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CHAPITRE PREMIER LES ADJECTIFS. ORIGINE ET FORMATION

Hérédités. Emprunts. — Les adjectifs sont, ou l)ien héréditaires, ou bien empruntés, ou bien formés.

Parmi les premiers, on peut citer blanc, noir, vert, chaud, froid, grêle. rond, roide.

Parmi les seconds : burlesque, leste, pédantesque. qui sont italiens ; bizarre, fanfaron, qui sont espagnols ; snwrt, qui est anglais, etc.

D'autres langues ont fourni également. Le latin et le grec sont naturellement au premier rang, comme le prouvent astringent, captif, classique, diabolique, explicite, funèbre, indélébile, obtus, vertigineux, athée', hydraulique, pentagone, une multitude d'autres.

L'argot aussi a apporté son contingent : grivois, matois.

Formation des adjectifs. — La formation des adjectifs ne donne lieu à aucune observation spéciale. Les procédés sont les procédés ordinaires : addition d'un suffixe, d'un préfixe, on des deux à la fois (antirhumatismal); composition : aigre-doux, malhabile.

Souvent, c'est le nom ou le verbe auquel le suffixe s'ajoute pour former un adjectif qui fournit l'idée essentielle. Le suffixe n'apparaît guère alors que comme l'élément linguistique grâce auquel un adjectif de caractérisation se constitue. Ainsi dans une personne charitable, able exprime le rapport qui doit unir les deux idées de personne et de charité, le mot charitable signifiera une personne qui fait la charité, qui la pratique. Dans : l'acte additionnel à la Constitution de l'Empire, l'idée exprimée par le radical est celle d'addition : l'acte additionnel, c'est Vacte qui s'additionne... etc.

La plupart des suffixes qui servent à former des adjectifs marquant la manière d'être ou d'agir, ont une signification large et variable. Ce qui

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le montre, c'est qu'ils se remplaceiU l'un l'autre dans une même série où l'analogie semblerait devoir imposer un même suffixe : automnSil, liivernSi], priniamer, saisonnier ; fraternel, sororal ; républicain, révoluHonnaiie, socialiste. ¥A la difïérence des primitifs n'expliqne ])as toutes ces discordances, témoin : Danionisie, .S* Simonievi.

Si on considère par exemple la série des adjectifs en eux. on s'aperçoit que certains d'entre eux marquent propension à une humeur, à un sentiment : //(y//7eux, p^'ureux, /oyeux, dédaigneux.

Mais d'autres signifient qui a le caractère de : nieroeilleux, miraculeux, soijeux, injurieux, élogieux, gracieux, séditieux, IwuleUX, pâteux.

D'autres renferment l'idée de qui présente, possède : neigeux (où il y a de la neige), eretyeux, marécageux, nombreux, avantageux, teigneux, poudreux, gazeux, vertueux, goutteux, tuberculeux.

Honteux veut dire qui cuise de la honle. et (V77ueux.([ui procède de la vertu.

Il arrive du reste qu'un même adjectif ail des sens fort différents, qui tiennent à la \ariété des sens du primitif et du suffixe. Comparez une /7?f.s//r^ ^rac/euse et une personne gracieuse, où se retrouvent d'une part la grâce c|u'on accorde au condamné, de l'autre l'aménité, la douceur avec laquelle on agit.

Ceci dit, voici les principaux suffixes : (1 )

10 Suffixes généraux :

ab!e : (qui s'ajoute à des noms ou a des verbes) ('quilaile, con/e/^able (2) ;

al : fjoiivernemciilal, spcclial ;

aire : cgalHahe, forfailahe ;

aqiic : mr/n/aque, rlcgiaque ;

cl : fraternel, Iradilionne], insurrectianne], siijicrficiel;

eux : uvantai/eux, < //eux, (oiniajeux, r/om/neux, peureux, dduloureux, ficiueux, luâneux,

lieureux, /"'/eux, mcrvcHleux ; ien : faubourien, alynipien ;

icr : boulev(trdiex, prinlcuûev, hospilulieT, ratiei, buissonnière, fuçonuièie ; // .• j)cnsif, fautif, liâliî, suggestif, tardif ; ;/? .■ crcpusculin, serpentin, zéphyrin; (in sert aussi à former des adjectifs d'esiièce :

race borine).

ard : reinaxi, (le suffixe a perdu ici la valeur dépréelative qu'il a dans la plupart des

cas. Il garde seulement un caractère familier et même vulgaire). iquc (qui si^ïnifie relatif à, qui se rapporte à, de) : académique, électrique, (iali>anique, géograpliique (3).

20 Suffixes pakticui.ikks. D'autres suffixes ou les précédents, autrement employés, indicjuenl un rapport plus précis.

A) Ils marquent une manière d'être analogue à celle (pie j)résente le nom auquel s'ajoute le suffixe.

(1) Cf. à la Formation des noms, pour beaucoup d'adjectifs qui ont des formes communes avec les noms.

(2) Pour la valeur active et passive de ces adjectifs, voir à V Action, p. 364.

(3) Ce suffixe ique permet de créer des adjectifs relatifs à tous les mots savants en crutie, logie, etc. D'où tics adjectifs en er«/ique, flénique, f/r«p/iique, /©(/ique, murphiqne, riomique, pa//iique, pérfique, phagique, plastique, plégique, porfique, .scopique, /omique, tels que: géronlocratiqiie, phologéniqne, liéliographiqne, etc.

J.h\S ADJECTIFS. ORIGIXE ET FOH^JATIO^^ Ô87

een : arachnéen ; marmoréen ; eux : Mieux, mielleux ; ien : lamartinien, rabelaisien ; in : argentin (qui tient de l'iiigent) ;

esqiie (emprunté à l'italien au X\l' siècle) : ehâteaubriai^esque, dimiesque ; àtre : bellâtre.

B) Ils indiquent lu manière (rotre. ras])e(l. l'idée que présente un êlre ou un objet.

é : (euillé, capuchonné, cendré, vallonné, accidenté ',

a : (H aie même sens que é, mais marque par surplus une prédominance de la qualité indiquée) : moustachu (cjui a une forte moustache), lippu, pansu, feuillu, membru ; eu.v : caillouteu.x, (qui a beaucoup de cailloux), pierreu.v ; istc (il signifie qui se rappi-rte, ou qui s'attache à une opinion, une secte) : éludes robespierristes, la doctrine positiviste, des peintres /(miaisistes, les écrivains impressionnistes ; ien : l'école Saint- Simonienne.

C) Avec forme, on t'ait des comjjosés. tels que piriioime.

D) Pour les sufïixes et préfixes à valeur diminutive ou péjorative : c/. ot. cfion {grassouillet, gentillet, vieillot, maigriot, maigriehOYï), voir à la Formation des nonis. p. 73-4.

Adjectifs composés. — loLes composés ne présentent rien de spécial. Dans des épis blonds-dorés, l'adjectif double se rapporte au nom comme un adjectif simple. Il n'en est cependant pas toujours ainsi, et le rapport peut changer. Un mot composé tel qu'élève caporal (cf. aspirant officier) n'est pas du tout analogue à sergent infirmier ou à caporal fourrier. Les deux qualités n'appartiennent pas au sujet : celle de caporal lui appartiendra quand la première aura cessé de lui appartenir, que son instruction sera terminée.

Adjectifs complétés. — Ortains adjectifs n'auraient aucun sens, s'ils n'étaient complétés : enclin, exempt, dénué....

20 D'autres précisent leur sens par toutes sortes d'additions: prêt à la lutte, sévère pour les fautes morales, prodigue de son bien envers les nudheureu.v. nécessaire à la vie d'une nation; — ce rêve d' une âme h s'enflammer trop prompte (lam.. Joc H Août 1795. soir) ; — Thérèse... était paresseuse à se mettre en tenue de visite (g. sand. Elle et t.. ch. iv. 39).

30 Des adjectifs peuvent avoir un tout autre sens, suivant qu'ils sont ou non suivis de compléments. Ex. : propre, qui, seul, signifie le plus souvent net d'inipuretés, de souillures, à qui un complément donne le sens de apte à. capable de : propre à éveiller l'intérêt (1).

Les constructions des compléments d'adjectifs varient : adhérent à la plaie, contraire à la loi, odieux à tout le monde, sensible aux bons traite-

Ci) Les adjectifs reçoivent souvent des fonipléments que nous avons \ us à leurs lieu et place et qui contiennent le sujet, l'objet, etc. respectueux de la loi, inattaquable aux acides.

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