LES DIVERSES POSITIONS
Dans se dit depuis le XVII*^ s. des lieux réels et des lieux fit«urés : une clairière dans la forêt ; — un enfant perdu dans la rue : — Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons. La pâle mort mêlait les son-ibres bataillons (v. H.. Chat., Expiai.) ; — Tous les pauvres mortels, sans nulle exception. Seront enveloppés d!ins cette aversion (:\iol.. Mis., 115). Sur l'emploi de en et de dans avec les noms communs, mille dilficultés se sont élevées dès le XVII'' s. Fallait-il dire mêler à ou mêler dans? un van en main, dans les mains, entre les mains ? — Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance (rac, Ath.. ()35); — De ne poser le fer entre nos mains remis (Id., Ib., 1375).
En ET LES NO^MS PROPRES. — Devant les noms propres de lieux désignant des pays et des provinces, en et dans sont encore en concurrence. On dit en Auvergne, en Lorraine, en Allemagne, mais dans les Vosges, dans le Lyonnais. Les règles capricieuses qu'on donne remontent au XVIP s. Elles ont entretenu un tel désordre que, lors de la création des départements, l'usage s'est partagé. En se met avec les noms comi^osés : En Meurthe-et-Moselle. en Seine-et-Oise ; dans avec les simples : Dans le Doubs. dans la Meuse. Encore cette règle n'a-t-elle rien d'absolu. On dit fort bien : X. est élu dans le Tarn-et- Garonne ; en Hautes- Alpes serait impossible.
Avec les noms de ville, en a cessé de se dire depuis le XVII*^ s. (h. l.. III. 634). En Avignon est un provençalisme don.l s'amuse A. Daudet.
En ET LES NOMS COMMUNS. — Avec Ics uouis communs. à, en. dans sont •en concurrence. A demeure dans un assez grand nombre d'expressions : le diable au corps ; un enfemt au berceau. En est également courant : en ville, en terre existent à côté de: dans la ville. dans la terre. Dans la langue littéraire contemporaine, en est de mode. On a été jusqu'à remployer avec le et les : en les poèmes. Cet afîreux barbarisme, contraire à la fois à l'usage et à la tradition, se rencontre fréquemment.
Chez.^ — Il signifie proprement: dans la maison de: Il est réfugié chez ses parents. On a discuté au XVIJe s. pour savoir s'il était permis de dire : chez Aristofe (u. l.. m, 645). Les partisans de la restriction ont été battus. On continue à dire : chez les Grecs, chez les Stoïciens ; — C'est une vertu rare au siècle d'aujourd'hui. Et je la voudrois voir partout comme chez lui (mol.. Mis., 1167) (1).
On se sert aussi d'autres expressions telles que : à /'/n^ér/cnr de. cm dedans de, dans l'enceinte de, et aussi dans le sein de. expression dont on a singulièrement abusé.
III. Hors d'un lieu.— Dans la formation des mots, la. f. se servait de fors : forligner : être hors de la ligne, for bourg {fcmbourg) qui est hors du bourg. Aujourd'hui on se sert de hors, extra : hors-d' œuvre, commission
(1) Dans se trouve encore : un moiwemenl d'humeur, excusable dans un homme qui n'a pas hsou (Flaub., Éduc. II, 40).
extraparlementaire (qui est formée et travaille hors du parlement). Defors et fors ont également cédé au XVIIe s., soit comme adverbes, soit comme prépositions à hors : Un observatoire, pour travailler, doit être placé hors d'une grande ville, loin des fumées et de la trépidation. De longues discussions ont eu lieu sur la façon de construire hors avec ou sans de : hors la ville ou hors de la ville? Ce dernier tour a prévalu au sens propre, à la fin du XVI ^' s.
On dit aussi : au dehors de, à l'extérieur de. Cf. le latinisme e.rtra muras opposé à intra muros.
IV. Autour d'un lieu. — Dans la formation des mots. Ta. f. se servait (le pour : pourtour. Le f. m. use de circon, circum : circumnavigation, circumpolaire.
La préposition essentielle était entour : Quant li Espagnol virent le grand siège entor la cité (Chron. S. Den., G.). Entour n'a pas dépassé le XVJe s. (h. l., II, 375). Mais il en est resté la forme à l'entour, qui est entrée en concurrence avec autour. Les discussions de la fin du XVII'' s. à ce sujet sont passées en proverbe. .V partir de ce moment on dut dire : La Reine avait toutes ses filles autour d'elle, mais la Reine estait en un tel lieu, et toutes ses filles estoient à l'entour (ménage. Obs.. i. 277).
V. Dans le voisinage d'xm lieu. Lez. — L'a. f. se servait de lez, (à côté). Lez existe encore (mal orthographié) dans les noms de lieux : Plessis-les- Tours : La Queue-\eS-Yvelines. etc. Les prépositions étaient, outre lez : de cosie, jouste, empres.
Jouxte a disparu la dernière. On la trouve encore au XVII^ s. (h. l.. m, 381). Nous nous servons aujourd'hui de près, proche, à côté de, auprès de, touchant, joignant, contre.
Près a donné lieu à toute espèce de diflicultés. D'abord il a fallu le distinguer de prest, prêt, et la langue n'y est pas arrivée avant le XVIII'^s. Racine écrit prêt dans : Dans quel péril encore est-il prêt de rentrer ! (Ath., 186), tout comme dans : Je me sens prêt, s'il veut, de lui donner ma vie {Ib., 1274). Aujourd'hui l'adjectif, écrit p^c^ est suivi de à: la préposition, écrite près, de de: prêt à défaillir, près de défaillir: Il est près du sentier, sous la haie odorante. Une pierre petite, étroite, indifférente Au.v pas distraits de l'étranger (lam., Harm. p. et rcl., m, xiv) ; — Près de la lourde anémone, de charmantes petites fées, des annélides apparaissent (riichel., La Mer, 387).
Mais la question de la construction ne s'est pas résolue en même temps que celle de l'orthographe. Fallait-il toujours dire près de ? C'est cet usage qui a triomphé, sauf dans de vieux noms de lieux et des expressions toutes faites : près Lyon ; ambassadeur près la Cour de la Haye (1).
Près et proche ont aussi été en concurrence. Proche de a vieilli : Hégésippe arriva si proche de lui (fé^.. Tél.. 1. xiv). Depuis la fin du XVIL' s., il
(1 ) Des auteurs du XIX» hésitent : il vil... près le jet d'eau, Deiiiuir couché... RosancUe. assise près de lui (Flair., Éduc, i, 215).
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était indispensable de le faire suivre de la préposition de : proche de sa ruine. La vieille forme emprès a disparu, mais auprès de est resté : // a vécu auprès de sa mère. Touchant et joignant sont des archaïsmes de la procédure. On emploie encore contre ; tout contre la porte ; elles (les colonnes) se touchaient à la fin contre la muraille du sanctuaire (flaub., P. choisies, 184, Sal.). Cf. vers : Son maître était logé à l'écart, cl apparemment vers un lieu couvert de grands arbres (la font., i, 11).
VI. A distance d'un lieu. — La préposition est loin de : loin des yeux, près- du cœur : — Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres... Sont bien loin de mes yeu.r (v. h., Cont., A Villeq.).
On dit aussi à distance. Les expressions figurées : au diable au vert (vauvert), au.v 36.000 diables, indiquent un grand éloignement.
VIL Au dessus d'un lieu. — Dans la formation des mots on fait entrer suret sus: smtout, surplis, surnager, surmonter, survoler, susnommé, susépineux. On se sert aus«i de super, supra : superstructure, et de épi : épicycloïde, éi^izootie.
Sur (a. f. soure) a longtemps perdu son r final ; il se prononçait .sa et ressemblait tout à fait à sa(s) devant consonne. On employait aussi dessus : Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive (kac, Jph., 206) ; — Quelle importune main, en formant tous ces nœuds. A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux? (Id.. Phèd.. 159) ; — La vapeur de leur haleine passait sur la lumière des torches (flaub.. P. chois.. 184, Sal.).
On dit : gravure sur cuivre, sur bois ; le tourneur est tourneur sur métaux ou en métaux. La matière, l'être apparaît dès lors comme la chose sur laquelle on travaille, on essaie : On expérimente un remède sur des chiens : — Qu'il s'essaîra sur vous à combattre contre eux (rac, Andr., 172). — D"()ù : se venger sur, exercer des sévices, des violences sur : Oui, les Grecs sur le flls persécutent le père (rac, Andr.. 225). De même avec des lieux figurés : Il nous (ait souverains sur leurs grandeurs suprêmes (corn.. Cin.. 986) ; — O Dieux, dont le pouvoir sur les choses préside (mol.. Amph.. 973). Cf. compter sur, faire fond sur, économiser sur l'éducation.
La notion n'est pas tellement claire qu'on ne puisse emploj er en certaine cas sur ou bien sous. Nous avons déjà dit qu'on a longtemps hésité entre : sur peine de la vie ou SOUS peine de la vie. Sur prétexte et sous prétexte ont été aussi en concurrence : On ne doit de rimer cwoir aucune envie Qu'on n'y soit condamné, sur peine de la vie (mol.. Mis., 1154 ; h. l., m, 644).
En était très usuel en a. f. dans le sens de sur: sis cumpainz Geriers {siet) en Passecerf (Roi., 1379) ; — en son dos sa chemise (ruteb.. ii. 136) ; — en la croix (pasc, Pens.. art. xvi, 2. Hav.). Beaucoup d'expressions sont restées avec ce sens : le casque en tête; — Jésus est mort en croix; — un portrait en pied.
A s'employait aussi. On le trou\ e encore à l'époque classique : Les cheveux cependant me dressent à la tête (boil., Scd.. m, 66) ; — Une impie
étrangère Assise, hélas ! au trône de tes rois! (rac, Ath., 799). Figurément: En insistant toujours aux mêmes principes (boss., Serm., Septuag.). L'idée d'une position dominante, d'un sommet, se traduisait en a. f. par sont, en som. par som: en som cel pin al vent (Peler.. 760). Aujourd'hui le diminutif sommet est seul usilé : Un observatoire au sommet du Mont Blanc. On dit en haut de la tour (cf. au haut de) : au faîte d'un mur.
YIII. Au dessous d'un lieu. — Dans la formation des mots. on se sert de sous et de sub : sous-sol. sous-préfet, souterrain. SOUSmar in, soulever, soupeser, SU\>caudal. subordonner. On se sert aussi de infra : infrastructure, inÎTarouge et de hi/po : hypogastre, hypodermique.
Sors. — La préposition usuelle est sous. Dessous a été déclaré adverbe : Soisij sous Etioltes : — être écrasé SOUS un bâtiment qui s'écroule : — être SOUS le canon du Mont- Valéricn : — Et mes genoux tremblant se dérobent SOUS moi (RAC. Phèd., 156). D'où le sens dérivé de tomber SOUS les COUps ; — Hector tombe SOUS lui. Troie expira SOUS VOUS (rac Andr.. 148). Figurénu ni : Sous le Directoire.
Au-dessous est en concurrence avec sous : les enfants au-dessous de dix ans. On dit également : au pied de, au bas : au pied du mur ; — Même au pied des autels qm- je faisais fumer (rac, Phèd.. 2S7) : — Plu-, sieurs portaient au bas de leur vêtement une déchirure arrêtée par un galan de pourpre (flai-r., P. chois., 185, Sal.).
Par terre s'exprimait autrefois par jus, Mettre jus a en^uile été traduit par mettre bas. mettre à bas (h. t... ii, 376).
IX. Devant un lieu. — Dans la formation des mots, on use de avant, pré et pro : avâUt-bras, a,V3int-garde, ÇTOéminence, piomontoire, proposer, préposer.
Devant. — La préposition essentielle est devcmt : l'a. f. disait dedevant : Dedavant sei fait porter son Dragun (Roi., 3266) : — V illotte devant Loupy ; — les combats devant Verdun. Devant signifie aussi en face de, en ])réscncc de : avoir devant les yeux, comparaître devant le tribunal, il Va répété devant moi ; — J'ai même défendu, par une expresse loi Qu'on osât prononcer votre nom devant moi (rac, Phèd.. 603). Par devant nous est devenu une expression du formulaire.
Ex TÊTE DE est relativement récent. En tête du livre, de la colonne. A la tête implique l'idée de commandement : // a chargé à la tête .de ses hommes.
X. Derrière un lieu. — Dans la formation des mots on se sert do. arrière, rétro, re.post: 3irrière-bouche, a,rrière-pensée. retropédcdage. rétrograder, revenir, re'-uler, post])oser. Les prépositions sont derrière, en arrière de, par derrière : regarder derrière soi. On dit aussi en queue de. à la suite de. au bout de. à l'extrémité : en queue de la troupe : — à l'extrémité, au bout du couvai.