LIVRE XVII
MODIFICATIONS AUX CARACTERISATIONS
A. MODIFICATIONS AU RAPPORT ENTRE LA CARACTÉRI.STIC2UE E r LE CARAC lÉRISÉ
( HAPITRE UNIQUE
Limitations de compréhension. — Nous avons fait remarquer, en parlant de la quantité, qu'on limite souvent le nombre des personnes ou des choses auxquelles se rapporte renonciation. Il en est ainsi, lorsqu'il s'agit de caractériser, que la phrase renferme ou non un verbe : Ses élèves. en général issus de familles pauvres, étaient cette année-là particulièrement studieux. On peut restreindre à volonté ce nombre à l'aide des divers restrictifs : pour la plupart, en majorité, etc.
Limitation d'extension — Quand la caractérisation ne peut pas être appliquée dans loi! te son extension, qu'elle ne convient pas absolument et de tous points de \ue. on indique dans quelle mesure, sous quel rapport elle convient : Belle est général, belle de taille indique que la qualité ne porte que sur une partie de la personne considérée. De même : harmonieux de lignes, juste de couleur. Cette construction est fort ancienne. Le de qui y figure est \q de hérédilaire. au sens de quanta: Biax estait... de ganbes et de piés {Auc., 2, 10). — Cf. : une tapisserie passée de ton ; — une aiguière jolie de
forme.
On se sert aussi de en accompagné ou non de surtout : particulièrement connaisseur surtout en faïences ; — Une armée de reitres coutumiers de la victoire, artistes en pillages et en incendies [La Liberté. IcS Xov. 1919).
Diverses locutions, restrictives à leur manière, servent à cet etïel : En principe républicain, pratiquement conservateur, il opposait son veto éi tout ce qu'on essayait d'innover dans la commune.
Nous avons dit ce qu'il fallait penser de: sous le rapport de. au point de vue de : Au point de vue de la légalité. Bonaparte était donc bien coupable (vkovdh., Rév. soc. 76) (1).
Durée de la caractéristique. Les temps dans la caractérisation. — La limitation peut être une limitation temporelle. Quand on ([[i: toujours malade, on indique un élal jiermanent ; au contraire, nicf/arff de temps en temps, veu/ depuis quelque temps indiquent que la caractérisation n'est pas permanente. n"a pas toujours existé (\'oir p. 438).
(1) Voir p. 224.
t)78 MODIFICATIONS AUX CABACTÉRISATIONS
Modalités dans la caractérisation. — L'attribution de la quaiilc au sujet ou à l'objet comporte toutes les modalités de la phrase. La prc.seiue du verbe permet, dans les subordonnées qui servent à qualifier, de varier le rapport entre la qualification et la chose qualifiée : !« Je cherche le corsage qui est à ma taille. La personne qui parle laisse entendre par là que ce corsage existe, qu'elle le connaît ; 2° Je cherche un corsage qui soit à ma taille. Nous voici dans la finalité. La qualification exprime ce que doit être le corsage pour répondre à la volonté du sujet. 3^ Je cherche un corsage qui serait à ma taille. Ici nous nous trouvons dans l'éventuel.
Il en est dans les phrases principales comme dans les conjonctives : Vous êtes bien raisonnable exprime un fait. Soyez bien raisonnable une volonté.
Il a été ou il sera question de ces diverses modalités en leur lieu. Rien ne distingue à cet égard la phrase qui a pour but de caractériser d'une phrase d'action ordinaire.
Modalités dans des caractérisations attribuées sans l'intermédiaire d'un verbe. — Ici encore les modalités varient. Tantôt la caractéristique s'attache au nom sans réserve ; elle appartient à la chose: /> mettrai la robe noire; c'est le cas que nous avons seul considéré jusqu'ici, l'antôt elle ne s'attachera au nom que dans certaines éventualités : un peu moins courte, cette robe vous conviendrait mieux. En fait, il ne s'agit j)as de la robe telle qu'on la considère, mais d'une autre forme sous laquelle elle serait plus seyante.
La caractérisation, soit dans le réel, soit dans l'éventuel peut être i)résentée ou comme assurée ou comme problématique : un homme, peut-être distingué, mais dont la mine est celle d'un homme du peuple.
Le sentiment d'un sujet sur une caractérisation, ses regrets, ses désirs, s'expriment de diverses façons, d'abord par des interjections : un homme, hélas ! dépourvu d'esprit de suite. Ils s'expriment aussi par des adverbes : un homme malheureusement sans esprit de suite.
Caractékistiquks qu'on refuse de reconnaître. — I/attribution de la qualité jieut être contestée, niée. On se sert de prétendu, prétendument, soi-disant : le prétendu docteur ; — une proposition prétendument démontrée. Cet adverbe est rare. De là le développement de soi-disant. Xon seulement on dit : ils sont soi-disant cousins ; mais aussi : des malheurs soi-disant irréparables. Ceux qui analysent trouvent cet emploi de soi-disant al»usif. Ils n'ont pas tort. Soi-disant ne devrait se dire que des personnes : Et tout cela augmente mon mépris pour les soi-disant malins (elaib., Let. à G. Sand, 14 .luillet 1874). Cf. une méthode pseudo-scientifiqur.
On em])loie aussi censé, censément : ils sont censément le frère et ht sn'ur. censés être le frère et la sœur (1 ).
(1) Cf. // ,sc seri'il du vieil amour. Il lui conlti. comme in.spiré par elle, lotit ce que Mme .irnoux autrefois lui avait fait ressentir... Elle recevait cela, comme une personne accoutumée à ces ehoses^ (FLALB., Êduc, H, 218).