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L'ACCORD DE L'ATTRIBUT

Accord de l'adjectif. — A la ditïérence du nom, l'adjectif saccorde, en principe, toujours.

Cet accord de l'adjectif comme celui du verbe consiste à en modifier la forme, soit pour l'oreille, soit pour les yeux, afin de marquer extérieurement le rapport entre cet adjectif et le mot avec lequel il est en relation. L'accord de l'adjectif avec le nom est encore aujourd'hui une réalité. Des adjectifs comme grand, vif, fin, ont au féminin, nous l'avons vu, une forme liien distincte de celle du masculin : grande, vive, fine. D'autres comme égal, moral, ont une forme plurielle très particulière. Dans tous ces cas, l'accord est exigé par l'oreille.

Sans doute cette variation n'est pas al)solument indisi)ensal3le à la langue, puisque bien des adjectifs n'ont au singulier qu'une forme : sage, utile, pauvre, que d'autres : noir, mûr, gardent la même prononciation, quels que soient leur genre et leur nombre.

Mais, même sans parler de l'écriture, où l'accord est rigoureusement exigé, là où l'adjectif présente des formes différentes dans la prononciation (Ex. vert, verte), on ne peut se passer de cette accommodation extérieure destinée à marquer le rapport. C'est un élément linguistique essentiel, conséquence d'un reste de morphologie.

Principe général. — Le principe général qui, malgré les exceptions apparentes, reste rigoureusement appliqué, c'est que. l'adjectif épithète étant une caractérisation étroitement associée au nom, il doit emprunter à ce nom son genre et son nombre.

Ce principe n'a jamais varié ; même avant d'être formulé, il a été respecté de tout temps (au moins en ce qui concerne l'adjectif normalement employé comme épithète, et abstraction faite des adjectifs qui perdent leur valeur d'adjectifs en devenant adverbes ou préfixes). Dès c^u'il y a eu des traités de langue, la règle a été posée et très nettement.

Les règles d'accord sont les mêmes que celles qui régissent le verbe. Nous ne les reprendrons pas en détail : L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours : — • les luttes étaient ardentes.

!''> Il n'y a qu'un sujet. — Quand il n'y a qu'un sujet, une seule dérogation est à signaler. L'accord se fait souvent avec le sens.

L'exemple le plus remarquable d'accord avec le sens est celui des phrases qui ont pour sujet le nominal on. Avec le sens général qu'il a pris, on s'appliciue à des êtres féminins, de sorte qu'on dira : quelque spirituelle qu'on puisse être (mol., Préc., 9). Les exemples pullulent en langue classique (1) : Je croyais qu'on n'était coquette qu'au village (moxtfl.. Crisp. gent.. m. 12) ;

(1) Voir MOL., Le.r., Intr., clxvi. cf. sÉv., Le.v., xxxviii. « Quand le sujet est on, l'adjectif attribut ne prend pas la marque du féminin ou du pluriel, si la proposition est générale et s'entend indifféremment des hommes et des femmes. .Mais quand cette proposition conceûe en termes généraux s'applique au particulier, l'accord se fait nécessairement» {Conv. sur la Ci il. de la Princ. de Clèves, 256).

r,24 SYNTAXE DES CARACTÉRISTIQUES

— car apparemment on ne se serait pas porté à un homicide, si l'on eût été autrefois traitée de la sorte (bayle, Dict., art. Touchet, n. c). Nous disons de même : On n'est pas méchante comme vous ! Si on remplace nous, il peut, qu'il soit accompagné ou non d"un mot tel que tous, entraîner le pluriel : on est tous contents.

2° Il y a plusieurs sujets de genres différents. — Il est de règle de mettre l'attribut, comme le verbe, au masculin pluriel. C'est la construction chère aux théoriciens du XVII« s. (h. l., m, 468). Néanmoins, il n'est pas rare qu'on trouve l'attribut rapporté, ainsi que le verbe lui-même, au dernier sujet seul : Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête (rac, Iph.. 905) ; — Quelle était en ce cas ma honte et mes chagrins (id.. Esth.. <S2).

Non accord par positiox. — Il arrivait souvent en a. f., et il arrive encore quelquefois que l'attribut se place avant le sujet. En ce cas l'accord pouvait ne pas avoir lieu. On trouve ainsi des attributs invariables devant deux sujets de genre différent : Que maudit soit l'heure et le jour où je m'avisai d'aller dire oui ! (mol., Méd. m. lui. i. 1) (1).

Accord après les locutions verbales. — i-cs règles d'accor de l'attribut seraient donc sonnne toute assez simples, surtout l'approchées de celles du verbe, s'il ne fallait considérer quelques cas particuliers. C'est d'abord le cas où la copule est avoir l'air. Cette locution verbale était encore en voie de composition quand l'âge de l'analyse a commencé. D'où deux tendances, l'une toute instinctive, à considérer opozr/'afr comme l'équivalent des vcri)es sembler, paraître. l'autre où l'on décompose, et où par suite on accorde avec air. Les uns disent : Cette femme a l'air bonne, les autres : a l'air bon. Dans cet exemple rien qui choque. .Mais, ([u'on considère des phrases où il ne peut plus être question d'un air. impossible de conserver le masculin. C'est un contre-sens que de dire : celte doctoresse a réellement l'air savant, ou : cette poire a l'air bon. De mauvais plaisants l'eussent dit du roi Louis-Philippe, on ne i)eut pas le dire d'une « duchesse» ou d'un < bon clrrétien ».

Une difTiculté s'est présentée jadis, causée non i)lus par la copule, mais par l'attribut lui-même. Une femme devait-elle dire : je suis demeurée court ou courte ? Tous les théoriciens du XYII" s. ont disserté là-dessus, pour conclure finalement que court était là une sorte d'adverbe, immuable (2) : Laissez faire, on verra si nous demeurons court (montfl.. Crisp. gent.. ii, 1).

(1) Comme on peiil s'y atU'iidre <l'ai>iés ce que nous a\ons dil du prélendu sujel lo{îi(iue, ce sujet, qui n'en est plus im. n'a aucune influence sur l'accord: // s'csl pruduil une tissure. Il faut signaler pourtant qu'on trouve des exemples nombreux où l'accord était fait. jadis: ils sont venues tant de plaintes (Fnoiss., Kerv. de Lett., xiv, 64) ; — // fut chantée et célébrée dedans la dicte église une grande messe (./. H. /'.. ir>l.')-15ru;, 11(M. On sent ici la transition d'un tour à l'autre.

(2) V. VAtr.., I, lit.

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