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CHAPITRE VI PROPOSITIONS A FORME RÉDUITE

Mots ou groupes de mots substitués à des propositions. Les

QUESTIONS. — Sans doute les interrogations sont souvent des propositions à formes normales : que vaut un argument de ce genre? — quel profit en retiriez-vous ? — ne suis-je pas à votre goût ? — voulez-vous m' accompagner ? Mais, sous une foule de formes diverses, des questions apparaissent, où on ne saurait reconstituer une proposition. Ce sont d'abord des mots simples : qui ? quoi ? pourquoi ? comment ? puis des groupes de mots : en quel cas ? pour quelle raison ? à quel propos '/ à quoi bon ? que penser ? quoi dire ? que faire ?

Les expressions du sentiment. — Le sentiment, par nature, s'accommode particulièrement d'exclamations, de brèves expressions, de groupes de mots à allure irrégulière : diable ! tiens ! dame ! bon ! heureusement ! mcdheureusement ! très bien ! superbe ! n'importe ! jamais ! tant pis ! de mieux en mieux ! — Nicole - — Apprends que... Govielle — Xon, traîtresse. Lucile — Écoutez ! Ciéonle — Point d'affaire... Luc. — Clcontc ! Clé. — Xon. Nie. — Covielle ! Cov. — Point. Luc. — Arrêtez. Clé. — Chansons. Nie. — Entends-moi. Cov. — Bagatelles ! Luc. — Un moment. Clé. — Point du tout. Nie. — Un peu de patience. Cov. — Tarare ! Luc. — Deux paroles. Clé. — • Xon, c'en est fait. Nie. — l'^n mot. Cov. ■ — Plus de commerce (mol.. Bourg., HT, 10); — Endurer un affront comme celui-là, en notre présence! (Id.. Préc. rid.. 14) ; — avoir été prince, empereur et roi ! Avoir été l'épée, avoir été la loi ! Géant, pour piédestal avoir eu l' Allemagne ! Avoir été plus grand qu' Annibal, qu'Attila, Aussi grand que le monde !... et que tout tienne là ! (y. H., Hem., iv, 2).

Les ordres. — Les ordres, qui gagnent à être brefs, sont également traduits par toutes sortes de mots ou groupes de mots. De même la prière et la demande : debout ! silence ! attention ! halte ! Louis, votre leçon ! à la porte ! à bas les traîtres ! bonjour ! tout doux ! tout beau ! à d'autres ! à huitaine ! à demain ! à boire ! — Allons, Alonsieur, la révérence ! Votre corps droit. Un peu penché sur la cuisse gauche. Les jambes point tant écartées. Vos pieds sur une même ligne. Votre poignet à l' opposite de votre hanche. La pointe de votre épée vis-à-vis de votre épaule. Le bras pas tout-à-fait si étendu. La main gauche à la hauteur de l'œil. L'épaule gauche plus quartée. La tête droite. Le regard assuré (mol., Bourg. ,u, 2) ; — Tant pour les coups de fouet qu'il reçut

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à la porte ! César ! tant pour Vanicn ! tant pour V alléluia ! Tant pour la pierre où vint heurter sa tête morte .' (v. h.. Chût.. A un ninrt>i).

Les énonciatioxs ordinaires. — Les énonciations ordinaires sesufliscnL aussi dans beaucoup de cas. avec des mots isolés ou des groupes réduits de mots. 11 faudrait d'a]>ord citer la série des réponses positiAes ou négatives : oui, certes, bien sûr, point de doute, jamais de la vie. Ajoutez tous les cas où l'on complète la question : comment vous trouvez-vous ? tous malades; — A quoi songez-vous ? Mais à sauver ce qui peut être sauvé !

Il y a d'autres énonciations ainsi exprimées : rien à signaler : — rien de meilleur: — plus personne: — à vous de voir; — civousdefuger; — paslapeine.

Il ne s'agit pas ici de se demander si les groupes de mots dont nous venons de parler sont des débris de phrases complètes et s'il n'y a pas eu là, autrefois, un c'est ou bien un // y a. L'origine ne fait rien à l'affaire. La question est de savoir si actuellement ils apparaissent au sujet parlant tels qu'ils sont, ou au contraire sous une forme pleine qu'il abrégerait consciemment. Il est incontestable que dans un certain nombre de phrases où manque un élément, le verbe par exemple, on se trouve en présence de phrases incomplètes que volontairement on a abrégées. Il y a alors ellipse, une ellipse que l'esprit supplée. On pourrait citer d'innombrables exemples pris à la langue courante ou bien à la langue littéraire, où manque le verbe être : qui a vécu un seul four a vécu un siècle ; même soleil, même monde, mêmes sensations (LA BR., Car.. lvsj)r. l-'orls) ; — C'est en bienfaisance, comme en poésie. Rien de plus facile que d' attraper l'apparence (balz., ]-Jnv. Vie pot., 2^ épisode); — Dans cette prison, pas un brin d'herbe, pas un atome de terre, pas vn rayon de soleil (dumas, Tul., ch. vO; — Ces polissons-là, murmura l'ecclésiastique, toujours les mêmes (flat-r.. Bov.. i, (), p. 12'2) (1).

Prétendues ellipses. — Qu'ajouterait-on pour restituer des phrases complètes et normales dans les exemples suivants : Eternel soir ou éternel matin, il était impossible de dire : un soleil qui n'indiquait plus aucune heure { Loti, Péch.. 62); — ils sont tous comme cela ici : des spéculatifs, des intelligences ; tous des idées, mais rien de pratique (vogué, Mail, de la Mer, 23) ; — La vertu de nos baguettes s'est évanouie, et de puissantes reines que nous étions, nous nous sonunes trouvées de vieilles femmes... avec cela noire pain à gagner et des mains qui ne savaient rien faire (A. daud., Cont., Vécu de Fr.) : — la noblesse, la fortune, l'argent, les titres, elle ne sortait pas de ta (Id., Jack, 15)?

Et même quand on peut restituer, ne serait-il pas arbitraire parfois de le faire ? Il n'osait lever les yeux, en proie à un singulier combat. Mélange de timidité farouche, d'orgueil souffrant, la crainte douloureuse qu'elle ne l'aimât

(1) CI. Si par l'cisaril un foiçul a un unti, la chainc l'en .srpa/r. Dernière des misères, (v. ii., Dern. j. d'un cond.) ; — Bien sinistre aussi, le salon de Iccinre, tous les journaux en nwin, ees centaines de têtes pénétrées autour des longues tables vertes, sous les réflecteurs. De temps en temps une baillée, une toux, le froissement d'une feuille déployée, et, planant sur ce calme de salle d'étude, debout et immobiles, le dos au poêle, .lolennels tous les deux et sentant pareillement le moisi, les deux pontifes de l'histoire officielle. (A. Daud., Tart. sur les A., 19).

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