifassurer, à elle et à son mari, que nous m'aviez déjà favorabirnicnl repondu (iikhv., Cours fl., iv, ii) ; — Et toujours ce long rêve en «ion ca?ur indompté. Que je sortais d'un sanq fait pour la liberté (i.ec. DE i^isLK, Po. Irag., 211) : - la pensée qu'il faudrait faire encore quatre ou cinq heures de voilure... l'uuail inquiétée (loti, l'éch. 36) ; — Comment lui infliger l'évidence que mon cœur serait dorénavant partagé? (iihrv., Cour.f. fl., i, xv); — Mais avec l'impression qu'il faut vivre, se débrouiller, lutter, et. si l'on peut, arriver (nox., La Pair., i, 1 1.