LES MOYENS DE QVESTIOXXER
que coiirs-je, dors-je. pends-je, qui sont de pures boufîonneries. l.vs liarharismes tels que: sen/è-/>, perrfè-/>, que certains grammairiens n'eussent pas répugné à substituer à sens-je, etc., n'ont pu s'introduire. Mais nous disons encore très bien : où suis-je? — ai-je donc besoin de vous? — Franchement. SUis-je bien coupable d'étudier dans ce pauvre petit corps... le secret qui ini sauver des générations entières (curel, Nouv. Id.. i, 4).
D'autre part, aucune difïiculté ne se présente avec les autres personnes du singulier ou du pluriel: venez-vous? étais-tu là? Se souvient-il? — Pourquoi s'est-elle adressée à moi? Savait-elle donc que je l'aimais?... M'avaitelle vu et cette fenêtre ? S'était-elle jamais retournée le soir quimd je l'observais dans le jardin ? (muss., Chcmdel., m, 2).
Ce n'est pas la difficulté de la première personne du singulier de quelques verbes qui a causé le grand mouvement de transformation de la forme interrogative. La vraie cause probablement, c'est que la langue a tendu instinclivemcnl et à marquer fortement l'interrogation dés le début de la phrase, et à garder l'ordre ordinaire des mots : Est-ce que .Jean viendra bientôt .^ Il y a là à la fois un phénomène analogique de syntaxe, qui tend à étendre à tous les cas la forme ordinaire de la ])hrase ( 1 ). cl un phénomène d'ordre psychologique, qui pousse à insister sur ie c'araclère interrogatif. C'est un de ces renforcemcnls d'interrogations, dont nous jiarlerons bienlôt.
Les interrogatifs périplirastiques. — Quoi rpi'il en soit, le succès de la forme est-ce a éle tel qu'elle s'est introduite aui)rès des mots inlerrogatifs tels que : ((ui. (juoi. con'iment. où. j)ourquoi. etc.
Dès le XIV s., on rencontre la fornude périphrasticiue est-(Ce) que ?: cument est dune que Adonias rcr/nc ? (I V Liv. R.. m, i : h. i... i, '2."Ji)).
Au XV° s., ces pjirases deviennent très communes dans toutes sortes d'interrogations : qui esse qui //)'(/ frappé? (Must. V. Test.. 1763) : — Quesse que vous avez ? (Ib.. 4577) ; — De quoi/ esse que couvriron De nos corps les sccrctz piteux? (Ib.. 1736).
C'est que se rencontre égalenicril : pour qui c'est que VOUS me prenez ? {Pathelin, dans F(u-c.. éd. Jacol), 109). C'est est particulièrement fréquent dans l'interrogation indirecte : je vous demande Pourquoy c'est que vous l'avez bastie {Mijst. Y. Test.. 5656).
Au XVJe s., les interrogatifs périphraslicpu's dexiennent de plus en jMus usuels (H. L., II, 319) : Sire, qu'est-ce que i ay dit ? (sic. de Tr.oYHs. Par.. 151) ; — pourquoi est ce que /(' me desconforte ainsi ? (toikx.. Cont.. iv. 5, A. t. /r.,vn, 198). C'est est aussi commun que est-ce (2): diltes. si vous sauez Qui c'est qui a ce concile excité (pelet., Od.. Œuv.,22o v») ; — ie me suis enquis d'où c'estoit que le bois réduit en pierre aurait esté apporté (paliss..49).
(1) Cosl à la même raison qu'est due rinUoduclion de <iue qui permet aux gens du peuple de dire : pourquoi qu' Vij mis ? — Comment qu' lu dis ? — Où qu' l'as pris ça ? " (2) A noter que c'est se développe aussi dans les phrases non interrogatives : Ne plus ne moins. que font nos danioiselles, quand c'est qu'elles ont leur « cache-laid » que vous nommez lourd de nez (R.'S.B., v, xxvi).
Au XVIIe s., les grammairiens furent en général hostiles aux interrogatifs périphrastiques. Vaugelas, Bouhours leur préféraient l'interrogation simple, Furetière veut qu'on dise : Que demandez-vous? et non: qu'est-ce que vous demandez ? Ceux des classiques qui n'ont pas craint de reproduire la langue courante en présentent souvent : Qu'est-ce que c'est que cette logique ? (moi... B. G.. II. 1) ; — Qu'est-ce que c'est donc qu'il y a, mon petit fils ? (Id.. Mcd. Im., I. 6) ; — Cf. Comment est-ce qu'on le nomme ? (la font., Ragot., 94).
L'opposition tenace faite à ce pléonasme dure encore. Elle n'a pu prévaloir contre l'usage : faudra voir qui est-ce qui sera mangé : — nous verrons qui est-ce qui rira pour finir. On va jusqu'à dire: Combien est-ce que c' st? (h. imonn., Se. pop.. 163).
Il serait peut-être bon de jeter du lest, et de faire une démarcation entre est-ce et c'est. Qui est-ce qui frappe ? est aujourd'hui accepté de tous ; qui c'est qui frappe ? est vulgaire (1).
D'autres démarcations sont possibles. La formule est-ce s'est phonétiquement réduite à s dans d'ous' que? pourquoi s' que? qu'on entend dans la bouche du peuple: Ous qu'/7 est, le monstre ? mais. OUS qu'zVes/ .'(vidocq, Mém.. IL 128). Il n'y a aucune possibilité d'accueillir ces réductions en langue écrite.
Ilexistedespériphrasesintcrrogalives'.faites avec d'autres verbes que être. Nous les trouverons ailleurs : Pourquoi donc faire que vous voulez voir ces passeports ? (h. moxn., .SY. pop.. 181).
Interrogations multiples. — Il arrive souvent que deux interrogations se j)résentcnl à la suite l'une de l'autre. On construit alors souvent la seconde en proposition hypothétique, cnsc servant ou non delà périphrase c'est: Vois-je des vérités OU si mon œil s'abuse ? — Est-il vrai que je veille, ou si c'est que je dorme ? (bours.. Mort Viv.. m, 5) ; — Tâcheront-ils de me nier la chose?... Ou s'ils entreprendront de l'cvcuser ? (moi... Fourb.. i. 4) ; — Et pourquoi donc ? Êtes-VOUS souffrant. OU si c'est un méchant caprice ? (muss., Chandel., m, 3); • — lequel est écrit dans les i/eur. Du stupide ou du Iciche. OU si c'est tous les deux? (lu., éd. Lem., i. 84;- distingue-t-on une verrue au bout ?... Ou si quelque mouche, à pas lents, s'y promène ? (host.. Cijr., I, 4) ; — Est-ce du sang, corbacque ! ou bien si c'est du son Qui court dans vos vaisseau.v artériels ! (Id., Roman., m. 2) (2).
(1) C'est donc Fournais, alors ? — Oui, monsieur. — .Snis-tti si C'est qu'iV n ncudn son chien d'chasse ? — Fcnit croire que oui... j'ne le vois plus miec (H. monn., .SV. /jo/)., 1 17). .\ plus forle raison, doit-on laisser au peuple la forme où le que s'est inlroduit de\ant c'est : Ah çd ! qui que c'est, diable, qui peut bien couper les cheiwnx à monsieur des l'elils-Champs? (hWKn., Leur /'. plu/sique, 7).
(2) Voir ToBLEH, Mél.. 32.