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LES FORMES DES GENRES

pelite tyranne de Cosette (v. h., Mis., v, 350) ; — Et le peuple qu'au fond voire impuissance blesse, Eit devant la titane avortée en diablesse (Id.. Relig., v, 191) ; — voilà que l'on se croyait en droit de me reprocher ma pauvreté... l'autre... une qualité de fils d'artisane (a. dum., Aff. Clém., iv).

Des noms en on on tire des féminins en onne : compagnonne, pigeonne. etc. : qui m'envoie une duègne, affreuse compagnonne (v. u.. R. Blas, iv, 7); — Un pigeon aime une pigeonne (Id. T. la lyre, u, 185) ; - - cf. : pionne, piétonne, tout à fait admis aujourd'tmi ; bougonne (le.maîtke. Rois, 86). — Au contraire une souillon (gonc, G. Lac., 82).

Notre temps a vu naître pas mal d'autres féminins analogues, ainsi aigrefine : Quant à ses trois compagnes de route, ce sont des aigrefines dont je voudrais bien connaître le nom (É. souv., Clair., 87).

Peureux, heureux faisaient au féminin peureuse, heureuse. Ce n'était là qu'une application de la règle générale.

Type en esse. — - Un certain nombre de féminins sont en esse : abbé, abbesse : maître, maîtresse : (ci. : princesse, pauvresse, tigresse, ânesse). Cette forme désigne soit des femmes qui remplissent telle ou telle fonction, soit les femmes de ceux qui possèdent une dignité ou exercent une fonction. Ce féminin gagne chaque jour du terrain dans la langue ; certains disent : la mairesse ; la notairesse : Madame la mairesse s'assied chez le concierge et son mari monte (a. karr, Guêpes, fe série, 142) : — (lésarine est si coquette, dit la notairesse (a. theur., Luc. Dés., u).

L'analogie qui avait étendu ce type à ânesse. tigresse. sauvagessc, s'exerce toujours : moinesse, faunesse sont dans Y. H. ; adultéresse, chez P. Borel {Put., II, 197) ; — singesse dans les Goncourl (G. Lac, 19) ; — centauresse dans Anatole France (Orm., 47). La langue vulgaire se sert aussi fréquemment de cette forme féminine : bougresse, chefessc, gonzesse, ivrognesse, typesse...

Types en eresse, euse. — Beaucoup de noms qui faisaient leur féminin en esse avaient un masculin terminé en eur. Doù un féminin en eresse. Ce féminin était très répandu au moyen-âge et au XVL" s. : brodercsse (palsgrave, 154), menteresse (rob. estienne), pécherc^-sc (gauchie, éd. 1570, 66). Il n'est resté que quelques formes anciennes : défenderesse, pécheresse, chasseresse.

Mais, au cours du XVI^ s., un féminin euse se sulislitua dans beaucoup de cas au féminin en eresse : en effet l'r final du masculin cessait de se faire entendre, de telle sorte qu'un adjectif-nom comme menteuT se prononçait menteu. Il n'était plus distinct d'un adjectif du type peureux, où a- (s) ne se prononçait pas non plus. D'où, par analogie : menteuse.

Parmi les nouvelles formes en euse, les unes sont littéraires, comme tourmenteuse : la mémoire est la tourmenteuse des jcdoux (v. h., A\ D., ii, 194) ; — cf. : vous tairez-vous. Madame la SOUteneuse ? (p. borel. Put., I, 29).

90 LES SEXES ET LES GENRES

D'autres sont ou ont été populaires, comme tailleusc, dont l'Académie ne fait mention qu'en 1878, aujourd'hui tout à fait entré dans la langue, où il s'ajoute à la série : blanchisseuse, laveuse, repasseuse.

Vainqueur ne fait ni vainqueresse ni vainqueuse : Aurois-fe pour vainqueur dû choisir Aricie ? (rac. Phèd., 102).

Type en trice. — La forme féminin en trice n'était pas encore reçue au XVI ^' s., où on ne la rencontrait que dans une quinzaine de noms. L'emploi que l'on en fait dans la langue de la science et de l'industrie a contribué à vulgariser ce féminin (motrice, génératrice, bissectrice). On dit couramment aujourd'hui : directrice, inspectrice, organisatrice, fondatrice, distributrice, accompagnatrice.

La langue littéraire emploie fréquemment aussi ce type : P. Hervieu parle d'une grâce rédemptrice (Flirt. 126). Huysmans, d'expiatriccs nuits (Lci-bcis, 212). Ailleurs,, ce sont des t'o/.r vocifératrices(GOXc. Fr. Zemg.,-L:s.\).

Le développement du féminisme et les formes grammaticales.

— Il y a encore quelques fonctions cssenliellenient i)ropres à chaque sexe : nourrice ; marin ; chambrière : scaphandrier ; soldat ; cf. : rosière. Un auteur moderne a écrit ime nouvelle plaisante: Le rosier de Madame Husson.

D'autres fonctions avaient apparu longtemps comme réservées aux hommes : docteur, sculpteur, ingénieur. Pour diverses causes, les portes de ces professions se sont ouvertes ou bien s'ouvrent aux femmes. Un ministre a eu pour sous-chef de cabinet sa propre fille ; il y a des fenniies au barreau, d'autres qui exercent la médecine, etc. La question s'est donc posée pour la hingue. Quelle forme allaient prendre les litres jusque-là réservés ? Se fcniiniseraient-ils et comment ?

Pour un certain nombre de mots, la question s'est résolue sans peine : avouée, avocate, agrégée n'ont rien qui choque ; mais docteur a fait difllculté, cl aussi professeur, ingénieur ; croque-morte a l'air d'une funèbre plaisanterie. Le problème n'est pas simple. Dans beaucoup de cas, on s'en est tiré en ajoutant le mot femme : exposition des femmes peintres et sculpteurs. Ce n'est qu'un pis aller. Quelques formes se féminiseraient facilement; ingénieure, professeure, s'écriraient comme supérieure, mais doctoresse empêche docteure. Chefesse est horrible.

Ce qui augmente la dilLiculté, c'est que beaucoup de femmes croiraient n'avoir rien obtenu, si l'assimilation n'était pas complète. Elles veulent porter tout crus des litres dhounnes : Mademoiselle le Dr. un tel : On n'a noté qu'une seule médecin auxiliaire dcms les hôpitau.v du front et qu'une seule médecin chef à l'intérieur. Madame le D"" Girard Mcmgin dans l' Est et Madame le docteur Thys-Monod à Lyon (Rev. de P., 191G, 207, dans rob., Idiom., 198).

Formation de masculins. — Il n'y a guère que deux exemples de masculins formés sur des féminins, c'est veuf sur veuve et machin sur machine.

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