‹ La pensée et la langueChapitre 195 sur 587 · L'OBJET EST US ETRE, UXE CHOSE, USE IDEE · texte numérisé non relu

L'OBJET EST US ETRE, UXE CHOSE, USE IDEE

dans la langue moderne. Par cela même, aucun signe extérieur ne distingue plus l'objet. C'est la place du mot qui marque son rôle.

Place de l'objet. — En a. t.. grâce au reste de déclinaison qui survivait, la place du nom-objel était relativement libre. On disait aussi bien : l'olifant snne- que : sonez l'olifant. Dans un certain nombre d'expressions, il nous est resté des vestiges de l'ancien usage : chemin faisant, sans coup férir, geler à pierre fendre. Mais, en règle générale, le complément d'objet suit aujourd'hui le \crbe : la mort surprit cet homme en pleine force ; — Les collines aijcmt des lys sur leur sommet (v. h.. Lég.. Booz) ; — Je ne reverrai pas ta rive douce et triste. Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours (x. h.. Chat., Ult. Verba).

C'est au commencement du XVIT' siècle que Malherbe a posé la règle ci-dessus et condamné la \ieille construction : l'espoir ne sert à rien qu'à mes maux empirer (iv, .35G ; h. l.. ni, 671). Il ne faisait que constater un usage général et l'imposer.

Le nom-objet est en règle générale placé plus près du verbe que les autres compléments : La loi sur les accidents assure une indemnité à la victime. Mais cette règle n'a rien d'absolu. Que le complément d'ol)jet soit un peu long, il passe derrière d'autres compléments plus brefs : La loi assure en tous cas Cl la victime une indemnité proportionnelle à l'incapacité de travail qui résulte de l'accident.

Construction du nom-objet. Objets directs et indirects. — La construction du nom-ol)jet est tantôt directe, tantôt indirecte : éviter un dcmger est de construction directe ; échapper à un danger de construction indirecte.

Dans la construction indirecte, la préposition la plus usitée est la préposition à : renoncer à la vie, applaudir à un succès, aider à la moisson ; — je pense toujours au disparu ; — // s'attarde à des regrets inutiles ; — mon grand-père a survécu dix cms à sa femme ; — Et parfois, n'en déplaise à votre austère honneur, // est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur (mol., Mis.. 75) ; — Une fraîcheur répandue, la légèreté de l'air, aidaient à la bonne humeur des voijageurs (a. daud., Jack, 524).

Quelques verbes cependant construisent leur complément d'objet avec de : Témoigner de son innocence, hériter de ses qualités, profiter d'une occasion, (l).

Variations historiques. — Il ne faudrait pas croire c{ue la construction du complément d'objet d'un verbe soit fixée d'une façon invariable pour chaque verbe. Tout au contraire, tel verbe, qui est suivi d'un complément direct, avait autrefois un complément indirect : nous disons : insulter quelqu'un ; on disait autrefois : insulter à quelqu'un ; — Moi qui contre

(1) Peut-on ajouter conuenir d'une mesure ?

320 PORTEE DE L'ACTIOX

l'amour fièrement révolté, Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté (rac, Phèd., 531). Inversement un complément indirect n pu se sulistituer au complément direct. Corneille disait : Je n'ai point prétendu la main d'un empereur (Pulch., 296). Il faudrait aujourd'hui : à la main. On dit actiiellenient : renoncer à quelqu'un. Molière disait: si vous dites vrai, nousla. renoncerons pour notre sang (G. Dand., ii, 7).

Les changements de construction ont commencé de très bonne heure, ils n'ont jamais cessé. Voici des exemples de verbes qui ont eu jadis une construction indirecte, et qui en ont une directe aujourd'hui. : combattre à : S'il ne cumbat à celé genf hardie (Roi., 2603) (nous disons : combattre l'ennemi) : — servir à : pour faire que nous servions au Dieu vivcml (Boss.. Élcv. .s. My.st., ix^ Sem.,9^ élév. ; nous disons : servir Dieu). — r3c même dominer à : qui domine à la puissance de la mer (boss.. Dcv. des r.. 1662, fe p.) ; — contrarier à : ./ornais la raison ne contrarie au devoir (d'urfé. Astrée, 1615. i, 199 b).

Voici au contraire, des verbes dont le complénienl est aujourd'hui indirect, el (jui précédcmmenl avaient un complément direct : survivre : Par quel sort pourrons-nous survivre ton trépas ? (rotrou, S^ Genest. v. 2) ; — croire : Ils croient les miracles de Vespasian. pour ne pas croire ceux de Moïse (p.\sc.. Pens.. xxiv. 90) ; — un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou (.mol.. D. Juan. i. l ) : — échapper : Il ne faut point qu'ils se flattent d'avoir échappé l'anathème qu'ont mérité les Pélagiens. sous prétexte qu'ils ne le sont qu'à demi (ross.. Ilist. Var., ii. (i6 } ; et. H. i... II. 137; m. 543) (1).

Xu.-VNCEs DK sKXs. — Il ne faut pas se tier aux distinclions rigoureuses qu'on a faites dans des livres de théorie, et qui ne correspondent à l'usage d'aucun temps (2). D'autre part, nous avons abandonné certaines de celles qu'on faisait encore au commencement du XIX*^ siècle, ainsi entre aider et aider à quelqu'un, éclairer et éclairer à quelqu'un. On peut dire rêver mariage et rêver de mariage ; — on dirait un corail et on dirait d'un corail (3). Toutefois des différences d'emploi ou de sens séparent souvent les deux constructions.

A) Il arrive qu'on use de constructions dix erses, suivant (|uc iObjet est une chose ou une personne : on supplée un professeur, on supplée à l'insuffisance d'une organisation ; — on croit quelqu'un ou en quelqu'un : on croit à une doctrine ; — on essaie un vêtement ; on essaie d'un tailleur.

B) Tenir quelqu'un, c'est l'avoir en main ; tenir à quelqu'un, c'est lui être attaché ; tenir de quelqu'un, c'est lui ressembler ; — viser le but se dit au sens matériel, viser au but, au sens figuré ; — User une chose, c'est l'amener à

(1) Il lesle Nomenl, dans la langue actuelle, des expressions <nii ia|ipcllenl uni- :incienne eonstruclion, ainsi réchapper belle. •

(2) Noir surlout L.\FAyE, Dicl. des .Sijn., 'A.

(.3» Ou iliraii de quelque océan pétrifié (rL.vtn., Par tes Ciinmps, s,Si.

LOBJET EST UX ÊTRE. UXE CHOSE, UXE IDÉE 321

rélat d'usure ; user d'une chose, c'est simplement s'en servir ; — Dans (dteindre l'âge de 20 ans, l'idée est celle de parvenir, sans plus; atteindre à la perfection implique un effort ; — Commander ses hommes et commander à des hommes sont aussi séparés par une fine nuance. Le premier signifie les diriger vraiment (1).

G) Enfin certains verbes changent de construction, suivant (jue le complément d'objet s'accompagne ou non d'un autre complément ; il a Jurité d'une grosse fortune, et : // a hérité cette maison de son père (2): — consentir à quelque chose, consentir une avance à quelqu'un ; — Jean le Bon avait consenti l'abandon à Edouard III de toutes les possessions des Plantagenets (legouis. Chaucer. 5). — On espère en quelqu'un, on espère quelque chose de lui.

Construction de l'objet des pronominaux et des locutions verbales. — Les pronominaux objectifs (qu'il ne laul pas confondre avec les réiléchis comme s'attribuer une part) sont toujours de construclion indirecte : s'attaquer aux puissances d'argent ; — // se prit à moi ; — il s'aperçut de sa méprise ; — on s'avisa de ma présence.

Les locutions verbales ont aussi un complément d'objel indirect : la première note a trait aux origines de Rome ; — sa conduite a donné lieu à des plaintes.

(1 ) Cf. satisfaire ses passions el snlis/aire à son devoir ; — prt^sider Vassembh'f cl prisidvr travaux de l'assemblée ; grimper à un arbre et grimper la côte.

(2) Celui dont i'iwais hérité Vntne ombrageuse (noL rg., .1. Corn., 163).

Page 1