‹ La pensée et la langueChapitre 336 sur 587 · CHAPITRE VII LES SOUHAITS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LES SOUHAITS

Le souhait, le vœu sont proches du désir, dont nous avons parlé aux Sentiments. C'est cependant un acte de volonté. Il va du simple et banal bonjour ! salut ! à la malédiction. Les moeurs, les croyances religieuses, les modes aussi changent la forme des souhaits cpi'on s'envoie en passant.

Formes de style indirect, — Les verbes sont peu nombreux : je souhaite, je jais des vœux pour que ;

Derrière ces verbes, on emploieinfinitifset propositionsconjonctionnelles: Je souhaite réussir; je voudrais bien t'y voir; — je souhaite que vous arriviez à vos fins. Le mode est le subjonctif.

On atténue par les formes ordinaires : je souhaiterais.

Formes de style direct. — Les formes 1 (cris, exclamations). 2 (impératifs), 5 (infinitifs) sont les plus usuelles.

10 Adieu ! Bon appétit ! Bon voyage ! Meilleure santé ! Bonne nuit ! etc. — Bon appétit, messieurs ! (v. h., R. Blas, m. 2) ; — Malheur si vous portez la main sur mon époux ! (Id., Hem., v, B) ; — Gloire à notre France éternelle. Gloire à ceux qui sont morts pour elle! (Id.. Ch. du Crép., Hymne).

20 Impératifs. — Filz, la toe aneme seit el ciel assolude {AL, lxxxii, 410); — Qui que tu sois, valet à langue de vipère. Qui fais risée ainsi de la douleur d'un père. Sois maudit ! (v. h.. R. s'am.. i. 5) ; — Amuse z-?'oa.s bien ! tâchez de prendre du poisson !

50 Oh ! le gifler, celui-là ! nuirmura ardemment Maurice, le gifler, lui casser les dents d'un revers de main ! (zola, Déb., 467) ; — S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe. Le voir passer !... (svlly prud.. Vain, tend.. Au bord de l'eau).

Formes spéciales (A) Optatifs. — Au XVI© s., les grammairiens distinguaient un optatif. L'imitation du grec était sans doute pour quelque chose dans cette doctrine. Mais elle renferme une part de vérité, en ce sens que, dans les souhaits, le subjonctif paraissait sans le que. Les emplois en subordination ont fini par le rendre presque inséparable de que (h. i,.. m, 332). Cependant la langue classique a encore la vieille forme : plutôt ma langue demeure « jcmmis immobile, que de prononcer une parole si téméraire ! (boss., Ros., 1651, exorde). Ces « optatifs» se rencontrent particulièrement

avec leur sujet derrière eux : C/jas/e Époux des vierges sans tache, T adorent à jamais les esprits bienheureux (corn., Hym. S'« Thér.. 9) ; — A//).s/ vienne bientôt cette heureuse journée! (Id., Mél.. 347, var. 1) ; — Deviennent tous pareils à ces vaines idoles Ceux qui leur donnent l'être ! (Id., Vêpres des Dim., 61) : — Périsse te Troijen auteur de nos alarmes ! (rac, Iph., 569) ;

— Vous préserve le ciel d'une telle victoire ! (rac. Thèb., 71. var.).

On le lrou^■e aussi dans des conjonctives : Ou le diable d'enjm- qui vous casse le cou (scarron. Jodelet. 1).

Il nous en est resté un grand nombre de formules : Vive la France ! La peste nrétoufle ! Dieu m'en garde ! A Dieu ne plaise que je vous déplaise, monsieur h baron (miss.. On ne bad. pas cwec l'am.. i, ô) ; — Diei me garde d'aspirer à la pairie ! Dieu garde surtout mon pays que j'y arrive ! (aug., G. de M. Poir., i. 4).

Puisse, aux diverses personnes, ])eul être considéré comme un véritable auxiliaire de souhait : Puissé-je vous suivre ! Puisses-tu dire vrai! Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés .'... Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre ! (corn., Hor., 1305).

A l'époque postclassique, il entrait encore dans des conjonctives: émissaires du diable, dont vous faites ici l'office, et qui puisse vous emporter tous (be.'^xm.. Barb., m, 14).

Aujourd'liui Puisse ii'appartienl plus guère c[u'à la langue littéraire.

R) StR.ioNCTiFS Di: soiiiAiT. — Le subjonctif avec que est non moins classique que l'optatif: Que vive et meure qui voudra ! (malh.. Poés., cv. 46);

— Que béni soit le ciel qui te rend à mes vœux ! (rac. Esth.. 2). — Il est resté dans la langue: Qu'il coule ('/? paix, votre Rhin allemand, Que vos cathédrales gothiques S'y reflètent modestement ! (muss., Po., Le Rh,, ii) ; — Que le sort, quel qu'il soit. VOUS trouve toujours grande ! Que demain soit doux comme hier! Qu'(7j vous. O ma beauté, jamais né se répande de découragement amer (v. h.. Cont. L'âme en fleur, xxiv) ; — Oh ! par grâce, que ce ne soit que vous au monde qui louchiez à celte plaie de mon cœur (balz., Let. Cl l'Étr.. i, 367).

I-.'envahissemenl de que avait été tel qu'au début ûu XVIL' s. on le trouvait même avec puisses à la 11^ personne : Que puisses-tu, grand soleil de nos jours. Faire sans fin le même cours (malh.. Poés.. i.vii, 33) ; Cf. Que puissiez-vous avoir toutes clioses prospères ! (moi... Dép. am.. 809).

C) Propositions hypothétiques. — On se sert de fragments de systèmes conditionnels, introduits par pourvu que, si, si seulement. "Pourvu qu'il n'ait fxts imaginé (/uelqur cuirasse nouvelle! (muss., Lorenz.. iv. 9) ; — Mon Dieu ! pourvu que Maurice, qui a mauvaise tête, ne se mêle pas à toutes ces histoires ! (ZOLA, Déb., 508); — Pourvu qu'il ne tombe pas malade,//// aussi, mo Dieu ! (o. MIRBEAU. Mcuw. Berg.. i. 2).

Combim fait-il de vœux, combien pcrd-il de pas. S'oufrant pour acquérir

des biens ou de la gloire « Si j'arrondissois mes États ! Si je pouvois remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenois l'hébreu, les sciences, l'histoire... » Mais rien à l'homme ne suffit (la font.. Fabl.. vin, 25) ; — .A/7 / si le mien pouvait S'intéresser à ça ! (rostand. Aiglon, i, 2) (1).

Modalités des souhaits (Voir Regrets, p. 554). — L'optatif irréel est le mode des vœux non réalisés. Il était encore classique : Las ! que plust-il aux Dieux que nous tinssions icy Son ostage (j. de schel., Tijr et Sid.. i, 1 V. 13) ; — Plût aux Dieux que ce fût le dernier de ses crimes ! (rac. Brit., 1768).

Plût à Dieu était souvent suivi d'un infinitif: plût à Dieu y être encore ! sÉv.. Lett., ccxxxix).

On trouve d'autres verljes ainsi employés : La pe.str de ta chute ! Empoisonneur, au diable! En eusses-tu fait une à te casser le nez! (mol.. Mis., 334) (2).

Dans le même sens, nous disons si ou bien si seulement avec 1 "irréel : Hélas ! Si j'avais su !

( 1 ) Le peuple parisien emploi si que et le conditionnel pour exprimer cet optatif : si seiilemenl qu'il reviendrait ! A éviter.

(2) Maupas disait : « De l'auxiliaire actif nous n'employons, (que je sçache) que le 1^' Imparfait en tel sens et langage. Qa'eusse-je aussi bien de quoij que vous. Et le premier plus que parfait. Qu'ensse-je eu tel adverlissemeni de bonne heure. « (Gr., 303)).

Page 1