‹ La pensée et la langueChapitre 517 sur 587 · CHAPITRE III LES LIGATURES HÉRÉDITAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LES LIGATURES HÉRÉDITAIRES

Les adversatifs par excellence, qu'on peut considérer comme héréditaires, sont mais et si.

Mais. — Il a proprement le sens de plus, ainsi que nous l'avons vu. Mais, de bonne heure 11 a pris son sens actuel : // reis Marsilies... De sun aveir me voelt duner grant masse... Mais il me mamlet que en France m'en alge (RoL, 181) (1).

Mais enfin. — - Mais est souvent renforcé par enfin : Il y avait bien là quelque galimatias, mais enfin, c'était quelque chose (muss., Let. de Dup. et Cat., ire let.).

Si. — C'est le même qui se retrouve dans ainsi, et dont nous avons parlé à l'affirmation. C'est un mot de manière, dont le sens est : de cette façon, et qui est devenu oppositif, quand le sens opposait les deux phrases : je ne tenoie pas mil livrées de tcre... et si i alai, moi, dixiesmes de chevaliers (joinv., 76 f).

Si était encore accepté par Maupas, au début du XVlPs. Mais, à Paris, on le trouvait vieux. Vaugelas conserva mais si, en revanche il abandonna et si, qui « de voit avoir eu autrefois beaucoup de grâce » . Les classiques n'en font plus usage. Corneille l'a corrigé dans son édition de 1660 (ii, 107 ; i, 243).

La locution renforcée si est ce que était en revanche considérée comme fort élégante. Bossuet s'en est servi jusqu'en 1665 : vous ne le comprenez pas, dites-vous, si est-ce néanmoins qu'iV faut bien le croire {Char, frat., 1660, éd. Leb., m, 181, n.). Après, on ne la trouve guère que éhez La Fontaine. Les grammairiens de la fin du siècle l'ont envoyée rejoindre le simple.

(1) Ains, ainçnis avaient servi pendant toute la vieille langue: (7 ne rivil cnicimemenl, ainsi faisait bonite pipec (NoÉr. i^v i ail, i, 42). Ils ont été condamnés par Malherbe. De rares exemples se retrouvent dans la première moitié du X^■II«■ s. (n. i.., m, 351).

Page 1