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CHAPITRE VIII RAPPORTS ET DIFFÉRENCES ENTRE NOM ET ADJECTIF

Il y a des cas tout à l'ail tranchés, où le sens indique nellenienl si on a afïaire à un nom : Mon frère est médecin à Chaville. Mon frère est le médecin de Chaville. Dans le premier cas. c'est l'idée d'une cjualité ciui est apjiliquée à la personne ; le mot évoque les notions générales qui se trouvent attachées au terme de médecin. Dans le deuxième cas, la personne en c^uestion est indiquée comme celle qui exerce cette profession à Chaville, et qui est seule à remplir ce rôle. On distinguera de même : son père est proviseur ; et : son père est le proviseur de Louis-le-Grand.

vSi à la première phrase on ajoute à Louis-le-Grand, on restera encore dans la qualification, tout en indiquant l'étahlissement dont le sujet est le chef. De même à la rigueur, si on dit : Il a été d'abord directeur de la Banque de France à Alger, maintenant il est directeur général à Paris.

Mais qui ne voit la fragilité de ces distinctions purement théoriques, puisqu'il n'y a qu'un directeur général à Paris ? En prenant cette fonction, le personnage n'est-il pas individualisé (1) ?

Quand l'article est l'indéfini, les différences sont analogues. Comparez : Céliwène est coquette, et : Célimène est une coquette ; — cet individu est une franche canaille, et : cet individu est franchement canaille. De même : vous êtes un théoricien, un savant, un historien, une paysanne, des révolutionnaires, des anarchistes.

Toutefois il faut ohserver d'ajjord que l'on ne peut pas toujours ajouter l'article un : Ce peintre m'ahurit. Il est un fou n'a point de sens. Il faut dire: c'est un fou. En second lieu, le sens change parfois, suivant qu'on ajoute un ou non. Je suis femme veut dire, j'ai le tempérament, l'esprit, le cœur, tous les caractères d'une femme; cette phrase s'oppose à: je suis une femme (je compte dans le sexe féminin). Dès lors on devra dire : Quand on est une campagnarde (une femme née à la campagne), on vit à la campagne; — Quand on est ca/npag'nardc voudrait dire plutôt : quand on a des goûts campagnards. La nuance est faible.

Quand au nom on ajoute un adjectif, l'article reparaît : Vous êtes un homme éminent, un citoyen utile. Le changement ne se fait pas nécessairement dans les expressions toutes faites et composées. Comparez : vous

(1) Les rafTincments peuvent être poussés très loin. Supposez qu'on modifie légèrement la phrase et qu'on dise : i7 est devenu directeur général à Paris, le sens reprend de la généralité, parce que les directeurs généraux se succèdent, et que dans la suite des années il y en a plusieurs.

608 LES ÉLÉMEXrS DE LANGAGE SERVAXT DE CARACTÉRISTIQUES

êtes bon enfant, brave homme, bon garçon, à : vous êtes un bon enfant, un brave homme.

Rôle des articles. — Dans certains cas, la présence des articles indique que le sujet qu'on qualifie réalise le tj-pe de l'espèce: Celui-là. c'est un officier ; — Pierre est espiègle, cest le gamin (le vrai gamin). Le ton joue ici un grand rôle.

Avec d'autres verbes que être, les observations à faire sont analogues. Cependant, en certains cas. l'addition d'article est impossible : Elle était née coquette, non : une coquette.

Les attributs de l'objet donnent lieu à des observations analogues. Cependant toute addition d'articles est impossible dans : traiter en reine, nommer conseiller, élire député. Cela n'exclut pas du reste complètement la possibilité d'individualiser plus ou moins. Ils l'ont élu député a un sens général (On lui a donné une qualité, une fonction). Mais, en changeant le verbe, ou le sujet, ou les deux, en disant par exemple : Les électeurs de Mirecourt l'ont choisi comme député, ou restreint singulièrement (le sens est : comme leur député). De même, nommer président signifie attribuer la qualité générale de président. Ainsi dans la phrase : Le ministre de la Justice vient de nommer M. X.. président de Chambre. Mais si on précise : président de la 10^ Chambre, cela veut dire qu'il a donné à cet homme un poste déterminé, unique : il en a fait le président de la lO'^ Chambre. Lorsqu'on dit : La Chambre a nommé M. X. président par 484 yo/.r contre 136. il faut entendre, malgré l'absence de détermination, nommé son président. Plus rien de général. Il s'agit bien d'une fonction qui n'appartient qu'à un homme. Nous ne sommes pas bien loin de l'individuation (1 ).

(1) Ilapprochc'z : Le cimcliwe /'a fait pape ; — In Fmtitlc l'a. nommé doyen r& fait généralissime.

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