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LES MOUVEMENTS

asseoir ; — venez goûter, mes enfants ; — j'accours vous chercher, toi et ta maisonnée (fabre, M^f' Fuster, 178) ; — Le jeune prince menait gaiement toute l'Europe , souper à Paris (michel., Rév., m, 33-34). Les écrivains contemporains développent beaucoup cette construction : notre philosophe se jetait dcms un train et volait apporter la bonne nouvelle à Paris (f. fabre. jV/me Fuster, 177). Ce caractère de la langue est d'autant plus remarquable que l'idée de mouvement prend dans la science contemporaine une ampleur extrême.

I. Le point de départ — Moyens d'expression intrinsèques. — L'idée de sortie, de provenance, est très souvent contenue dans les mots euxmêmes. Elle y est introduite par diverses formes du préfixe ex, es, e : l'expcttriation, extraire du charbon, effeuiller des roses. Dans la formation des mots entrent d'autres éléments, qui sont dis, des. dé : débarquer, déshabiller : el aussi en, qu'il ne faut pas confondre avec le en de encercler, empourprer. Ex. : eïan^ener, emporter, s'enfuir, s'en aller, s'en retourner.

Moyens extrinsèques. — Les compléments se construisent avec des verbes : parler de sa place ; avec des noms : voyage de Paris à Rouen : avec des adjectifs ou des participes: cousin issu de germain.

De. — La préposition essentielle est de : s'enfuit de la COntrede( AL, 38 b) ; — mon mal vient de plus loin (rac, Phèd.. 269) ; — né de parents inconnus ; — un homme de votre pays ; — ce livre est de Victor Hugo ; — Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche? (rac, Phèd., 206) ; — on n'apercevait d'en bas que de hautes murailles (flaub., P. chois., 183, Sal.). De l'idée de point de déi)art dérive l'idée de séparation, d'éloignement, de privation : se séparer de son mari ; — ôte-moi d'un doute ; — délivrez-nous du mal ; — s'abstraire de ses préjugés; — préserver du froid ; — exempt d'impôts ; — veuf de Marie- Louise Jacquet ; — quand nous débarrassera-t-on de sa présence ? (1).

A (2). — ■ Ele prent congié a Âucassin (Auc, xvi, 6) ; — Mon pied fixé s'arrache au sol où mon cœur reste (i,am., Joc, 2 août 1795). S'informer à quelqu'un était encore classique. On a dit ensuite s'informer auprès de. Pendre ses habits à un clou est en concurrence avec après un clou. J'ai dit plus haut qu'on a discuté le second, de plus en plus répandu : // se cramponnait après elle.

Depuis. — - La France s'étend depuis le Rhin jusqu'à l'Océan.

A même. — On dit : boire à la cruche même, d'où : à même la cruche. — // ne quittait sa pipe que pour boire à même d'une canette d'ecui de vie placée devant lui (e. sue, Myst., i, 8).

(1) De cette même idée du point de départ sont aussi issues toutes sortes d'idées dérivées, dont nous parlerons ou avons parlé en leur lieu. Pour de marquant la provenance, la matière, l'instrument, vin de Saiimiir, table de chêne, frapper d'un bâton, voir à La Caractérisation. liv. XVI, eh. III, IV. Pour de marquant l'origine de l'action passive : battu des flots, voir à L'Objet, p. 371. Pour de dans : il est honteux de mentir, voir à L'Impersonnel, p. 289. Pour de marquant la cause, voir aux Rapports logiques : Les Causes, liv. xx, ch. iv.

(2) \'. au chapitre L'Objet secondaire, pour demander à, arracher à.

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Le point de départ est représenté. — Pour représenter de et son complément, on se sert de en et de dont : j'en arrive ; la maison dont je sors, d'où je sors. Dont et d'où avaient la même prononciation en a. f. Il faut arriver jusqu'à Vaugelas pour qu'on les distingue (h. l.. m, 505). Encore Racine écrit-il toujours : Ménélas trouve sa femme en Egypte, dont elle n'était point partie (Andr., 2" préf.). Et Molière : en se retournant du côté dont // sort (Av., v, 2) (1).

II. Le lieu de passage. — Dans la formation des mots, le passage s'ex- ])rimait autrefois par très, tré : trépasser. Nous nous servons maintenant de trans : transsibérien, transborder, transposer.

Par. — La préposition usuelle est par : La route de Paris à Strasbourg passe par Châlons ; — elle est sortie par la porte du pare : — on devrait les jeter par la fenêtre ; — regarder par la lucarne ; — Jusqu'iui soir, au hasard, j'ai marché par les rues. Connue un fou (v. h.. Ruy-Blas. v. 1). — D'où les adresses : Larcouest par Ploubazlanec.

A TRAVERS. — Il y a d'autres locutions : à travers, au travers. On regarde par une fenêtre ouverte, on observe à travers un rideau. L'idée est qu'il y a non seulement un point à passer, mais un obstacle à franchir. Les grammairiens ont prétendu réserver ce sens à cm trcwers. La vérité esl que l'on ne fait cette distinction que bien rarement : Les religieuses cloîtrées vous parlent à travers un ou au travers d'u/? grillage. Llttré reconnaît que l'usage n'a pas acce[)té les règles qu'on a ])réten(lu imposer.

Via. — 11 est tout nouveau, c'est une expression de messageries : via Petit-Croix.

III. La direction. — On interroge par où : OÙ allez-vous'.' vers quel endroit '.' Pour >iuelle direction '? Sur quoi tirez-vous ?

Moyens d'expression intrinsèques, — Les indications de direction sont souvent dans les mots eux-mêmes : arriver, c'est venir à la rive ; s'attabler, c'est s'approcher de la table.

L'a. f. avait un adverbe ça, qui a vécu jusqu'à rèi)oque classique : or ça, venez ça. Il indiquait la direction vers le lieu où on se trouvait en opposition avec ci, qui marquait la position. De ça venait ça bas, qui a disparu à l'époque malherbienne, condamné pour avoir ressemblé à sabbat.

Moyens d'expression extrinsèques. — - Les compléments de direction se construisent :

(1) v. au chapilro La ReprcxcnlaUon, p. 180.

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1*^ avec des verbes : marcher sur Verdun ;

20 avec des noms : la marche sur Verdun ;

30 avec des adjectifs : attentif à ses moindres signes, utile à ses intérêts.

A. La préposition essentielle est ù : je vais à mes affaires ; — mener à l'échafaud ; — aller à la chasse ; — se rendre à son poste ; — suture son nwri au tombeau ; — envoyer aux provisions ; — A moi ! au secours !

A a perdu quelques emplois : Matliilde. quoij qu'elle s'en retournast à sa patrie (scun., Math.. 81). Nous dirions vers ou dans (h. l.. m. 635). En revanche à tend à s'étendre ailleurs. Malgré les anathèmes des puristes, on entend sou\ ent : partir à Paris au lieu de : partir pour Paris.

Dés les origines, le à de direction s'employait dans une foule de cas où le mouvement n'est pas un déplacement dans l'espace : A Deu (// son talent (Alex., X, 50). Depuis lors, ces emplois n'ont fait que s'étendre en tous sens. D'où : la paresse conduit à tous les vices ; — passer à un autre exercice ; — porté à la boisson ; — se remettre à son problème ; — prêt à toutes les capitulations ; — s'habituer à vivre de peu ; — sourire à un enfant, etc. Les exemples seraient superflus.

C'est à cette habitude de marquer par à la direction qu'il faut attribuer ce fait que, depuis l'âge roman, à est en possession d'exprimer le complément d'attribution : donner aux pauvres ; — verser de l'argent au bureau de bienfaisance ; — funeste au pays ; — dédaigneux au pauvre monde (1). C'est par là aussi que s'explique l'introduction de à comme ligature devant les infinitifs : aimer à travailler.

Les autres prépositions de direction sont pour, sur, vers.

Pour. — Jr pars pour Bruxelles ; — voici une lettre pour VOUS; — ie train pour Lyon, s-, v. p. — Au figuré, les eni])lois de pour sont très nombreux: bon pour la fièvre ; — // (/ pour tout le sexe une haine fatale (rac, Plièd., 789) ; — J'ai conçu pour mon crime une juste tcrrew (Id.. Ib.. 307) ; — la tendresse pour toute vie (MiciiEL.,La Mer. 388). La lutte entre à et pour a été souvent très longue et le choix très tardif ; destiné à, destiné pour se disaient encore également au xvii*" s. De même, au figuyé, s' intéresser à et s'intéresser pour.

Sur. — La ruée sur Calais ; — cette fenêtre donne sur la rue ; — on se replia sur Châlons.

Vers, envers. — De là la route se dirige vers Châlons ; — on a député versle roi. Envers a été longtemps en concurrence avec vers. Jusqu'à l'époque classique, on usait très largement de vers: Ce compliment n'est banque vers une maîtresse (corn., Veuv., 370, var. 4). — Vaugelas a attril)ué à vers le sens maté ie! et à envers le sens de à l'égard : poli envers moi (h. l.. m, 646-7). Soupirer vers a cédé à soupirer après.

(1) V. à L'Objet secondaire, p. 379.

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On trouve de = vers : Route de Paris (cf. route d' Amiens à Paris). De sorte que le train d'Italie, c'est aussi bien le train qui se dirige vers l'Italie que celui qui provient de ce pays.

Tl y a enfin des locations prépositives : dans la direction de, en direction de, par abréviation : direction Paris.

Endroit a disparu. Mais on dit encore à l'endroit de. Des auteurs du XIX^' s. ont essayé de le rajeunir : // n'était point tendre à l'endroit des rébellions et il se montrait d'une générosité asialiqne en fait d'étrivières (GATT., Frac, I, 140) : — Comme 'e veillais avec l'idée de quelque embûche à l'endroit de notre jeune amie (Id.. Ib., ii, 65). (.a faveur est plutôt à vis-à-vis : une attitude hostile vis-à-vis de l'Église. Ce sens figuré de vis-à-vis est récent. Voltaire protestait contre cette nouveauté.

On se sert également de avec : Pourquoi étes-vous si méchcmt avec moi ? Tl n'y a plus là à proprement parler que l'idée d'un rapport général.

Directions pahticulièues. — Pour marquer la direction vers le haut et le bas. l'a. f. r.va.it les expressions amont et aval, conservées dans en amont, en aval : guardez amunt par devers les porz d' Aspre (Roi., 1103) ; — De sanc vermeil taint Verbe aval la praerie (oaiun. lo ch. xix. G.). Ils ont été courants jusqu'au xvr" s. Aujourd'hui on ne comprend plus guère à vau Veau (aval l'eau, en descendant l'eau).

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