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LA PLACE DE L'ÉPITHÈTE

fantôme ; — le sombre livre de £>an/e, mais aussi : le livre sombre de Dante ; — un vague aspect de château, mais : un aspect vague de château ; — ;/ avait un triste rictus de désabusé, mais : il avait un sourire triste de malade. Des écrivains modernes, par recherche d'effet, ont séparé arbitrairement l'adjectif de ses compléments : Digne maison d'abriter une telle infortune, digne par sa mélancolie (michel., Rév., m. 105). Cela ne compte pas dans la langue.

Réunions d'adjectifs. — Quand plusieurs adjectifs sonl réunis, ils peuvent parfois se préj^oser au nom: Ce sont alors des adjectifs très usuels et généraux : une grande belle femme ; — cm bon vieux temps ; — un beau grand garçon.

Généralement ils se placent suivant le sens, c'esl-à-dire que. selon qu'ils jouent le rôle d'épithète de nature, ou de préfixe augmentatif, ou bien au contraire d'une simple qualification circonstancielle, les adjectifs se placent devant ou derrière, sauf à se séparer : ce grand jeune honmv froid, spirituel et ennuyé ; — un brave petit homme, studieux et aimant.

Les adjectifs placés devant le nom sont naturellement presque toujours ceux dont nous avons parlé : vieux, bon, etc : un vieux canapé usé; — une bonne soupe chaude ; — j'aime le rire. Non le rire ironique, aux sarcasmes moqueurs, Mais le doux rire honnête, ouvrant bouches et cœurs, Qui montre en même temps des âmes et des perles (v. h., Cont.. Aurore, vi).

Les adjectifs et qualificatifs de même ordre, eux aussi, se rencontraient dans la vieille langue, sinon épars, du moins séparés : j'accepte de bon cœur et reconnaissant (h. l., ii, 482 ; m, 677). Vaugelas a fait de cette séparation une faute contre la netteté du style.

Une élégance. — Lorsque deux noms consécutifs ont pour épithète un même adjectif répété, la langue littéraire, et même la langue parlée, assignent volontiers à ces adjectifs deux places différentes. Type : La nouvelle nature et les mœurs nouvelles que j'ai peintes (chateaubriand). Il n'y a dans cette habitude qu'un désir de rompre la symétrie de la phrase pour en tirer un effet stylistique. Le procédé est toujours usité, il a été même très employé au XIX^ s.

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