H APURE I GÉNÉRALITÉS
Lieux réels et lieux figurés, situations. — n n"esf point besoitt d'expliquer ce que c'est qu'un lieu; oiiservons seulement que le lieu dont il est question clans les compléments de lieu est très souvent^non point um emplacement dans l'espace, mais un endroit figuré, comme un texte, ou même un auteur. De même qu'on dit: il est chez lui, on d'il: f ai Irouiré cette- d&cirine chez Platon. Ce n'est pas non plus de lieux réels qu'il est question dans : mirer dans le commerce, sortir de la théorie ; — vous croyez-irous aa-dessus de la loi ? — délibcrvr SOUS la présidence du juge de paix ; — mettre sa confiance en Dieu ; — être hors la loi (1 ).
Le lieu est eu certains cas plutôt une situation, qui nuirque non seulement l'endroit ou le moment, mais tout un cnsemlile de cirtH>nstances : dans le trouble où fêtais : — il parait dans un état de nervosité extrême ; — // passe par des circonstances difficiles.
Les INDICATIONS DE LIEU. — Les indications de lieu sont, comme la plupart des autres, tantôt d'une précision rigoureuse, tantôt au contraire vagues et générales. Les plus rigoureuses sont naturellement celles qui ont un caractère mathématique. Un navire fait son point pour savoir où il se trouve. Il saura qu'il est par 3o 10' 3' de latitude Nord et par 24» 11' :)" de longitude Ouest du méridien de Greenwich. De même un point trigonométrique est situé avec une précision absolue. Dans la vie courante aussi, on donne souvent des indications d'une exactitude minutieuse. Le maçon devra faire le trou dont il est chargé à 30 cm. de hauteur au-dessus du seuil, à 25 cm. à droite du chambranle de la porte. Et ainsi de suite, pour toutes les actions et toutes les situations qui comportent des calculs et des mesures. Pour écrire à M. Durand, il me suffit de savoir qu'il habite 23, bd. des Italiens, à Paris ; mais pour aller le voir, ie serai obligé de savoir que c'est au fond de la cour, escalier B. !•' étage, porte à droite. Cf. Vous le trouverez... chez Bouttevilain, rue Saint Martin, 92. deuxième perron, à gauche, fond de la cour, entre-sol, porte à droite ! (flaub., Éduc. I, 188).
(1) Il ne s'agit pas là d'images telles que dans la slroplie célèbre : Ain.ti toujours poussés vers de nouoeaux rivages... Ne pourrons-nous jamais sur l'Océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? (LAMART., Le lac).
GENERALITES 421
Ailleurs, les indicalions sont vagues et indéterininées : quelque part. 'Oiiire pari : il a trouvé une situation ailleurs. D'autres ne sont qu'approximatives: vers, aux environs de. du côté de Reims, dans les parages de Chcilons. Dans ce cas-là on introfhiil sou.xenl l'adverlie à peu près : C'est à peu près là que je l'ai perdue.
Il y a des indications de lieu qui sont négatives: nulle part ; — à aucun endroit de son discours, il n'a parlé de cela.
Les lieux indic[ués peuvent être ou isolés ou multiples : en deux endroits. Il beaucoup d'endroits, en bien des places, par ci par lét. L'idée peul être celle de à tous les endroits : partout, universellement, de toutes parts.
Importance des indications de lieu. — Sans les compléments de lieu, certaines plirases n'auraient point de sens, ou auraient un sens complètt ment différent : Monsieur est-il ? ... Il faut de toute nécessité ajouter : chez lui? Assurément le complément de Jieu peut manquer, comme l'objet, comme l'objet secondaire, comme tout autre complément. Ex. Il est arrivé ; — Je suis une force qui va ; — Un poignard et la main, l'œil fixé sur ta trace. Je vais.
L'indication de lieu change parfois tout le sens de la phrase. Soit ce vers de Racine. Le fer qui, dans ses mains, aide à te condamner (rac, Phèd., 1084). L'épée d'Hippolyte est entre les mains de Phèdre. C'est parce qu'elle est là où elle est qu'elle devient accusatrice. Le complément de lieu exprime comment et pourquoi la chose énoncée se produit. Comparez : A la guerre, ces défauts-h) deviennent des qucdités de premier ordre.
Moyens d'expression. — Quelque importance que puisse avoir la notion de lieu en certains cas. elle n'est pas comme la circonstance de temps, attachée inséparablement au verbe ou au nom ; elle n'entre pas comme le temps dans les formes verbales. Il n'y avait plus du locatif, déjà en latin, que des traces insignifiantes. Dans les verbes rien qui marque le lieu ; aucune conjonction de lieu ; ce n'est pas une catégorie pour notre langage.
Localisations intrinsèques. — L'idée locale peut être contenue dans
I lenom, l'adjectif ou le verbe même. Nous avons déjà parlé de cela àVObjet:
1 embarquer des troupes ou survoler une ville portent en soi l'indication du lieu
I où se passe l'action. Cf. ensevelir, enfumer, endosser, endormir, ou les verbes
savants en in : infiltrer, injecter. Cf. aussi intra veineux, intra utérin.
Localisations extrinsèques. — La notation du lieu ])eut être I^dans UN adjectif ou un adverbe : C'est te roi polonais (la font., ii, 469), On la trouve particulièrement dans un adverbe de lieu : Est-il ici ? ma situation là-bas est perdue ; il souffre intérieurement. ■ 2° Dans des compléments directs : // Iiabite rue Royale ; — une muL^on place des Vosges.
30 Dans des compléments indirects : // joue au billard tous les jours au Café du Commerce ; — // part pour Paris ; — Pierre n'est pas dans son atelier ; — une ouvrière en chambre ; — le travail à domicile. — Il y avait à chaque palier une glace contre le mur, une jardinière rustique devant les fenêtres, tout le long des marches un tapis de toile (fi.aub., Éduc., 11, 23).
40 Dans des propositions conjonctives ou conjonctionnelles : j'irai où VOUS voudrez ; — Voilà sept ans que je l'ai conduit où j'irai bientôt le rejoindre (duruy, (7niss., 271-272) ; — On scwait où il avait passé la nuit e/ la matinée d' avant le crime (bourg., A. Corn., 27); — une attaque, à quelque endroit qu'on la tente, coûtera cher.
Mise en lumière et représentation de l'indication de lieu. — Le complément de lieu peut être mis en lumière : Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper (rac, Phèd., 704, cf. 1395) ; — voilà OÙ Von arrive quand on a des intelligences avec les ennemis de monsieur le prince d'Orange (dum., TuL, 40).
Les compléments de lieu et de situation sont souvent des représentants : J'y suis, j'y reste ; — Mais que dis-je ? mon père y tient l'urne fatale (rac, Phèd., 1278) ; — Dans l'embarras OÙ il se trouvait ; — déjci le sacré mont, OÙ/e temple est bâti, D'insolents Tijriens est partout investi (rac, Ath., 1427).
Nous avons inditjué (p. 181) que où et que se trouvent en concurrence dans ce rôle.