RAPPORTS DE U OBJ ET SECONDAIRE A VEC LES COMPLÉM. DIVERS
commander, qui ont héréditairement un complément d'objet secondaire, successeur d'un datif latin.
D'autre part, dans beaucoup de compléments, le caractère particulier s'est peu à peu effacé, et ils sont venus se fondre, par analogie, dans la masse des compléments d'objet secondaire. Ici encore rien n'induirait plus sûrement en erreur dans l'analyse de la langue contemporaine, que de vouloir la fonder sur l'histoire. L'état présent s'explique par l'état ancien, mais ne se confond nullement avec lui.
Ainsi c'est la disparition de es au commencement du XYIP s., qui a amené une foule de compléments de lieu, qui se construisaient avec es (en les) à se construire avec aux. Par là s'expliquent des phrases comme : elle a une aversion horrible pour le jeu, ce qui n'est pas commun aux femmes d 'aujourd'hui (mol., Av., II, 5; h. l., m, 631). Il serait absolument abusif de reconnaître là un complément de lieu (1). Considérons quelques exemples, d'abord des compléments qui ont originairement marqué le but, la direction. En certains cas, ce sens se retrouve, très net encore : envoyer un colis à Marseille, envoyer une plainte au procureur; d'où : se plaindre an prrjcureur (2). Par des transitions insensibles, la construction s'est étendue des lieux réels aux lieux figurés : apporter son concours à une œuvre; puis, de proche en proche, elle a gagné par analogie, de telle sorte qu'il serait abusif de retrouver un complément d'adresse dans : lire ses vers à des amis ; — expliquer, délailUr. résumer une théorie aux assistants; — cette mesure s'étend à tout le monde ; — j'ai abonné mon fils à la « Nature » ; — je m'exerce au maniement des armes ; — limiter ses relations à un groupe d'amis.
Autre exemple : Le complément (Varraclier a pu être originairement construit avec a (ab). Il marquait le point de départ, la séparation. (Cf. arracher quelqu'un de ses grifjes). C'est le ab des Serments de Strasbourg : Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai (3). Mais aujourd'hui, à. venu de ab, est confondu avec à de direction, et arracher un enfcmt à sa mère est construit comme prendre, ôter, lesquels sont eux-mêmes construits comme donner, rendre. Il ne peut être question de complément de séparation. De même : enlever une tumeur à un malade est exactement parallèle à couper un membre à un blessé.
Un exemple encore : Un complément a été originairement destiné à marquer la rencontre, la jonction, l'opposition, bref, les relations entre des personnes ou des choses. Le rapport devient ensuite un simple rapport d'objet secondaire, par exemple : avoir affaire à quelqu'un ; — collaborer à un travail, à une revue ; — Elles eurent partout des sanctuaires dans la
(1) Cf. Il ne voyait de cassui-es au carrelage que quand on quiUuil les lieux (balz., Birotl.. i, ISO). Le complément n'est pas, malgré l'apparence, un pur complément de lieu. Le propriétaire, quand il louait, ne voulait pas voir de cassures à son carrelage, comme on ne voit pas de défaïUs à sa mère. La finesse est dans voir qui signifie ici reconnaître.
(2) Cf. arriver à un compromis ; ■ — compliments à Madame ; — félicitations au nouveau chevalier.
(3> Comparez : exiger des comptes du gouvernement et : demander des comptes au gouvernement.
pelasgiqiie es Dodone. dans la mystérieuse Samothrace, où elles s'adjoignaient SLUX géni du feu (michel.. Bibl. de l'Hum., Grèce, i) ; — Oui, je vois ces défauts dont votre âme murmure. Comme vices unis à l'humaine nature (mol., Mis., 173).
Il faut donc, ici encore, se résigner. On ne saurait donner trop d'attention aux nuances de sens qui séparent les constructions, quand il y a des constructions difîérentes (1). Mais ailleurs il faut considérer l'état réel des choses, et accepter de confondre ce que l'esprit et le langage confondent. Il n'y a pas de pire métliode que de substituer des interprétations arl^itraircs à la réalité (2).
(Il Ex. : Intéresser quelqu'un à une affaire, c'est faire qu'il y prenne de l'intérêt ; l'intéresser aux bénéfices c'est faire qu'il y touche des intérêts ou des dÎA-idendes ; on dit alors qu'on l'a intéressé dans l'affaire.
(2) Ne pas donner à analyser : Je ne conçois rien à votre douleur ; — il n'entendait rien aux mathématiques ; — j'adhère à la société ; — il faut le temps d'adapter son esprit à ces nouvelles recherches ; — cela correspond à des préoccupations bien légitimes ; — cette note se rapporte au paragraphe précédent ; — j'attache beaucoup d'importance à cet incident ; — l'infirmière lui a posé des ventouses ; ■ — i7 y aura lieu de faira des observât ion'i à votre correspondant.