INTERROGATIVE
La phrase interrogative peut du reste faire suivre la note éle^•ée de syllabes et de mots dits d'une voix grave et descendante : Que /aites.-vous cet été? Il peut aussi y avoir plusieurs montées : Savez-VOUS pourquoi nos amis Brochard nous ont quitte si brusquement ? — Et depuis quand est-il ici?
Le sens de l'interrogation change suivant que le ton change. Comparez : Mais pourquoi a-t-il dit ça? à: Mais pourquoi a-t-il dit ça ? Dans le premier cas, l'interrogation porte sur ça. Dans le 2'' cas. elle porte sur pourquoi. La première phrase signifie : Pourquoi a-t-il dit ce qu'il a dit ? et la seconde : pour quelle raison a-t-il dit cela ?
Cette forme d'interrogation par le ton est celle que l'on emploie spécialement pour se faire confirmer une réponse déjà donnée ou une opinion préconçue : Alors, c'est bien entendu, vous viendrez avec nous? — Madame,
(1) Voir Grammont. Tr. prat. de pron., 177
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sans doute, n'est pas d'ici? Madame désire voir les curiosités de l'église ? (flaub., Bov., 267).
Elle marque aussi Tétonnement : Ta femme, ion beau-père, te laissent ainsi la bride sur le cou ? (aug., Gcnd. de M. Pair., i, 2).
20 Le procédé par inversion. — C"cst le procédé le plus ancien pour interroger. Dès l'ancienne langue. on plaçait le sujet après le verbe : Sire cumpainz. faites le vus de gret ? (Roi.. 2000).
Nous avons conservé ce procédé, mais seulement quand le sujet est un personnel de conjugaison, ou bien on : Irai-]e ? Viens-tu ? Le sait-on ?
On dit : Viendra-t-it ? Un / s'est intercalé entre le verbe et le sujet. 11 nest pas très ancien. ^Mais il faut prendre garde que. pendant un siècle environ, jusque vers 1650, on le prononçait, quoiqu'on eût considéré comme absurde de l'écrire. Nous avons dit que aime on est ainsi devenu aime-t-on, qui peu à peu remplaça aime l'on (V. p. 275). Ce / est analogique des formes verbales terminées normalemenl en / .■ fut-il ? vient-il ?
A LA me Prrsonnk T-il, li. — Quand le sujet n'est pas le nominal de 'A'' personne il ou bien on, généralement on laisse les termes de la phrase dans l'ordre où ils sont dans l'afTirmalion. mais on fait reparaître à la fin de la proposition le sujet delà 3*", sous la forme du représentant personnel: Pierre oiendra-t-ïl ? C'est là en somme une combinaison de la forme inlerrogalive précédente et de l'affirmation. 11 en naît une sorte d'interrogatif. immobilisé sous la forme du masculin //, précédé du / dont il vient d'être question. Cet interrogalif /-//, ainsi formé, s'étend même à la formule c'est. On dit dans le peuple : c'('.s7-il vrai ? au lieu de est-ce vrai ? ils ne l'ont pas moins achevé à bout portant ; c'est-il ça une destinée ! (Vid.. Mém.. i. 100). Nous avons vu que /-// se joint à voilà : voila-t-ïl pas un malheur ? {\. p. 8).
T'il tend même, dans la langue populaire.;') de\enir une particule inlerrogative généralisée. On conjugue : .l'irai-ti? .J'irai-ti pas? Rousseau dans V Emile cite déjà un enfant qui dit (le\ anl lui : Irai-je ty ? (ch. i). Cette forme est rigoureusement exclue de la langue écrite. Tne phrase comme : je me SUiS-ti dérangé une minute de mon commerce ? classe sou liomiue.
Inconvénients du procédé dk i, 'in version. — L'inversion présentait des inconvénients phonétiques sérieux. Dans /r(/,s-tu. tu. pouvait porter l'accent de la phrase ; dans irai-je, je, n'avait pas la inêuic tacultc.
La difTicuIlé était bien plus grande encore, lorsfpie ce je sourd venait derrière un r sourd : veille-}e7 Au XV!" s., le ]n-eniier c se délabialisa : veillé-je, et Vé, dans les siècles suivants, passa ]5eu à peu à /■ ; vcillè-je ? Sous cette forme, il est parfaitement classique : Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse. Veillé-je? (rac, Phèd., 510) ; — Où laissè-je égarer mes vœux et mon esprit ? (Id.. //).. 180).
La langue répugne absnlunu'iit cl (]epuislongt('tui)s — à des formes telles