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L'IDEE DE SEXE ET LE GENRE DES NOMS

Les sexes. — Un certain nombre d'êtres nous apparaissent comme des mâles ou des femelles. Ils ont un sexe : l'homme, la femme ; le eheval. la jument ; le ehal, la chatte. Les mots homme et femme correspondent à une difïérence naturelle ;mari, épouse présentent l'homme et la femme dansleur union légale, père et mère les caractérisent par rapport aux enfants ; ils s'appellent Monsieur et Madame pour le monde et les domestiques. Leurs noms ont un genre. Ils sont masculins (mâles) ou féminins (femelles). Les objets, eux, n'ont pas de sexe. Quand on parle d'objets mâles ou femelles, par exemple : le bouvet mâle (qui fait la rainure) le bouvet femelle (qui fait la languette), c'est par figure. De même quand on dit le rubis mâle et le rubis femelle. A cette distribution s'attache une idée de valeur : Vencens mâle est plus apprécié que Vencens femelle. C'est dans le même sens qu'on dit : les effets sont mâles et les promesses femelles. Mais, ainsi présentée, la notion de sexe paraît beaucoup plus générale qu'elle ne l'est réellement.

10 II y a des noms qui s'appliquent à l'homme et d'où la notion de sexe semble être complètement absente, quoique les emplois puissent être tenus par des individus des deux sexes ; citons parmi ces noms à genre unique : une bête, une canaille, une crapule, un sage. On ne peut pas dire : un canaille (cf. un auteur, un professeur, un écrivain).

20 II s'en faut bien que nous fassions toujours la différence de sexe quand nous pourrions la faire. L'homme et la femme, le Français et la Française ne se confondent pas. Cependant nous employons souvent le masculin commejernie-géniilque, il comprend alors les deux sexes : l'homme esFun animal raisonnable ; — les Français ont la réputation d'être légers. On dira aussi, quoiqu'on puisse distinguer cheval et jument : Ce cheval ne marche pas. Comme c'est sa vitesse qui importe dans la circonstance, qu'on ne considère la bête que comme bête de trait, on néglige le sexe, an rebours de ce que ferait un éleveur, ou simplement un homme habitant les pays

esL appliqué à une espèce spéciale dans lelan«a^e cou- L, comme un objet quelconque, asexii£C* -fc- -ht^i- ".

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d'élevage. Comparez l'homme qui s'écrie : Oh ! le beau chien ! le joli chat !

Dans le langage de la tendresse, ces confusions sont communes. I.e mari appelle sa femme : mon petit, mon chéri. Dans Le Poulailler de Tristan Bernard, il y a une scène comique, où la notion de sexe semble ainsi renversée à dessein. D'un usage l'auteur fait un moyen dramatique. .Va contraire les distinctions seront soigneusement maintenues par des chasseurs (ils ne tuent pas les femelles) entre le coq faiscm et la poule, le brocard et la chèvre, le cerf et la biche.

30 En outre, il s'en faut bien que tous les êtres vivants soient considérés comme appariés en couples. Nous ne faisons aucune différence de sexe entre les petits animaux : la mouche, la puce, l'escargot; de même pour les oiseaux: l'hirondelle, le pinson. Cf. les poissons, les grenouilles, etc. De même encore pour les animaux sauvages ou exotiques : le blaireau, le lynx, le chacal, la panthère, le vautour. De même enfin pour les animaux fabuleux : le sphinx, l'hydre, la licorne, les dragons. Après bien des hésitations, les conciles ont fini par décider que les anges n'ont pas de sexe.

Nous connaissons aujourd'hui les procédés de reproduction des plantes. Mais c'est là une notion scientifique, qui n'est à peu près pas entrée dans la langue. Fougère mâle ^ ran t .. L.a^laiii£-4:«&Lc,

On peut dire en somme qu'en ce qui concerne la plupart des êtres l'homme mis à part — la distinction du mâle et de la fernelle^estjeu régu- ^lièxe, et n'a lieu que lorsqu'une raison spéciale appelle l'atlenUon sur le caractère sexuel.

Les genres. - Il est impossible au conlraire de ne pas donner aux noms leur genre, et les formes correspondantes aux mots qui accompagnent le nom. Quoique table el tableau n'aient pas de sexe, il est impossible de dire un table, une tableau. La notion linguistique de geiire est donc fort. souvent à part de la nolionde sexe, elle a une tout autre valeur et une tout autu importance.

Il ne faudrait pas croire que cette dii>liiu; Lion de genre soit nécessaire au langage. En indo-européen, dit Meillet, l'opposition du masculin et du féminin se marque uniquement dans l'adjectif qui se rapporte à un substantif, non dans le sujjslantif lui-même (Mém.. S. Ling., n" 61 clxxxix).

Dans les langues anciennes,-i4-y-a"[riFgëni-y pour les inanimés : le neutre. Mais l'attribution de ce genre aux noms n'était pas plus régulière qu'elle ne l'est en allemand, où le neutre existe. Des êtres avaient le genre neutre : (lai. : jumentum, la bête de somme) et des choses avaient le genre masculin ou féminin (lat. : nnirus, le mur ; conscientia, la conscience). Le genre-»etrtr€ a disparu dans les noms à l'époque du passage du latin au français ; les neutres ont été entraînés par diverses analogies dans les féminiiis (folia > la feuille.) ou dans les masculins (y/n«m > le vin). Il en résulte qu'en français tous les noms de choses, tous les noms d'idées ont, soit le genre masculin,

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