CHAPITRE V L'AUTEUR DE L'ACTION. LE COMPLÉMENT D'AGENT
Syntaxe de ce complément. — Dans les phrases passives, les auteurshommes ou choses — de l'action exprimée au passif, sont indiqués, s'il y a lieu, par un complément d'agent : l'eau des pluies est absorbée par la terre ; — la France a été renouvelée par la Révolution de 1789 ; — il sera approuvé de tous ses amis ; — il est sorti, accompagné d'une foule enthousiaste.
Les prépositions de et par. — Comme on le voit par ces exemples, deux prépositions se partagent le rôle d'introduire le complément dagent, savoir de et par (1).
Dans l'ancienne langue, de est de beaucoup plus commun : Ne placet Deu, ça li respunt Rollanz, Que ço scit dit de nul hume vivant (Roi., 1073).
Jusqu'au XVI^ s., de s'employa ainsi avec toutes sortes de verbes : se laisser transporter de la colère (s* gel., m, 200; h. l., ii, 476). Au XYIP s. même, de était encore très fréquent : J'ai su tromper les yeux de qui j'étois gardé (rac, Phèd., 9(38).
La différence faite généralement aujourd'hui par les grammaires, c'est que de s'emploie quand il s'agit d'actes intérieurs de l'âme ; par, quand il s'agit d'actes matériels, ou que de figure déjà dans la phrase. Cette question a donné lieu à toutes sortes de subtiles distinctions. Suivant Clédat, on retrouve encore dans les verbes construits avec de l'idée d'origine, de point de départ : effrayé de son acte (cf. par l'auto) ; — approuvé de tout le monde (cf. par /e Sénat). La théorie est spécieuse, mais doit n'être acceptée qu'avec beaucoup de réserve. Comment l'appliquer à : précédé d'un huissier, accompagné de son flls, mcmgé des vers, entouré d'eau de tous côtés, pris de frayeur?
La préposition à. — Les compléments d'agent sont aussi construits avec à : mangé aux vers (2). Nous verrons plus loin qu'avec l'infinitif, à s'explique autrement : laissez-le entreprendre à d'autres.
Compléments d'agent des pronominaux. — Quand au passif on substituait le pronominal, le complément d'agent en m. f. et en français clas-
(1) V. CLÉDAT, Reu. de phil. fr., 1900, 218.
(2) Cf. les compléments d'adjectifs : inapprivoisable même aux galeries tendres (a. dal'd.. Sapb., 200).
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sique s'exprimait comme après un passif : les choses précieuses ne se désirent que des gentilz courages (des pér., Nouv. Récr., ii, 79) : — Par tous les conviés s'est appelé Chapon (boil., Sat., m. 48) ; — le commerce s'établit entre les Indes orientcdes et l'Europe, par les vaisseaux et les armes du Portugal (voi.T., Ess. s. mœurs, cxviii).
On dit que ce complément ne peut plus se construire ainsi en langue contemporaine. Cependant :
Divers auteurs du XIX^ s. ont imité sur ce point la syntaxe classique : Tous CCS sacrifices se faisaient par des riches et par des pauvres (michel., RéiK, I, 328). C'est ce même complément qu'il faut reconnaître dans : Les fossés dont la pente s'adoucit par la terre qui s'émiette des bords et par les pierres qui tombent des créneaux (flaub., Par les Champs, 76) : — Toutes les grcmdes choses se font par le peuple (ren., Jés., xv).
Toutefois il ne faut pas confondre le complément d'agent et le complément d'instrument, qui se construit couramment avec le pronominal : L'espace était occupé presque tout entier par trois lits qui se fermaient par des portes de bois (lam., Raph., 55). On pourrait dire : <ui moyen de portes de bois (1). La différence est du reste fort difficile à marquer : Une haine qui ne pouvait s'assouvir que par la mort (fd.. Ib.. \x) (2).
(1) Ailleurs, il s'agit d'un complémenl de cause, ainsi : QiielQiicf'ns il se faisait nn long silence par l'embarras même et par l'excès des paroles qui s'<icci:mulai(nt dans nos cœurs (i.am., Raph.,
(2) Ce complément se trouve aussi bien avec des intransitifs qu'avec des pronominaux : tout à coup, par le jeu cruel d'une puissance inconnue, ce mieux mensonger disparaissait (b. const., -4rf., X, 92\'