CHAPITRE VI LES NOMINAUX
Un mot sur le terme de « nominaux ». - A côté des noms véritables, il y a des muns ou des expressions qui ont été généralement classées soit parmi les nonis, sojt garnit les pF««onis, parce cju'on répugnait à changer le nombre des v( parties du discours » . De toutes provenances, ces mots ne sont pas arrivés à avoir tous les mêmes caractères ; il est cependant nécessaire de les réunir, et il m'a paru que le nom d'expressions nominales ou de nominaux leur convenait assez bien, car, on le verra par la suite, ils se rapprochent d£s 4ïe«is-safis-s€-eonlondre avec eux ; ils soiit^ahstraits, n'éveillent point diima-ge et ne peuvent pas recevoir toutes les caractérisations ou les déterminations que reçoit le nom.
Nominaux personnels. - — La personne qui parle est la l'"*' personne. Elle se désigne par le mot mo/( dans certains rôles, par me), au pluriel nous. Cette sacoche est à moi. Moi, nous, sont des nominaux.
La personne à qui on parle est la 2^. Elle se désigne par le mot toi, au pluriel vous : je m'adresse à toi. A qui cette observation a-t-elle été faite ? A toi, n'est-ce-pas ? 0 toi, qui vois la honte où je suis descendue (rac, Phèd., 813). Dans divers compléments que nous verrons, au lieu de toi, on emploie te au singulier : 2'a mère Vappelle.
La personne, la chose, l'idée dont on parle est la 3^. Elle se désigne par di^■erses formes, suivant le genre et le nombre :
Lui, elle j dans d'autres rôles \ II, le, la,
eux, elles j syntaxiques i les, leur.
Nominaux non personnels. — Je citerai seulement : quelqu'un, quelque chose, personne, nul. un tel. rien. tout. Il y en a beaucoup d'autres ; nous les verrons plus loin, en parlant des indéterminés et des déterminés : Quelque cliose de bleu qui paraissait une aile (v. h., Lég., Booz) ; On y distingue encore le front, le nez, la bouche. Les yeux, je ne sais quoi d'horrible et de farouche (Id., Cont., Aur., vi); — Et rien n'était petit quoique tout fût enfant (Id., Lég., Le Sac. de la f .) ; — L'Être resplendissait Un dans Tout, tout dans Un. (Id., Ib.) ; — Pourrais- je... chaque soir marchant sans but dans mon chemin, Me dire : « Rien ici, rien là-bas, rien demain » ? (lam., Joc, 15 août 95).
Il faut ajouter, et ceci est très important, que la plupart des représentanis, dont nous aurons à parler, peuvent devenir des nominaux. L^ne femme fait
des reproches à son mari : Tu ne travailles pas, tu es toujours à causer avec celui-ci, avec celui-là, avec l'un, avec l'autre (1). On ne peut pas considérer celui-ci, celui-là comme des représentants ; ils sont ici comme y serait an tel et un tel.
Nous insisterions plus sur l'espèce de termes que nous appelons nominaux, si nous ne devions les retrouver par la suite dans d'autres rôles qui expliquent leur sens. La théorie que nous donnons ici suffira sans doute à appeler l'attention sur ces prétendus pronoms, qui fourmillent dans les textes.
Les nominalisés. — On fait des noms avec tout; on fait aussi des nominaux avec certains éléments de langage, à l'aide de l'article. On se rend compte ainsi très facilement de façons de parler rebelles autrement à toute analyse, telles que : Elle fut désignée, malgré son peu cVcmciennelé. Peu étant ici nominal est détermine par son et porte un complément.
Les périphrases nominales. — Parmi les nominaux, il convient de rappeler la périphrase avec verbe, si commune : ce qui tombe est perdu (entendez ; les chutes sont perdues). On ne saurait trop appeler l'attention sur le rôle de cette construction. Il est immense. A-t-on retranché d'une somme quelque chose, on peut dire : laissez le reste, le restant, mais on peut dire aussi : ce qui reste. De même, au lieu de : coniptez les survivants, on peut dire : ceux qui survivent. Ainsi partout, avec ce tour, on double les noms. On les remplace aussi, là où ils n'existent pas ; il répond à tous les besoins de la pensée. Nous ne pouvons pas dire : voyons les choisis (2), mais ceux que vous avez choisis ; ni : regardez les revenus d' Allemagne (3), mais : ceux
qui sont revenus d' Allemagne. A ce qui naît le jour Dieu fait place le soir
(LAM., Joe., 20 jiiil. 1800) ; — O poète, tes chants, ou ce qu'ainsi tu nommes (v. H., Cont., Aur., v) ; — Comme ce qui est beau sera laid, comme ce qui est gracieux paraîtra sot (flaub.. Par les Champs, 79); — Hélas! ce que la mort touche de ses mains froides A'e se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas. (v. H., Chût., Souv. de In nuit du 4) ; — à ses pieds ce qu'on peut cultiver et cueillir ; sur sa tête ce qu'on peut étudier et méditer ( Id., Mis., Faut., i, xiii).
Noms remplaçant des nominaux. — Les nominaux, personnels ou non, étaient souvent remplacés en a. f. par des noms.
Corps : E tantes lairmes por le tuen cors plores (= pour toi) (Alex., XGv, 2). On lit plusieurs fois dans Roland : son cors adubet. C'est l'équivalent de s'adoube (4). Des excmj)les de cette expression se rencontrent jusqu'au XVJe s. : sans hoirs de son corps (seyss.. Suce. d'AL, 14 r»). D'où l'cxpres-
(1) cr. Je la Dois totis les jours enircr{\a Fortune) chez celui-ci, Chez celui-là (i.a font., I-'ah., VII, 12».
(2) Cf. Montrez voire choir.
(3) Cf. /es « retour d' Alleitiagne ».
(4) Cf. si vaiUanl homme que li corps de lui estoil = qu'il lî^toit (fkoiss., vu, 461).