CHAPITRE V DIFFÉRENCES. INÉGALITÉS, DISSEMBLANCES
L"idée générale de ililïérence et de (tissemblance ne s'exprime que par des mots modernes : différer, différent, inéged, etc. : un milieu aussi différent de celui de mes vieux préires de Bretagne (ren.. Souv. d'Enf., 133) ; — Louis-Napoléon est. de même que son onele. un dictateur révolutionnaire, mais avec cette différence que le premier Consul venait clore la première phase de la Révolution, tandis que le Président en ouvre la seconde (proudhon, Béu. soc, 88). Le vieux mot spécial est autre.
Ce que marque ])rincipalement la langue traditionnelle, c'est une des deux idées d'avantage ou de désavantage, de supériorité ou d'infériorité, le plus ou le moins en quantité ou en qualité.
Différence en quantité. — La ditYérence en (|uanlité s'exprime par plus et moins. Conlrairemenl à d'autres langues romanes, le français a abandonné nmgis et se sert de plus. J'ai tout supporté, froideur, dégoût... et plus encore (flaub.. Éd. Sent.. 142) ; — Par le bateau, il ne fallait guère plus d'une heure (a. daud., Tart. A/p..86). Magis survit dans mais, dont le sens a l)ien changé. Une seule exijression reste où mais a sa valeur originelle, c'est : n'en pouvoir mais.
Davantage. — Concurrennnent à plus, la langue moderne emploie davantage : Il vous gâte moins qu'elle, cependant vous l'aimez davantage ; — ces échappées serraient le cœur davantage (loti. Pêch., 82). Les grammairiens enseignent que davantage ne pourrait être suivi de que. Cependant davantage que était employé dans la langue classique : Ils peuvent avancer beaucoup davantage que ceu.x qui courent (desc. Méth., L.) ; — Quel astre brille davantage dans le firmament, que le prince de Condé ma fait dcms l'Europe ? (boss.. Louis de Bourbon); — // n'ij a rien que je déteste davantage que de ble.sser... la vérité (pascal, Prov.. xi). La régie n'a donc point de fondement historique.
S'il s'agit de nomhrer des olijets, des êtres, etc. le nom suit plus, moins, accompagnés de de : La tuberculose fait plus dé victimes que la guerre.
Dctvantage de se rencontre également : on fabrique chez nous davantage de souliers vernis. Ce tour est réputé incorrect, à tort.
Mouvement dans la quantité et la qualité. — Le mouvement de diminution ou d'augmentation des caractères peut être marqué de différentes manières.
A. Intrinsèquement. Ln verbe le contient : .son regard s'adoucit ; Manilof,
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sensibleineni radouci, s'ccarlail obligeamment (a. daud.. Tari. Alp.. 133).
Les verbes pronominaux composés avec le suffîxe arf (assimilé sous diverses formes suivant la consonne qui suit), ont facilement ce sens : s'aggraver veut dire devenir grave et aussi pins grave. Cf. s'appauvrir, s'agrandir, etc.
B. E.vtrinsèquement. Un verjje de devenir accompagne un comparatif : sa voix devint... se fit plus douce.
Voici une phrase où, comme souvent, les deux séries de moyens sont employés à l'expression du changement de cjuantité : toute cette folie de mouvement s'accélérait (= devenait plus rapide), sous un ciel de plus en plus sombre, au milieu d'un bruit plus immense (loti, Pêch.. 80).
On ajoute, s'il y a lieu, des expressions qui indiquent la lenteur ou la rapidité : peu à peu, petit à petit.
Cet accroissement est souvent en relation avec un autre : plus il a de satisfactions de vanité, plus il en désire; — à mesure, au fur et à mesure quUine famille s'accroît, les dépenses deviennent plus considérables.
Si l'accroissement pro[)orti()nnel est inverse, on dira : plus // réussit. moins // est content.
Les comparatifs synthétiques. Le latin, à l'aide de suflixes. formait des couiijaralifs synthétiques : sapientrm (savant); .s«/>/>/?/-iorem ( plus savant).
Les traces de ces adjectits en a. f. sont rai'es. Ne sont restés comparatifs en français ([ue ceux de ces comparatifs ((ui n'étaient pas en latin du type général; il s'agit donc uniquement de quelcrues formes exceptionnelles, qui se sont transmises, précisément parce qu'elles étaient hors série.
Les 'quelques comparatifs synthétiques de l'a. f. étaient régulièrement déclinés :
middre : meillor (auj. meilleur) fie bon, pire : pcior - - matz v/j.s,
moindre : menor (cf. mineur) — pelil. (jraindre : {/rcifinor — (/rami.
(h. l.. II, 3(J5). .\u XIV*^ s., la déclinaison disjjarut, ici comme ailleurs, et auXVJe s., les vieux comparatifs synthétiques, qui ne devaient pas subsister en langue moderne, achevèrent de mourir, ou de passer à l'état de noms sous lequel ils se conservent ; maire, seigneur, sire, majeur.
SuRvivANCKs. — Il ne reste en réalité que trois formes de comparatifs : meilleur, pire et moindre, auxquels il faut ajouter les anciens neutres nu'eux, pis et moins : Deux ennemis .' le czar. le nord. Le nord est pire (v. ii.. Chat., Exp.). Encore faut-il observer qu'aujourd'hui le rôle de ces formes est bien réduit. Pire et /)/.s se confondent: // ne peut rien de pire que de faire le malheur de ta fille (aucv., Eff.. v, 1). Pire est même en train de devenir un positif en langue populaire : c'est bien plus pire. Pis s'emploie surtout dans qvie\tiues façons de parler toutes faites : et pis encore : et gui pis ^>.s/ ,• dire d'un homme pis que pendre.