LE FUTUR
Moyens intrinsèques. Les formes temporelles. — La forme temporelle usuelle que prend le verbe pour exprimer l'avenir s'appelle «futur >) : Ce dernier moment qui effacera d'un seul trait toute votre vie, s'ira perdre luimême avec tout le reste dans ce grand gouffre du néant. Il n'y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes : la chair changera de nature : le corps prendra un autre nom ; même celui de cadavre ne lui demeurera pas longtemps (boss., Serm. Mort).
Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer comment s'est formé ce futur dans l'époque de transition entre latin et roman. Le groupe de mots qui avait été originairement analogue à notre verbe avoir suivi d'un complément de programme : j'ai à travailler, est, dès les premiers textes français, transformé en une forme verbale unifiée. Salvarai, prindrai. dans les Serments de Strasbourg, sont des futurs comme en français d'aujourd'hui. Les futurs se présentent alors sous deux formes :
1° Futur a forme contractée :
je mourrai
je tendrai (f. mod. tiendrai)
je recevrai.
20 I^'iTLiî FORMÉ SUR I.'lXFIXITIF :
je salverai (fr. mod. sauverai) j'obéirai (fr. mod. obéirai)
Les futurs de la l''^ catégorie s'expliquent par la composition et l'accenluation latine de la décadence. Le français ne pouvait rienformer de la sorte. La règle commune, qui a été pratiquée pendant tout le Moyen-Age et le XV I« s. pour les verbes qu'on créait, c'était de tirer le futur de l'infinitif (suivant le type 2) en y ajoutant les désinences a, as, a (av)ons, (av)er, ont. empruntées au verbe ayofr,mais devenues de véritables flexions temporelles et personnelles. Par apophonie,la voyelle de l'infinitif était modifiée, eii devenant atone : chanter {chcmlér) > chanter (chantcer) — ai.
Toutefois l'analogie s'exerçait dans les deux sens. Un certain nombre de verbes refirent leur futur sur le type contracté, soit que Ve muet eût peine à se maintenir entre deux consonnes, soit que l'existence des futurs contractés exerçât une action analogique. Douerai > donrai > dorrai. Ces