NATURE ET FORMES DE LOBJET SECONDAIRE
II. Avant le verbe. — L'a. 1'. employait à peu près indiffércminenl me et moi, te et toi devant le verbe : (7 moy semble (joinv., 854 g). Sauf à la troisième personne, où lui ayant seul survécu, sert à la fois de forme lourde et de forme légère, c'est la forme légère qui a prévalu. Le changement était fait dès la lin du XV'' s. Mais le triomphe des formes légères n'avait pas résolu toutes les difTicultés, On ne disait plus : moi mamler, le choix restait entre : me mander et mander à moi.
Formes légères et formes prépositionnelles. — Nous avons conservé à moi, d'abord dans un certain ii(nnl)re d'expressions faites : une succession à moi échue.
Quant aux formes personnelles du verbe, il est d'usage général de les construire avec les personnels légers. Les grammairiens, dès le délnit du XV Ile s., considèrent que : vous écrivez à moi ])our : vous m'écrivez n'est pas français. Pascal a écrit cependant : Qui m'y a mis. par l'ordre et la conduitte de qui ce lieu et ce temps a il été destiné à moy? (Pcns.. éd. ^ïo\.. i. 41) ; — je n'entends pas que vous soumettiez votre créance à moy sans raison (Ib., II, 278). Si nous évitons des phrases de ce genre, il arrive pourtant qu'on voie reparaître les formes prépositionnelles : je viens tout en liâte. et moi-même, Dire la cltose à toi, féal sujet que j'aime (v. h., Hem., i, .3) ; — cède à moi qui suis juge (lu.. Lég., Welf, ii).
Il y a lieu de se souvenir ici de la réduction de divers conqjlémenls spéciaux au rôle d'objets ou d'objets secondaires. Parler à quelqu'un, parlez à lui ontétélongtemps les seules formes usuelles (maip.. Gr.. l.'38-9). El Corneille écrivait : Mais il est mon époux et tu parles à moi (Pol., 788). Puis vint un temps où on prétendit distinguer des nuances de sens. Et enfin nh\ te, lui prévalurent. Il y a là matière à réflexions pour ceux qui voient dans causer à quelqu'un, analogi(}ue (hi précédent, um' faute contre la ])ureté de la langue.
On prendra garde aux difficultés qui se ]jrésentent a\ec certaiiis verijes. Penser, songer, courir ne causent point de doute; il faut partout la préposition : je songe à elle, je courus à lui. Mais avec d'autres verbes, les deux constructions sont possibles, elles donnent lieu à de fines nuances : je te reviens, dit {)ar un soldat à sa femme, n'a pas du tout le même sens que le mot d'un maître à son élève : je reviens à VOUS, c'est-à-dire : je vais maintenant m'occuper de nouveau de vous.
Le verbe est être. — I. Avec un nom comme attribut. — Le type est : ce m'est une gloire bien grande de me voir assez fortuné (moi... B. G., m. 19). Ces phrases sont très communes en langue classique : ce nous est une douce rente que ce Monsieur Jourdain (Id., Ib., i, 1); — ce m'est un fort bon signe (Id., Mis., 110) : — l'honneur de le louer m'est un trop digne pri.i (boil.. Sut, IX, 314).
Toutefois l'emploi des formes légères a été contesté dès le XVIP s. Il
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ne faut pas dire : ce m'est une grande gloire, mais : c'est pour moi une grande gloire, ou : il m'est bien glorieux... de façon à éviter ce m'est (caillières, Bon etmauv. usage, 200). L'usage avait changé depuis Molière, qui écrivait : Croyez-vous... que ce nous soit une gloire d'être sorti d'un sang noble lorsque nous vivons en infâmes ? {D. J., iv, 4). En f. m. on dit fort bien : elle m'était le poème vivant de la nature et de moi-même (lamart., Raph., ch. xxxii) : — Oh ! qu'une douce mort te soit ta récompense (Id.. Joe, 21 juil. 1800).
2° Avec rx adjectif comme attribut. — Type : // lui était secourable : — cela vous est bon ; — cette opinion lui est personnelle.
La forme légère s'emploie ainsi très couramment au XVIle s. : Puisque je suis mortel, il ne m'es/ point nouveau (racan. i, 100) ; — comme je viens de vous le dire, cela m'est fort honorable (bussy-rab., Co r.. Lett.
MCCLXVIIl).
Ces constructions sont loin d'avoir disparu. Les textes littéraires en présentent en abondance, que la langue parlée n'emploie pas : que cette nature en son universalité étoit belle à ma pensée, et la vie de l'homme misérable à mon cœur! (senanc, Rêveries, i. s. t. mod.. 1G); — le timbre de sa voix m'est si mélodieux (lam., Joc, 25 juil. 1794) ; — que le résultat de la vie vous a été contradictoire à tous deux (ste beuve, Port, cont., i, 153) ; — je doute que le remède soit efficace : eh tout cas il m'aura été mortellement ennuyeux (FLAUBERT, Lct. à G. Soud. .3 juillet 187^) ; — avec le goût délicat et subtil qui lui était inné (bourg., A. Corn., 31) ; — la vir lui était belle, son sang coulait bien rouge (rosny, G. du feu. 18).
Derrière le verbe être, au lieu d'un adjectif, il iieut se lrou\er un attribut ou un complémentquelconque : Ce livre m'a été d'un grand secours.
L'objet secondaire et les formes des conjonctifs. Qui. — Le
conjonctif qui avait en a. f. son objet second : cui : qui qu'en peist (1) o qui nun (Roi.. 1279). Dans la suite, le sens de la déclinaison se troubla, puis fut rétabli par l'analogie de il. ainsi que nous l'avons montré ; mais jamais qui ne retrouva sa valeur de à qui. Il dut se faire accompagner de la préposition. 11 reste dans la langue actuelle sous forme prépositionnelle. On dit à qui... pour qui... La personne à qui j'ai remis le paquet.
Nous avons au contraire une forme spéciale d'objet secondaire dans auquel : le résultat auquel il aspire : — C'est un moyen auquel // est étonnant qu'on n'ait pas songé (2).
OÙ — SA VOGUE ET SA DÉCADEXCE. — OÙ a très souveut servi d'objet secondaire. Le développement de ce conjonctif depuis le XV L' s. avait été extraordinaire. On le trouvait non seulement avec son sens propre (dan
< 1 ) CI. Il rue Qiiincampoix (qui qu'en poisl. à qui qu'il en pèse).
(2) N'ous avons vu, en parlant des conjonctifs. que souvent le peuple sul)stiUic au conjonctif l'objel secondaire personnel : la femme qu'on lui n dil cela, pour : In femme à qui o/i o dil cela.