RAPPORTS DE L'OBJET SECONDAIRE AVEC L'OBJET ET LES DIVERS COMPLÉMENTS
Objet et objet secondaire. — Il est exlrêmemenl difficile de marquer la ligne de séparation entre objet premier et objet secondaire, quand il n'> a qu'un complément. Des verbes qui, à l'époque latine, prenaient le « datit». sont passés en masse à la construction directe : flatter, consentir, maudire, menacer. Pour ceux-là, point de difficulté. Personne ne conteste que dans flatter quelqu'un, quelqu'un ne soit l'objet premier.
La difficulté commence quand ce changement de construction ne s'est pas fait. On considère, nous l'avons vu. comme objets premiers des compléments indirects. Ainsi dans nuire, servir, aider, contribuer, coopérer... au succès. Où doit-on arrêter cette liste? En particulier, où fixer la limite, là où la construction est nécessairement indirecte ?
A) Avec les pronominaux a sens réfléchi ou non, tels que : se résigner à la misère ; — s'opposer à l'admission de l' Allemagne dans la Société des Nalions. S' attendre à. qu'une nuance sépare d'attendre dans : s'attendre à un succès et éprouver une déception, peut être considéré comme ayant un objet ])remier. De )nême peut-être se résigrwr. Mais conclurait-on de même pour s'appliquer, et considèrerait-on que le complément a le même rôle dans : cette remarque s'applique à la vie morale, et dans : // applique son esprit, son travail, bref, il s'applique tout entier au perfectionnement de sa machine ?
B) Avec les noms. — L'objet secondaire et l'objet ont même construction. Toute distinction ici serait vaine. Ex. : un secours à l'enfant sera iï nécessaire. Osera-t-on trancher, et déclarer ci l'enfant complément d'objet premier ? (Y. p. 373).
C) Avec les .\djectii-s. — Il est également difficile d'analyser de façon différente : cette mesure nuit à nos intérêts et : elle est nuisible à nos intérêts. A nos intérêts est-il donc l'objet premier de nuisible ? Possible. En est-il encore ainsi dans utile, favorable au bien public, au bon ordre ? Et dans nécessaire au développement de notre influence ? (Voir p. 373).
D) Avec les locutions verbales. — Il est facile de comprendre que les distinctions sont ici plus dangereuses que partout ailleurs. Plus le verbe et
son sujet tendent à constituer une locution composée, plus le rôle de l'objet secondaire s'approche du rôle de l'objet. Prenons pour exemple : Vous portez beaucoup d'intérêt à cet enfant, je le sais. A cet enfant est un objet secondaire. :Mais si j'emploie la locution : yous portez intérêt à l'enfant, où porter intérêt est une locution verbale, peu susceptible d'être décomposée, à l'enfant ne devient-il pas un vrai objet construit indirectement ? Il n'y a point de doute en tous cas, si à : porter intérêt on substitue : porter préjudice, atteinte, ombrage : Il m'a porté préjudice ; — faire cela serait porter atteinte à mes droits (1).
Il y a plus ; prendre part est une locution, donc dans : prendre part à un banquet, les mots à un banquet forment théoriquement un objet premier de construction indirecte. Faut-il analyser autrement : prendre une grande part à votre malheur, et conclure ici que à votre malheur est devenu un objet secondaire ? (2)
Or, nous l'avons dit en parlant de ces locutions verbales, on est souvent fort embarrassé de les reconnaître. Une locution peut être composée pour un groupe et ne l'être pas pour un autre. Par exemple, dans le monde du commerce, faire bon accueil, appliqué à un eiîet, à une traite, est incontes lablement une locution ; de même pour un peintre ou un critique d'art, servir de fond. Peut-on affirmer que le commun du public ne décompose plus ces groupes de mots ? Il n'y a pas de critère sûr.
Conclusion. — Ce n'est donc pas là quil peut y avoir matière à règles et à catalogues fixes. En aucun cas, il ne doit êlre question d'étiqueter des compléments de cette sorte, suivant les habitudes de l'ancienne analyse. Ce sont des objets, entre lesquels le langage ne dislingue guère (3).
Objet secondaire et compléments divers. — Les cas latins, si peu nombreux, servaient déjà à marquer les rapports les plus différents. Les prépositions banales qui les remplacèrent, à, de, par, n'apportèrent pas plus de précision. Elles ne servirent en somme qu'à lier les mots, sans marquer ])lus expressément la nature du lien ni son caractère.
C'est le cas avec une foule d'adjectifs : contraire, apte, propre, semblable, habile. Comparez: Tous nos sentiments ne nous étaient-ils pa^- communs?] et : une petite pluie serait bien utile à la terre (4).
Pour les verbes, il suffira de citer: dire, donner, écrire, pardonner, consentir,
(1) V. au Complément d'objcl des lociilionx verhtiles, p. 309.
(2) Tous ceux qui aoaienl pris la moindre part au sacrifice ctaienl cités, iui/ér. (miciiei,., Bib. de l'Ilum., Grèce, i) ; cf. mettre fin à et mettre une fin à.
(3) Xe pas chercher, par exemple, à délerminer à quel objet on a affaire dans : clieiclier querelie à quelqu'un, porter bonheur à un débutant, faire plaisir à des amis, faire honneur à un dîner, tenir compte à quelqu'un de sa bonne volonté, auoir recours à des expédients. — J'en dois compte, M'idame, à l'empire romain (rac. lirit., 181) ; — Peut-être il voudra bien lui tenir lien de père (1(1., J^hèd., 805) ; — Et faisons un peu grâce à la nature humaine (mot... Mis., 1 Ui). (Vesl l'exercice h ne pas faire.
(4) Cf. avec des adverbes : conformément à, contrairement à.