CHAPITRE II ADVERBES ET PRÉPOSITIONS
Les Prépositions-adverbes. — Le rôle des prépositions, dfins les manuels ordinaires, apparaît comme séparé de façon rigoureuse du rôle des adverbes. Vaugelas tenait à bien les distinguer, et il a en partie réussi. Dedans. Y)av exemple, qui avait si longtemps été préposition, alors que dans n'existait pas, a été déclaré adverbe. De même auparavant (h. i... m. 646). Le P. Bouhours s'est rendu célèbre par sa distinction de autour et à l'cntour, passé en pont-aux-ânes.
^Mais ces classifications, qui vont au rebours de ce qu'on sait aujourd'hui de l'origine des prépositions, si souvent nées d'adverbes, nont pu empêcher d'agir la force invincible qui tend à rapprocher les deux groupes de mots. D'abord il faut compter a^•ec l'esprit d'abréviation, qui pousse à l'ellipse ; en outre, il est faux qu'il soit nécessaire de séparer si complètement adverbes et prépositions, ("est là de l'arbitraire logique, que Tusage n'a jamais justifié.
Assurément, on ne peut employer indifïéremment toutes les prépositions comme adverbes. A, de, sur. en. ou chez ne se prêtent guère à ce qu'on les place seules derrière un verbe. Je vis à. je viens de. demandent une suite, j'agis en n'a point de sens (1). Pourtant il faut se garder de règles trop générales : Les joueurs de billard disent qu'ils sont treize à...
Les plus vieilles et les plus abstraites entre les prépositions, telles que pour, font fonction d'adverbes à l'occasion. De nos jours les exemples de prépositions-adverbes sont très nomlireux : laisser U. porte eontre : — sortir avec : — c'est selon ; — c'est suivant : — on ne l'a plus revu depuis : — la pièce doit être dans les fentes du ])l(u\cher. elle est tombée entre : — La majorité a voté contre, moi j'ai volé pour : — Ma sœz/r n'a pas assisté ci toute la messe, elle est arrivée pendant.
On pourrait citer des textes, en nombre. Viens-tu avec'? est sans nul doute un germanisme. Mais il n'y a pas trace de germanisme dans ce qui suit : cet argent destiné à mon père... j'achèterai, avec quelque chose (a. karr. Tilleuls, 32) (2).
Il n'est guère possible de marquer ici où commence l'usage légitime, Disons seulement c[ue cwant ('.i). devant, derrière, outre, et quelques autres
(1) Cf. envers, hors, par, sous. sur. vers, jusque.
(2) Cf. la brusque façon dont il s'empara de la bouteille aurait pu faire croire qu'il allait achever de fendre, avec, la tête fêlée du vieux diplomate (.\. daud., Tart. Alp., 14).
(.3) Avant ne peut êire adverbe que dans les locutions : en avant, fort avant, trop avant. Sa méchanceté est (uissi grande qu'avant «■ est mal », disait le Dict. du Long, vie, 55.
ont. de l'aveu de tous, les deux fonctions : /'/ rencontrait une force immobile, la royauté, et derrière, une force active (michel., Rév., m, 16).
Les locutions prépositives s'emploient aussi très facilement comme adverbes : L'eau a passé au travers ; — elle est laide au prix ; — on est resté en deçà ; — on fait généralement de l'escompte en dehors ; — nos parents demeuraient vis-à-vis; — Bouille lui-même, ne peut venir nu devant (michel.. Rév.. III. 95) ; — On avait tiré le lit... hors de Valcôve ; la religieuse était au pied (fi.aub.. Éduc. ii, 242). En réalité, ces locutions ne sont réellement prépositives, que quand on y ajoute à ou de. Généralement, on les forme à deux fins : 1» en adverbes : il est à côté ; 2^ en prépositions : // est à côté de moi. Seules, quelques-unes existent à l'état de prépositions, exclusivement : faute de, grâce à, à ccnise de.
Décomposition du complément prépositionnel. — On place souvent auprès du verbe, un complément nominal qui renferme l'idée de l'être, de l'objet, dont le nom pourrait être construit avec une préposition, et on remplace alors la préposition par l'adverbe correspondant : // lui a couru après ( = // a couru après lui) : — il lui est allé au-devant ( = il est cdlé au-devant de lui). Il ne faudrait pas croire que ces façons de parler appartiennent exclusivement à la langue vulgaire contem])oraine ; elles sont au contraire très anciennes (1) : toute la trouppe leur allant au devant (videl, MéUmte. liv. i. 81 ) ; — Lucide luy venant la première à la rencontre (sorel. Bcrg. rxtr.. I. v, t. i. 363).
Ce tour est très commun aujourd'bui : // m'</ sauté dessus ; Et alors, qucmd nous essayons, avec qucdre honvnes et un caporal, de désarmer cent cinquante partisans... ceux-ci nous refusent leurs fusils et nous //rc/î/ dessus. — On dit à Paris : C'est un tramway qui lui est rentré dedans.
Les Adverbes-prépositions. — Les atlverbes conliiuienl de leur côté à sCniployer connue prépositions : sitôt, aussitôt le SOleil COUché, nous partirons. On dit bien qu'il faut sous-enlendrc après, il n'en est rien (2). On est parti de formes comme après le soleil couché (équivalentes de après que le soleil sera couché) et on a construit de même aussitôt (3). Cf. Je l'ai cherché partout Paris. Aucun Français ne sent là le par de : par monts et par vaux. Puis, ensuite d'un nouveau silence, il s'écria (k. sue. Myst.. ii. 306).
(1 ) Cf. Vait.., II, 76 el ],")9.
(2) (If. le Dict. du lang. vie.
(3) ToDLER, Verm. Beilr., u