CHAPITRE PREMIER RELATIONS DE CAUSALITÉ (i
Causes, motifs, raisons. — La cause fait naître, le motif pousse à vouloir : la cause de vos ennuis, le motif de votre démarche ; les raisons sont (les motifs éclairés. Si on examine ce qui a donné lieu à la guerre, on constate que les Allemands ont pris occasion de l'attentat contre l'héritier d'Autriche- } longrie. La cause de ces événements terribles est ailleurs. Nos ennemis avaient des raisons pour précipiter la catastrophe, et le motif qui les a déterminés, c'était le désir d'une domination universelle. Le langage ne confond pas tout cela, mais il n'y a pas de syntaxes qui différent d'une catégorie à l'autre. Causes, raisons, motifs vont ensemble, de sorte que nous |)ouvons et devons mener de front l'étude de tout ce qui est causalité.
La relation de causalité et les rapports de finalité et de conséquence. — ■ Ces diverses relations sont naturellement très étroitement apparentées. Un système dans lequel entre une cause renferme aussi la conséquence. Soit la phrase : Quand nous reçûmes cette nouvelle, nous ne pûmes fermer l'œil de la nuit. Deux ans de pénible conviction venaient de s'évanouir comme un songe. Toutes nos idées étaient bouleversées (muss., Dup. et Coton., l^e lett.). Le fait est: nous ne pûmes fermer l'œil. La cause : deux ans... venaient de s'évanouir, etc. Il suffit de retourner l'ordre des phrases : Toutes nos idées étaient bouleversées. Xous ne pûmes fermer l'œil de la nuit : la dernière proposition devient une conséquence.
De même, cause et finalité sont souvent deux notions très proches : Il
(1) le lieu, l'occasion, le sujet doiinenl ce qu'il faut pour que la chose énoncée ait lieu, rendent sa production possible. La cause, le motif et la raison la produisent effectivement, ou poussent A la produire, changent la possibilité en réalité... Ce qui donne lieu, occasion ou sujet à une guerre en fournit les conditions, mais la cause, le motif et la raison d'une guerre sont ce qui en détermine l'événement (Voir lafaye. Synonymes, Supp., 161».
vient pour que je le console. Le but qu'il se propose, c'est de chercher une consolation. Mais c'est aussi le motif qui lui inspire l'action de venir. C'est donc en somme une cause — une cause finale — . Il en résulte que souvent on pourrait considérer un complément exprimant la cause comme un complément exprimant la fin, ou inversement. Ainsi : je me suis bien vite aperçue que les raisons que vous me donniez pour n'être pas venu, ou les prétextes que vous mettiez en avant pour ne pas venir, cachaient quelque mystère (a. dumas, Demi-monde, i, 4).
Eléments de langage entre lesquels s'établit une relation de causalité. — Tout fait, tout état peut être étudié dans ses causes, quels qu'en soient la date ou le degré de développement, qu'il soit éventuel ou réel, autrement dit, quel qu'en soit le temps ou le mode. Voici quelques exemples : Ils seraient tous morts pour elle : elle leur avait donné l'espérance (a. FRANCE. Ping., 182) ; le fait-cause est réel, l'effet éventuel. Très communément on donne le motif qui justifie un ordre, une demande : fais-le, puisque tes chefs te le commandent ; — O Dieu, puisque voilà ce qu'a fait cette armée... Puisqu'o/i n'a i)his de cœur devant les grandes tâches. Puisque les vieux faubourgs, tremblants comme des lâches, Font semblant de dormir ; O Dieu vivant, mon Dieu ! prêtez-moi votre force (v. h., Chat.. A l'Ob.pas.).
Quelquefois le système causal tout entier est dans une modalité ((ui n'est ])as l'alfirmation : ce serait, à ce qu'on suppose, pa,Y excès de fatigue qu'il en serait venu Ici. L'idée toute entière est présentée comme une supposition, un racontar, elle a un caractère problématique. Voici un cas où effet et cause sont dans l'éventuel : un tel tableau de la Russie serait bien plus intéressant. parce qu'il serait plus nouveau (volt., Lett. à Schouv., 24 juin 1757). Rien n'est plus commun que des exemples analogues.
On peut aussi bien chercher la cause d'un état, dune manière d'être (jue d'une action : rouge de colère. Il en résulte que les compléments de cause ne se rattachent pas seulement à des verbes, mais à des éléments de langage exprimant caractérisation (ou même à des dénominations) : égaux par déûnition ; — impartial par devoir ; — Dans sa large poitrine battait toute l'espérance humaine, plus belle de ce que, .sans l'ignorer, il ne songeait pas à la mort (nosxv. G. du Feu. 71).