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CHAPITRE IV NATURE ET FORMES DE L'OBJET SECONDAIRE

On interrog-e sur l'objet secondaire. — On se sert généralement de formes précédées de à : A qui, auquel de tes frères as-tu cédé ion fonds? A quoi travailles-tu ? Mais on se sert aussi de que. Que sert la colère où manque le pouvoir? (corn.. Sert.. 212). Que sert est devenu une formule. Impossible toutefois de dire : Que sert ret appareil ?

Que peut être l'objet secondaire ? — L'ol^jet secondaire peut être:

10 UN NOM OU UN NOMINAL : i'dl écril uiw lettre à ma mère ; -- elle doit me répondre prochainement.

2° UN REPRÉSENTANT PERSONNtci. OU coNJONCTiF : /(/ lettre que je lui ai écrite : elle s'est fait lire celle lettre par une voisine : — ma mère à qui j'ai écrit.

3° UN REPRÉSENTANT DÉ:\ioNSTRATiF. POSSESSIF, elc. : j'ai écrit à ma mère, mais pas à la tienne.

40 UN INDÉTERMINÉ : écrire à quelqu'un; j'écris à qui bon me semble (1).

Les noms et nominaux sans déclinaison. — En a. f., le cas-objet servait fort souvent, sans raddition d'aucune préposition, à exprimer l'objet secondaire : si prêtez Deu mercit (Roi.. 1132). Il fallait du reste pour cela que le nom fût un nom de personne.

En f. m., l'objet secondaire nom est toujours précédé de à. Les premiers exemples sont anciens : Dist a ses humes (Roi.. 79).

Les nominaux et représentants déclinés. — Ce changement n"a pas eu lieu avec les nominaux i)ersonncls, ni avec les représentants. Quoique des formes telles que me. toi, ou même lui, ne soient pas spéciales à l'objet secondaire, elles en ont la fonction : je lui envoie ma lettre.

Spécialisation des représentants : y et lui. — Nous avons traité (p. 182) de l'es.sai de spécialisation des conjonctifs. Une tentative analogue a eu lieu pour les représentants simples, mais réduite aux formes de l'objet secondaire.

Y est fort ancien dans le sens de lui : Guardet à tere. veit le glutun gésir,

(1) Cf. De son triomphe affreux je le verrai iouir. Et conter votre honle à qui voudra l'ouïr (rac, Phèd., S79) ; — Dieu, A qui baise la terre obscure. Ouvre un ciel bleu (v. h., Léi/.. l'an 9 de Thég.).

Xe laisserai que n'i parolt, ço dil (Roi.. 1251) ; — Qu'il se donne à Mandane, il n'aura plus de crime. — Qu'il .s'y donne. Madame, el ne m'en dise rien (CORN., Suréna, 1142). Cf. p. 176.

Los grammairiens du XYIP s. ont essayé de faire la part de y et celle de lui, en excluant lui quand il s'agissait de choses. Au lieu de : ce cheval paroist rebours, si j'avois à me sauver, je ne me fierois pas à lui. dites : je ne m'y fieroïs pas, conseille Th. Corneille (vaug., i, 177).

De même pour elle. On ne devait pas dire d'un homme qui aime la philosophie : il s'attache fort à elle, mais il s'y attache fort (bouh.. Rem.. 886). En langue classique, cette façon de parler était encore commune : son chapeau avait pour elle (la perruque) un si gremd respect, qu'il n'osoit presque jamais luy toucher (fur., Rom. bourg., i, 13).

Les distinctions proposées n'ont pas été complètement acceptées. Cependant il est certain qu'on ne dit point : j'ai une maison à la campagne, je lui consacre beaucoup d'argent, on dirait mieux : j'y consacre beaucoup d'argent. Cf. c'est une opinion génércde, je m'y range. Les personnels ne retrouvent place, que quand il y a vraiment une idée nette de personne : la Vérité est une reine, on comprend qu'on lui ait élevé des temples.

Leur et y. — Le pluriel leur a aussi son histoire. Dès le clélnil de la langue, il avait ajouté le sens de à eux, à elles, à celui de d'eux, d'elles : jo lur dirrai (Roi., 2913). Comme au sens de d'eux, il devint adjectif et prit Vs, il tendit à la garder partout : je leurs dis. Ainsi, au XVI^ s., l'r s'élant anui'ie, on disait, je leuz ai dit. R une fois rétablie, Vs survécut, et. même à la (>our, au XVII« s., on entendait : il leur z' a dit. (Cf. thxrot. o. r., ii. .38 et 170).

Pendant longtemps, leur et y se sont employés concurremment pour les choses et les personnes : ils comptent les défauts pour des perfections. Et savent y donner de favorables noms (mol.. Mis.. 713). Puis les règles n|)pli- (|uées à lui l'ont été à leur.

Objet secondaire dans un possessif. — L'ol)jet secondaire d'un nom ))eut être dans un f)ossessif : donnez lui son dû équivaut à ce qui lui est dû : — - mon meilleur .sera poinct ne me marier (r.\b., Garg.. 1. m. ch. xxviii. cf. ch. IX).

Concurrence des formes légères et des formes lourdes des personnels. — 1. .\fkks le VKuui-;. — .Me se rencontre encore ai)rès le verbe à rin)|)cratif, quand il est élidé sur en ou sur y : donnez-m'en, comme menezm'y. Mais l'analogie tend à introduire là aussi la forme lourde, et, comme menez-moi y est impossible, le peuple fait une liaison : menez-nwi-z'y ; donnez-moi-z'en. Les grammairiens ont réussi à préserver donnez-m'en de la désuétude, mais non menez m'y. On entend souvent menez-y moi. (pie r.\.cadèmie reconmiande dès le XVIle s. (t.vllemant. Décisions. 1 12).

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