DISCORDANCES ENTRE LE LANGAGE ET LA PENSÉE DANS L'EMPLOI DES MODES
Il s'en faut bien que tous les modes aient autant de valeur modale les uns que les autres. Certains d'entre eux. comme le conditionnel, qui est de création française, ont des sens nets, et, s'ils ne paraissent pas partout où ils pourraient se rencontrer, du moins, ils ne sont pas amenés par des nécessités purement formelles et extérieures à la pensée, comme c'est le cas du subjonctif, qui bien souvent n'ex[)rlme plus des modalilcs. mais n'est qu'une forme de subordinalion.
1. Attractions. — Il arrive souvent que la notion modale, au lieu d'être exprimée seulement dans la principale, se répercute sur des propositions qui en dépendent. Quelquefois le sens l'impose ou tout au moins s'en accommode : ,s'// falloil qu'il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurois menti (mol.. D. J ., i. 1) ; — je leur disais que, si quelqu'un leur venait dire du mal de vous, elles se gardassent bien de le croire, et ne manquassent pas de lui dire qu'il en auroit menti ( Id.. //).. ir. 4). Dans les deux cas auroit menti se justifie parfaitement.
INIais voici des exemples fort ditîérents : Si vous aviez celle impression, vous ne vous étonneriez pas que la diversité de tant de lieux... ne VOUS auroit de rien servi. Ce n'est pas voyager ce que vous faites : c'est rôder (m.\lii.. ii, 372) ; — quand ma pièce ne m'aurait produit que cet avantage, je pourrais dire que son succès auroit passé mes espércmces (rac. Théb., Épitre). Le succès est un succès réel, acquis. Le mode conditionnel n'est là que par attraction. (Cf. la célèbre phrase de Bossuet : Si Babylane eût cru qu'elle eût été périssable).
Le subjonctif se trouve souvent, au XVIL' s., dans une conjoncLive dépendant d'une com])létive au subjonctif: soupçonna que ce iust quelqu'un que sa maistressc eust fait venir (videl, Mél., ii. 183).
Cette attraction, extrêmement commune dans la langue classique, se fait encore de nos jours : quoiqu'il prétende qu'ils sachent un peu l' Anglais, ils n'en comprennent pas un mot (flaub., Corr., 3^ sér., 8); — Quel est le critique qui lise Ir livra dont il ait à rendre compte ? (Id., Ib., 4« sér., 134).
2. Abandon de modes. — Dans des phrases un peu complexes, la modalité n'est pas toujours observée jusqu'à la fin.
10 Le cas se présente quand plusieurs propositions se succèdent : Je