DIFFÉRENCES. INÉGALITÉS. DISSEMBLANCES
Quant à moindre, au sens iiiatériel, on lui préfère plus petit : cet enfant est plus petit que son frère. Ce n'est qu'au sens moral que moindre est eniiiloyé : son audace est moindre que sa vantardise ; — son courage est moindre que je n'aurais supposé : — avec une valeur moindre (1).
Meilleur seul est toujours sans concurrent ; plus ne se joint pas Ininiédiatement à bon. On dit plus ou moins bon. non plus bon. Le neutre mieu.r est adverbe : il se présente mieux ; — ça ''« mieux. Il se dit seul, à l'exclusion de plus bon : la lumière de la chambre d'Henry s'éteignait de bien meilleure heure que par le passé (flaub.. Éd. sent.. 138) ; — soyez mieux élevé (iD.. ib.. 143).
Moins est égalemenl vivant : Qui peut le plus fait le moins; — Prenez le moins cher.
Nouveaux comparatifs synthétiques. — Il faut ajouter que la la gue moderne a emprunté des formes comparatives, telles que ultérieur. Ce sont :
a) extérieur, intérieur. su])érieur. inférieur, citérieur ;
b) antérieur, postérieur.
Les premiers de ces adjectifs avaient originairement rapport au lieu, les seconds au temps. Mais le sens de plusieurs s'est étendu : inférieur à sa tâche, et ils ont, en certains cas, le sens d'un adjectif ordinaire, ou d'un adjectif jiorté à un haut degré : l'enceinte extérieure de la place, la dette extérieure, du chocolat supérieur. Ils n'ont pas fait souche. Le type de comparatifs synthétiques n'a pas été réassimilé.
Les adverbes correspondants ont la forme en ment : antérieurement. Rien du ty]:»e latin.
Les comparatifs avec plus. — Pour plusieurs séries d'adjectifs, le latin classique lui-même se servait d'adverbes de quantité préposés à l'adjectif : magis idoneus. Le roman, puis le français ont étendu le système : L'amour qu'il ressentait pour .li'ie Aglaé. moins ardent et moins furieux que celui de Mendès. mais plus intime et plus profond, était tourné chez lui en une manie acharnée (flaib.. Éd. sent.. ]49i (2).
CIhoix entre plus ET mieux auprès des adjectifs. — Il y a une différence entre plus et mieu.x. Il est certains cas où elle demeure très marquée : Un homme est mieux mis qu'un autre, ou plus w,al. On ne pourrait dire plus niis. moins niis. Mais ce qui fait sentir la fragilité de la distinction, c'est qu'il suffit (le remplacer mis par habillé, pour que plus et moins deviennent possible : Une dame est moins habillée, chez elle que dehors, pour laisser à ses invités la possibilité de l'emporter en élégance. On dit indifféremment
(1) On dit aussi des avanliKjes moindres. Encore, dans beaucoup de régions de la France, moindre a-t-il pris le sens de ciiéUf : Un enfant moindre.
(2) La répétition de l'adverbe n'est pas toujours nécessaire : Il élail d'aillenis plus sombre, malveillant et irascible que jamais (id., Édnc, ii. 31).
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ou à peu prés : un devoir plus soigné, ou mieux soigné : — mon travail vaut plus que cela ou mieux que cela. Au cours de l'histoire de la langue, de fréquentes confusions ont été faites. Ce n'est pas une raison pour qu'on les imite. La langue y perdrait de fines nuances. Un livre peut être plus écrit sans être pour cela mieux écrit ; le st>le a été plus travaillé, il n'y a pas gagné. Quantité et qualité sont deux choses distinctes.
Comparaison par opposition. — La. f. opposait un terme au terme comparé à Laide de : vers, envers, contre, en comparaison, au prix, auprès, près. Nous avons encore le moyen d'indiquer ainsi ou la supériorité ou l'infériorité. Nous gardons dans la phrase la forme ordinaire, et nous ajoutons au complément soit : en comparaison, soil quclcjue ternie analogue : .Je suis peu de chose en comparaison. A coniparaison. a cédé hi place à en comparaison, dans les temps modernes. De même : caiprès de a remplacé au pri.x de, qui était très classique, et que Vaugelas soutenait (h. l.. m. 645): les sœurs filandières Xe faisaient que brouiller au prix de celle-ci (la font., Fab.. liv. V, 6) ; — Virgile, au prix de lui, n'a point d'invention (boii,., A . P.. III. 32.5) : — CJ. Les accessoires de la vie y sont insignifiants auprès du plaisir f/r vivre (rhn.. Jés.. x).
On trouve aussi près de : Et près de vous ce sont des sots que tous les hommes (MOL.. Tart., 350) ; — Pour vous régler sur eu.v que sont-ils près de VOUS ? (KAc. Esth., 596) ; ■ — Troie, Argos. .Sicijonc. Xe sont rien près d'Éphèse (v. H., Lcg.. Sept ^lerv.).
On ijie la supériorité ou l'infériorité. L'ancienne langue disait
non })lus que : l'empire de la raison et de la justice n'est non plus tijrannique que celui de la délectation (pascal. Pens., vi, 10) ; — Xe me déguisez rien, non plus que je déguise (corn.. Sert., L577) ; — un goût de leur cunourpro])re, dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue (la lîOCHKF., I. 50).
Du jour où pas a été installé dans la langue, non plus que a été remplacé l)ar })(is plus que.
Pas plus lui que vous a fini par être un exclusif cpii signilie /;/ l'un ni l'autre. Pour lui laisseï' sou ancien rôle, il faul cpi'un adjecli! ou un ad\crl)e soit intercalé : pas plus éléganmwnt (/ne vous.
Les préférences. — Les préférences sont des comparaisons d'inégalité. On aime plus, mieu.v. on préfère la campagne à la ville : — le Dieu des .Juifs préférait les hommages d' Abel ù ceu.v de Ca'in. Toutes les constructions dont nous venons de parler s'api^liquent aux phrases de préférences, sentimentales ou non : j'aimerais mieux... que ma fille mourût entre mes /)/-a.s- que de l'en savoir frappée ididch.. Richardson, éd. Jann.,215); — J'aime mieux le croire que d'admettre que l'insulte soit encore plus grande (di'mas. L' Étr., 111).