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MODALITÉS DANS LES CAUSES

OU possible ; toutes les nuances se peuvent marquer : // n'est pas venu, il serait peut-être malade ? serait-ce qu'il est malade ?

L'ancienne langue mettait volontiers la cause incertaine au subjonctif (h. l., II, 448) : quand la Brebis fuyt le Loup, le fait elle par ce que sa couleur luy desplaise, ou qu'elle ayt en hayne sa figure ? (gello, Circé. 284). Le doute est amené par la question.

II. L'ÉVENTUEL. — Le fait-cause peut n'être pas une réalité, mais une éventualité : Du moment que vous auriez de l'émotion, il vaut mieux que vous laissiez l' infirmière taule seule. L'éventualité, comme la réalité, est susceptible de diverses nuances : vous auriez sûrement, peut-être, de l'émotion ; — il y aurait peut-être des inconvénients sérieux, prenons donc nos précautions.

La langue antérieure admettait qu'une cause éventuelle de ce genre fût exprimée dans une proposition commençant par si avec le conditionnel. C'est là l'explication des vers si discutés de Phèdre : Ou si d'un sang trop vil ta main seroit trempée, Au défaut de ton bras, donne-moi ton épée. Donne ! (rac, Phèd., 709). Cf. Que si tu ne saurois sans trop de répugnance Endurer tant d'oppression... Rends-toi maître du moins de tous ces mouvements (corn., Im., 6181). Nous n"cnii)loyons plus que l'indicatif.

Modalité du rapport. — Le rapport de cause peut être lui-même dans toutes sortes de modalités ; on peut le présenter comme certain, possible, irréel. Pour assurer, on dira : c'est sûrement, certainement..., parce que. Pour présenter avec réserve au contraire, on se servira des moyens ordinaires : peut-être, sans doute : s'il est si timide, c'est peut-être manque d'habitude.

Le cas le plus intéressant à considérer, c'est celui où on écarte une cause. Ce peut être pour deux raisons bien différentes.

A) On nie le fait. La cause n'existe pas : Il n'y a pas eu de pluie, donc ce n'est pas cria qui a pu faire baisser la température.

B) On reconnaît le fait, mais on ne l'admet pas comme cause. Le fait existe, le rapport n'existe pas: Il y a eu un peu de pluie, mais ce n'est pas cela qui a pu faire baisser la température.

A) Pour exprimer que le fait n'a pas existé, on se servait autrefois de non suivi d'une causale quelconque : De tous les cmciens poètes françoys. Quasi un seul, Guillaume de Lauris et Jan de Meun, sont dignes d'estre leuz, non tant pour ce qu'il y ait en eux beaucoup de choses qui se doyvent immiter des modernes comme pour y voir quasi comme une première imaige de la langue (du BELL.. Def.. II. 2). L'auteur veut dire qu'il n'y a pas à imiter en eux, la cause n'est donc pas celle-là. Cf. Et véritablement on sait bien que le Législateur ne l'a pas fait par ménage, ni parce qu'il n'eust pas deqiioy les nourir ; mais pour leur éveiller l'esprit (p. d'abl., Apoph., 210).

Nous avons gardé ce tour : Brigitte me dit d'un ton sévère ce qui s'était passé dans le bois ; elle me pria de lui épargner de pareils affronts à l'avenir. « Non pas, dit-elle, que j'en fasse cas (muss., Conf., 4^ p., ch. ii ; Brigitte n'en

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fait pas cas) ; CA. Valentin l'avait vue travailler constamment à un ouvrage de ce genre dont il avait admiré le dessin, non que ce dessin eût rien de remarquable (iD., les D. Maitr.. cli. viii).

On se sert aussi de ce n'est pas que : Ce n'est pas que relie beauté lui donnât de l'ombrage (Pr. de Clèves, 16) ; — Ce n'est pas que la France ait manqué à la fille de Henri le Grand (boss., Ilenr. de Fr.); — Ce n'est pas que Poinsot eût une vocation particulière pour cet é/a/(MiCHEL., Ma Jeun.. 83) (1).

Enfin, comme il est naturel, on voit intervenir sans que : Sans qu'elle m'eût arrêté, contenu, peut- être même avant qu'elle eût levé les yeux sur moi. je devins timide (dider., P. de F., i, 7).

Ainsi qu'on le voit par les exemples, dans la proposition contenant une négation, et destinée à écarter une cause comme inexistante, le subjonctif était nécessaire : Montaigne a tort : la coutume ne doit être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle soit raisonnable ou juste (pascai.. Pens., VI, 40).

Quand la cause ([u"on niait élail une éventualité, non que était suivi d'uu subjonctif du coudilionnel : Non que, .s/ jusque-là j'avois pu vous complaire. Je n'eusse pris plaisir. Madame, à vous céder (iîac. Brit.. 1236).

B) On reconnaît le fait comme réel, mais on ne l'admet pas comme cause. L'indicatif est de rigueur. Nous disons : Ce n'est pas parce qu'il était recommandé qu'il a réussi, mais parce qu'il avait fait des compositions excellentes.

Dans cet ordre d'idées, ce qui esL le i)lus intéressant à signaler, ce sont les expressions dont Se sert la langue pour démêler les faux motifs, les prétextes, les prétendues raisons: Sous couleur était très usité autrefois: sous couleur de religion. Nous nous servons surtout de sous prétexte. On tire de là des locutions conjonctives, sous couleur que, sous prétexte que : Il n'est pas venu au rendez-vous, SOUS prétexte que .son pneu arrière a crevé à Chartres ; — La marmitonnerie ne bougea non plus que le Zagarriga susnommé. SOUS le prétexte plus spécieux que valable qu'elle n'existait pas et n'avait jamais existé (gaut., Frac, i, 94).

Ces expressions servent du reste aussi à exprimer les finalités ]u-étenducs. les faux buts, aussi liien ((ue les fausses causes alléguées: Rctymond accepta le défi... et. sous le prétexte de répondre ci la tante, il dit ci la nièce tout ce que celle-ci eût refusé d'entendre (g. sand, Ind.. 24) ; — .Je ne veux plus... Qu'on vienne sous couleur d'y quérir un ca'ieu D'ail, piller mes fruitiers (héréd. Troph., Hortor., m).

(1) Chez les classiques, ce n'e.s/ pas que suivi de l'inciicatif, est une locution loute faite qui signifie en vérité, tout de même : Si le lilre ne vous pUtîl, changez-le : Ce n'est pas qu'il m'a paru le pins riinncndhle (n\< ., I.ellr.. \xvi ; cf. Hvni. Oilijs., Ii\ . I).

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