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LES HAUTS DEGRÉS

scrupules. Ils sonl tous ck-ux employés à peu près indifféremment, uuilgré les distinctions qu"on a pu l'aire à diverses époques. On a parfois combiné très avec l'adjectil' : trébon. Se rappeler les verbes comme trcssuer.

Ajoutons : lout à jail : Cette robe est tout à fait jolie.

il faut remarquer le développement de plutôt en français contemporain. C'est un anglicisme (rather). Ex. Ce discours est plutôt banal. Cela veut dire très banal. Ce sens tend même à faire disparaître l'ancien sens tel qu"on l'a dans : une couleur plutôt bleue, (cpii semijle approcher plus du ])leu que d'une autre teinte).

Beaucoup est enfantin ; lout plein est populaire : Je vais me tenir là. tout plein sage (zola. Une p. d'cun.. 150) (1).

-10 On ajoute une .mesure. — Au lieu de faire précéder la caractérisation d'un adverbe de quantité, on la fait suivre d'une mesure indiquant un maximum : ignorant à vingt et trois carats (vingt-trois est le premier titre). (;f. (Ui premier chef, au premier titre.

50 On combi.xe ou on répète l'adverbe de mesure. — On disait autrefois si très bien (n. l., ii. 307). L'ancienne langue elle XVfe s. faisaient encore fréquemment usage de cette expression : qui t'aimoit si très fort (:marg. de nav., Dern. pn.. 415) ; — Si l'aij trouvé homme si s<igc. Si très bon et très honnestc (bell.. la Reconnue, i. .3. A. th. fr.. iv, 351).

Au lieu de réunir des adverbes de quantité, nous préférons les répéter parfois pour les renforcer encore : elle est très, très malade : elle est bien, bien usée.

60 On emploie un .\dverbe de manière. — C'est le procédé essentiel. On s'étonne quelquefois de voir certains de ces adverbes avoir une valeur abstraite. C'est un phénomène de tous les temps. L'adverbe commeiu-e ])ar se joindre à des adjectifs ou à des caractérisations dont le sens s'accorde avec le sien: dégoûtamment malpropres ; puis il étend son em])loi et se vide de son sens propre. i)our ne plus garder qu'une valeur quantitative. On arrive à dire : bien sale ou rudement délicat. Cf. le malade est bien mal.

Chaque épo{[ue de la langue a eu ses adverbes favoris. Au Moyen-Age, l'un des plus employés est durement : E vit une dame ki se baignait en un solier del altre part : si fud durement belle (Rois. 154, L.) ; — preudom durement (villeh., xxi).

Au X^'I^- s., on employait souvent, malgré les railleries, le furieusement des Précieuses : C'est que vous êtes furieusement difficile (dancourt. Bourg, à la Mode. 11, 9) (2). Aujourd'hui on réprouve de même excessivement. Au début, cet adverbe a en effet signifié avec excès : On peult et trop aymer la vertu, et se porter excessivement en une action juste (mont., i. 223. L.). Cette nuance se perdit petit à petit : Et puisqu'il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplaît excessivement (beaum.. Barb. de Sév.. 11. 15).

(1) -4. satiété, ù gogo ne se joignent pas aux adjectifs, pour 1

(2) Oudin le blâme, ainsi que rauissammeiU, étrangement bon.

690 MODIFICATIONS ALX CARACTÉRISATIOXS

Excessivement est à chaque page dans Balzac, avec le sens de très : Quoiqu'elle soit excessivement curieuse {Vie Par.. 1. m, 50); — Une femme en robe excessivement décolletée {Pays., 251). De même chez Flaubert, de même partout : Tout raisonnable, tout flegmatique, froidement Américain que parût le blond général, il était excessivement embarrassant et difficile, au plus sage même des hommes, de voir tant de belles dames pleurer en vain à ses f/rnoiio; (MICHEL., Rév., m, 121); — z7é/a/7... excessivement ru.sé (a. frange, Mann., 10). On peut comparer considérablement.

Il faudrait citer toute une kyrielle d'au Ires adverbes : extrêmement fort: excellemment choisi : ricliement béte: fameusement godiche : joliment sage; rudement salé (1) ; absolument nécessaire : — elle était outrageusement décolletée : — Phémie teinturière, qui avait été la reine de la fête, avait l'habitude de dire à ses amies: C'était fièrement beau, il ij avait de la bougie, ma chère (murger. Vie de Bah., v, 42).

Os adverbes sont fort souvent des adverbes de senlinienl. qui traduisent au début une hnpression reçue : un paysage horriblement triste ; — un passage terriblement dangereux ; — un texte affreusement corrompu.

Puis terriblement, horriblement et tous leurs pareils dégénèrent cl descendenl à un emploi banal : une question horriblement compliquée.

Plusieurs de ces adverbes sont entrés dans les textes littéraires : // faut une fièrement jolie femme pour un si beau bouquet (v. ii.. Mis.. Marins, vu) ; — quand il fut absolument à sec (coi'p.. Vrais rich., 7) ; — Mon mari a des idées effroyablement n7ro.r/rar/r.s (m. phévost, Lettres à Françoise mariée, 31): — ]\IM. les courriers sont admirablement traités par les aubergistes (a. daud.. Tart. 'Alp., 110) ; — Ça fallait richement bien (id.. Sapho. 28).

D'autres sentent la langue j)opulaire : salement, épatamment.

En réalité ces adverbes sont presque individuels, (llu^eun a le sien, qui constitue un tic personnel de langage à surveiller.

Au lieu d'adverbes, on ajoute diverses locutions. Au lieu dédire: diablement on dira en diable : dissipé en diable. Cf. dans les grands prix.

70 Adjectifs. — On use de fin, beau, bon : fin gras (2). Des le XYIP s.. ce tour était considéré comme populaire. 11 osl counnuu chez les burlesques, surtout avec premier : Phineiis le fin beau premier... Marchait en teste de la troupe (richer, Ovide bouff., 509) ; — Daphné fut ht fine première Qui luy donna dcms la visière (id.. Ib., 51) ; —J'ai cru fin fermement (///"// égorgeoit Monsieur (voisi^oy:. Fem. (loq.. m. 2). Nous disons encore tort bien : Il est arrivé bon premier, bon dernier.

Mais si ces façons de parler se conservent dans (|uel(|ucs expressions toutes faites, elles ne sont en réalité plus de mode (8).

(l)Dans le garde chumpélvc, vieux soldat... moins rudement rustre que les uutrcs (riciif.i Miarku, 13), rudement a peul-êtie encore son sens propre. (2) Cf. le fin fond et le fin faite.

(.3» Pour la syntaxe de l'adjccUf ainsi employé, Miir p. 680.

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