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L.\ RÉPONSE CHANGE DE FORME

Elle afTecte la forme extérieure d'une hypothétique. Ce sont là des débris de phrases com|)ièles : vous savez sans doute où demeure Monsieur de Peyrehorade ? — Si je le sais ! s'écria-t-il. je connais sa maison comme la mienne (:mérimée. Vénus d' !llr. 2 11) ; — Si tu crois que je n'ai pa.s remarqué que M. de Saint-Pol fait la cour à cette femme (a. cap., Ange. i. 1). Cette forme est très courante : Si ce n'est pas malheureux de voir ça ! Il faudrait se oarder de la rattacher à un système hypothétique. C'est une proposition objet devenue principale.

On affirme aussi très fortement avec un débris de phrase temporelle : Quand je te l'avais dit que le bourreau viendrait (v. h.. Mar. de L., v. 7),

30 On insiste a l'aide d'une phrase principale.

On introduit des verbes qui insistent sur l'affirmalion : Je t'assure, nous vous certifions que : Tu penses bien que je ne l'ai pas oublié : — C'est très malin ce que vous faites là. — Je VOUS assure que c'est à mon insu (lab., Poud. au.v ycu.x, i, 9). — La langue populaire a fait de je te crois une formule à cet usage : Je te crois qu'il a gagné de l'argent.

(1» Hsl-ce que mon neveu n'est plus onioureux d'elle ? — Si fait, monsieur, eonime d'hnbiludc (Ml ss.. On ne s. pens. à. t.. 1 ).

JXTEIiROGA TIOSS. AFFIRMATIONS, XEGA TIOSS RENFORCEES 501

De nombreux adjectifs se construisent. à cet efî'et, avec le verJje êlre Il est évident, sûr, certain, avéré, manifeste, clair, acquis, établi, reconnu... qu'elle a toujours fuit son devoir. D'où laljrtnialion populaire : ,sâ/- et certuin.

A noter aussi les expressions : c'est que : le /ait est que (celle-ci a souvent le caractère d'un aveu) : Ah ! c'est que je vous connais ! (mirb.. Le Foy., I. 2) : — Le fait est que, pour les caleçons et les gilets de peau. Honorât est simplement extraordinaire ! (lav.. Leur b. phys., 59).

Par la sui)pression du vei-l)e il est. on est arrivé à une construction très originale : Bien sûr qu'zV ira. Parla suppression de il n'y a. on aboutit d'autre part à point de doute que : Point de doute qu'iV ne vienne.

D'autre part les adverbes tels cjue certainement ont donne lieu à des constructions qui jouent un rôle important : De // viendra certainement, certainement il viendra, on est passé, par analogie des constructions dont il vient d'être question, à : Certainement qu'il vous écrira, sûrement que vous le verre: : — Mais certainement que Muscade viendra dîner sanwdi (.maupass., Yvette. 2G).

De sorte que les besoins de l'affirmation renforcée ont eu deux effets, en apparence contradictoires. Des phrases faites ont été déconstruites : sûr qu'il est là ! et des |)ln-ases logiquement imi)ossibles ont été établies : sûrement qu'elle l'épousera !

Remplacement des négatifs. — La négation jjure et simple est loin de suffire toujours à nos besoins logiques et sentimentaux (1). Nous avons vu coml^ien le désir de la renforcer a contribué à la naissance des formes modernes.

Pour la même raiscni, on sul)slitue à la négation ordinaire toutes sortes d'expressions : Allons donc ! le vous dis que j'ai de bonnes raisons pour savoir que cela ne se peut pas (Miss.. Lorenz.. iv. 10) il me disait de me rendre. Moi, je lui dis : « li n'y a pas de danger! » (méri:mée.. Les Mécont.. se. xi); — Ma faute, à nioi, par exemple î (don.. La Pair., m. 3).

Autrefois, on s'écriait : Ils sont bossus ! Elles sont sonnées ! Juste et carré comme une flûte ! Vous me Ut baillez bellr ! Vous m'en contez ! Autant pour le brodeur !

Beaucouj) de ces expressions sont ironiques : ce sont des antiphrases : Voire, voire ! Justement ! C'est tout à fait ça ! Tu parles ; — La duchesse une amie !.... Oui. joliment î (a. daid., Imm.. 9) (2).

Négations renforcées. — On peut aussi renforcer les négations ordinaires non et non pas.

1" RÉPÉTITION : Non, — non, et non! Mon Dieu ! croyez-vous que je ne sca-he pas ce que vous pourriez me dire '.' (musset. // faut qu'une p. s. ouv. ou fer m.. 1).

1 1 1 Nous y reviendrons en parlant du refus.

(2i Malgré les pertes, il nous reste assez de formules et d'assez vives pour éviter celles qui sont trop populaires : non ! mais des fois ! El ta sœur ! Va conter çù à Duché !

502 LF:S fa 1 rS PA R NA PPOR T a XOS opéra TIOXS PS YCHOLOGIQ LES

2° Addition dadvhkbes. — On se servait autrefois de dea, du (cf. oLii-dà) : Mascarille, est-ce toi ? — Nenni-da, c'est quelque cadre (mol.. Et., 1227). Nous disons : non certes, non vraiment, certainement, assurément non.

Non pouvait être, au XYIF s., renforcé par jamais : Je juge de moi par vous, mon cher Monsieur : souvent j'y suis attrapée avec d'autres, mais non jamais avec vous (sÉv.. Lett., dccccxv) (1).

Nous avons vu le rôle primitif de pas et point. Maintenant qu'ils font partie intégrante de la négation, ils sont à leur tour renforcés : pas le moins du monde; sûrement pas; absolument pas.

Pas du tout est quelquefois raccourci en du tout : Du tout, du tout, bégaya François : pourquoi donc que j'y serais allé dans votre jardin ? (soiv.. Clair., 13) : — Pas d'argent, n'est-ce pas .'-'du t0Ut,du tOUt,du tOUt (a. daud.. Inun.. 14).

Les autres termes négatifs tels que: personne, jantais... etc.. sont renforcés, eux aussi, de différentes façons : personne au monde, rien au monde : Rien au monde ne saurait nfétre plus précieux que votre amitié : — jamais de la vie ; — Quel mariage ? — Le vôtre ! — Moi ? Jamais de la vie ! (fi.aub., Éduc, II, 43).

Une forme très originale et très vive de dénégation s'est imposée récemment : Avec cela qu'// est facile de travailler en face de quelqu'un qui pleure tout le temjjs (a. daud.. Jack, 475) ; — Pierre ne me l'aurait jamais pardonné ! Avec ça qu'z7 existe quelque ctwse qu'un homme comme lui ne pardonnerait pas à une femme comme toi, si elle savait s'y prendre (a. fiamknt. Le M casque, 2).

Renforcements par serments. - Qu'il s'agisse d'une (juestion, d'une afTirmation, d'une dénégation, on prend des témoins, on atteste, on conjure.

En doctrine chrétienne, le serment est >i tabou » : " Mais moi. je vous dis : Ne jurez point du tout, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu ; ni ])ar la terre, car c'est le marchepied de ses pieds ; ni par .Jérusalem, car c'est la ville du grand Roi. Ne jure pas non plus i)ar ta tête ; car tu ne peux faire devenir un seul cheveu blanc ou noir. Mais que votre parole soit : Oui, oui. Non. nf)n ; ce ([u'on dit de plus vient du malin. » (Év. S^ Math., V, 34).

Le seiment n'en a [)as clé moins prescrit jjar les Autorités. Le premier texte cjue nous ])ossédons en français est celui d'un Serment. On ne jure i)lus ofTiciellement en l-'rance sur l'Évangile. Mais il y a des formules juridiques : Sur mon honneur et ma conscience ht réponse du jury est : non. Quant aux formes usuelles du scruu'ut. (>lles sont multiples : sur l'honneur, sur la tête

(1) Jù. qui fortifie le sens de ne dans l'aneien-français. est tout à fait sorti d'usage : Quand Irl ribaiid seroil pendu, ce ne .seroil jà gritnd dommage (voit., i'oé.s., dans Rich.) ; — Jà ne les faut épluclier trop avant (L\ font., dont., Troq., 51) ; — Jà ne plaise à votre Seigneurie De me prendre en cet élnt-là ( Id.. 1. ix. 10).

JXTHRROGATIOXS. A FFIHMATIÔXS. XÉGATIOXS nEXFOIlCFl-S 5():i

de mes enfanls. sur les eendres de ma mère, foi d'honnéle homme, etc. : Mon bon Monsieur, je VOUS jure le bon Dieu qu'il n'esl entré personne iei(y. h.. Mis., Fantine. v).

L'Eglise interdisait les serments clans la vie commune, et même les poursuivait. En plein XVI^" s.. des condamnations sévères tentèrent de faire disparaître de vieilles habitudes. Elles ont persisté, et la langue est pleine de formes de jurements ou de jurons, où on prend à témoin d'un fait, d'une intention, le ciel et la terre (h. l.. iv, 385). On y voue — sans trop s'en rendre compte — son âme et son corps au malheur pour garantir sa parole : Dieu me damne si : le diable m'emporte si : — sois-je du ciel écrasé si je mens ! ( aioi... Mis., 271) ; — Que je vous perde si la vérité ne m'est aussi ehère que mon amour ! (muss.. Chand., II, 4) (1 ). — Que le diable m'emporte si je sais au fond ee que je suis (dideh.. Xev. Ram., <S(i) ; — Que je sois pendu si je porte jamais un jugement sur qui (/ue ee soil ! (flai-b.. Corr., 3'^' sér., 25).

Par respect, on é\itait dr.ns les Jurons de nommer les personnes divines, et leur nom élail déformé : je renie Dieu devenait ainsi jarnibleu : parla mort de Dieu, morbleu, etc. Les formes les plus étranges ont eu cours : jarnij (DU VERD., Fiait.. I. 2) ; — mardi (Rr:GN.\RD, Div., i. 5); — Tuchou (Id.. Homme à b. fort., ii, 1).

Aujourd'hui encore nondebleu. sacrebleu. etc.. remplacent les types véritables. Le temps est loin cependant où on se gênait de nommer le diable. On dira: Où diantre sommes-nous ? mais aussi: OÙ d\a,\)\e voulez-vous nous conduire ? — OÙ diable sommes-nous ? (bai.z.. L. Lambert, 194) (2).

(1) Cf. Monsieur le dur, l'en n-fwnds sur ma tête, iiiie je vous apporle à Versailles ( \'i Quille p. la peur, 8).

(2) Du diable si je bouge ! (v. h.. Mur. de 1.., n. l).

( HAPITRE VI RÉSERVES ET ATTÉMATIONS

Questioxis et politesse (1). — Dans l'ancienne étiquette, un inférieur

n'interrogeait pas un supérieur, un enfant ne posait pas de questions à ses parents. Aujourd'hui même, quand on interroge, il y a des circonstances où une question trop directe pourrait paraître brutale; aussi se s^-rt-on de formes particulières qui atténuent l'interrogation.

D'abord quoi n'est pas reçu; on le remplace par: Plait-il ? Vous dïles? S'il cous plait ? etc.

On emploie en outre toutes sortes de formules de précaution : Puis-je cous demcinder un moment d'entretien? — Oserai-je cous demander? — Serait-il permis de vous demander où pous en êtes arec ce Monsieur ? (mir- BEAU. Foger, i. 12).

Le futur ou le conditionnel interviennent pour présenter la question de façon encore plus polie: au lieu de: puis-fe pous dire, on se ser\ira de: Pourrai-je vous dire ? — poorrais-je vous dire ?

Certaines questions continent aux atténuations et en prennent la forme : Je suis te Pharisien, et je dis à mon hôte : Si ton démon céleste était un imposteur ? ( Muss., éd. Lem., i. 234 >.

Repenses. — L'n simple oui ou un non sont peu polis. De là robservatîon 51 souvent faite aux enfants qui ont tâché un oui tout sec : Oui. mon chien. C'était déjà un article de la ci\ilité au XVII* s. : ■( D seroit inutile de marquer ici ce que l'on dit tous les jours aux enfans. que quand on doit répondre. oui. oif ni!>n.il faut toujours y ajouter. Monsieur. Madame. Monseigneur, etc. ■> [Tr. de la Ciu.. 24 K Toutefois joindre le nom au titre, dire non pas ; Monsieur, mais M. Bertrand, en s'adressant aux gens, est une familiarité que l'on peut se permettre avec des inférieurs, tout au plus risquer avec des

air. pour le-i examiner d'ensemble, sous le lilre commun de Influence

- 'i- n'.m;;-^:- ■;; ■:•- oersonne : voas et la 3* penonue : ■ nnes : V<mês et moi :

>*rêt : Ek bien, nous arons dixte été gmndèe ?

Les cttLtauitUoaî

al dans l'iaterrogalion,

b) dans raEErmation.

c) dans les ordre» donné-

de Tes- •

RÉSERVES ET ATTÉXCATIOXS 505

-,;iux : Ah .' monsieur Dimanehe, approche:, dit don Juan à son marcliand.

Commeni .' Monsieur Jourdain, vous poilà le plus propre du monde, dit

Dorante au Bourgeois Gentilhomme. C'était se moquer de ces petites gens.

. . Traité de la Civiiîié ne manque pas de réprouver pareil usage : ( C'est

.>si une incivilité de joindre après le Monsieur, ou le Madan^e. le surnom

. la qualité de la personne à qui on parle ; comme, oui. Monsieur Cicer-

.'■{. en parlant à lui-même; au lieu de dire simplement, oui. Monsieur >

Affirmations et négations atténuées. — 11 est prudent parfois, il est

, ii;T. ion loujours d atténuer certaines affirmations positives ou néga-

\es. En certains cas. on ne répond pa-' par un s/, qui risque de choquer

tant que de surprendie. ni par un non <2). On les atténue : Vous n'irez

s à cetie réunion ? Que si, Mais si !

La politesse française est d'insinuer, de laisser dcviper : De là remploi formules : Pardon, excusez-moi. etc. : Tiens, le voilà dans le jardin ! — Pardon, Madame, ce n'est pas lui (mvss.. Bettine. i. 5).

Ou bien on présente des réalités comme des possibilités, à l'aide de condi-

■nnels: // serait 5«r le point de céder: — C'est cependant une opinion gèné-

iemenl acceptée que les moeurs des artistes sont plus relâchées que celles des

lîres classes sociales... Il semblerait «îssrr vraisemblable. J'en conviens, que

:s hommes occupés essentiellement des choses de l'imagination se dérobassent

u à peu aux préjugés et même aux principes communs, et que Torgani-

- :tion de ces hommes... eût besoin, dans les intervalles du travail, d'excita-

ns siu-naturelles... Ce serait même, suivant quelques-uns. une des condi-

ns indispensables du génie. Véritables salamandres, les grands artistes

pourraient vivre que dans le feu et mourralept en rentrant dans l'atmos-

.;:>; commune. Par la nature de leurs travaux, les artistes... subiraient

plus facilement que ks autres hommes l'influence de ces travaux excitants

(A. du:mas. Aff. Clém., xxi. 3t>K

Cette façon de présenter les faits dune façon qui n'est pas tout à fait affirmative, s'explique, soit parce qu'on n'est pas assuré de la réalité de la chose, soit uniquement par la réserve et la politesse. Il semble qu'on ne veuîîle pas imposer son opinion à autrui, mais seulement la lui proposer.

Autres moyens. — On emploie 1^ l'auxiliaire devoir : Vous devez faire erreur, i Nous en reparlerons aux Probabilités, sect. iii.ch. ivk

< 1 1 Monsieur de Sotenville ne manque pas de reprendre G. Dandin sur ce point : Doiicentent. mtm gesidre. .\ppTvnez qti'il nesi paf respectueux d'appeler les gens par îeiir nom. eî qu'à ceux qui smtt mt-dessns de nous, il faut dire ' Monsieur ' tout court <Mol.. G. Dand.. i. 4\.

• 2' On sçait aussi que lors que l'on doit répondre non. pour contredire quelque personne de qualité, il ne le faut jamais faire crûment, mais par circonlocution. en disant par exemple: Vi>;;.< me pardonnerez. Monsieur, etc. je t>ous demaiide pardon. Madanw, si fose dire que la coquetrrie e.<i un mamyais niojfen pour plaire, eie. { Tr. de la Cîi»., 24>.

20 Des temps divers, l'imparfait : Je venais voir si vous étiez prête ; — Vous faites fausse route, M. Lombard. Tavernier est un de mes bons camarades et je venais m'informer de son retour (becq., Polich.. i, 3).

Le futur : Je me permettrai d'abord de le dire... que si jamais j'avais douté de toi, je n'en douterais plus aujourd'hui (flaub.. Corr.. 3^' sér.. 15).

30 Des phrases négatives qui sont niées, et ce détour suffit ])our présenter l'idée sous une forme moins brutale : Vous n'avez pas été sans la rencontrer ; — vous n'êtes pas sans vous être aperçue qu'il m'avait fait la cour (dox., La Pair., 11, 1).

SECTION H : LES MODALITES ET LE LANCxAGE

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