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H APURE PREMIER LA NOTION DE NOMBRE

Dans le langage, êtres, cJwses, actions sont nécessairement considérés, soit comme étant seuls, soit comme étant plusieurs. D'où les deux nombres fondamentaux : le singulier pour l'unité, le pluriel, pour tous les autres nombres : une maison, des maisons ; une opération, des opérations ; toi, vous.

Êtres et choses nombrables. Êtres et choses non nombrables.

• — Une dlid-Laçlion très importante pour le langage, et qu'on ne fait guère, est celle-cirJl y- a.fLçs choses c[ui. se comptent, ce— sont-J,es choses^jLûiQ- .^-^M-abies : des lits ; cent lieues ; vingt nuits ; dix Qrammes ; s'il y en a plusieurs, ce sont plusieurs unités.

ILv3i'autiie--parLd es clioS£s c£ui se jiyisent en parties, comme le plomb, le vin, la soupe. D'une quantité donnée de soupe on fait des portion.'; : assiettées, cuillerées, etc., non des-Oinités. Ce sont là les choses non nombrables.

Mais, comme nous le verrons, les choses non nombrables deviennent très facilement nombrables. Il y a bien des soupes et bien des vins. Un même nom sera tantôt un nom de choses nombrables, tantôt un nom de choses non nombrables ; ex. : un gâteau. Acheter trois gâteaux (nombrables); donnez du à ces enfants (non nombrablc).

La notion de pluriel. Les noms propres et le pluriel. —

Par définition tous les êtres, toutes les choses nombrables sont susceptibles d'être conçus, soit au singulier, soit au pluriel. Tous les noms qui leur appartiennent peuvent donc être employés au pluriel. Il n'y j Pfiini 4^xception pour lés jiûins^ropres, sauf -bien entendu quand ils sonL strictement propres, c'est-à-dire quand le-ji£mi n'.appartient réeltement qu'à un- seul, par exemple la Meurthe ou le mont Cervin. Quant aux noms de personnes, comme nous l'avons remarqué plus haut, la plupart d'entre eux sont portés par plusieurs individus, et par plusieurs familles :

il y a eu douze Césars ; il y a un nombre énorme de Boulanger ou de Lefèvre.

Outre cela., Jes noms propres sont employés comme noms-cammuns. Un Véronèse, c'est un tableau de Véronèse. On pourra donc demander : Cornbien y a-t-il de Véronèses au Louvre ? (cf. il achète tous les Corots qu'il rencontre). Il y a en circulation des Rodins qui n'ont pas été vendus par le maître. On dira de même : il a toujours deux Racines sur sa table; j'ai perdu l'un après l'autre deux Chéniers, c'est-à-dire deux exemplaires des œuvres de Racine, de Chénier.

Nous avons vu aussi que les noms propres, de montagnes, de fleuves ou d'hommes, sont employés flgurémeiit pour nommer d^s^types du genre de celui que nomme ie nom propre : des Pactoles, des Césars, des Harpagons ; une sorte de Lacédémone américaine où l'individu n'existerait que pour servir la société plus omnipotente, absolue, infaillible et divine que les Grands Lamas et les Nabuchodonosors (flaub., Éduc, i, 239) ; — un poète, mâle ou femelle, icuiçail autour de lui, sur les têtes recueillies et décoiffées des vieilles Saphos et des jeunes Corinnes de l'endroit sa large et puissante poésie (a. dum., Aff. Clém., XXIII, 38 ; (cf. H. L., m, 456).

Donc, même sans devenir des noms communs, les noms propres sont, dans une foule de cas, employés en parlant de plusieurs ; ils sont au pluriel.

Les choses non nombrables et le pluriel. — ParjiéfiniUtin, les choses non nombrables n"onL pas de pluriel : l'argent, 'hydrogène, l'encre. Mais la plupart des matières existent en plusieurs espèces : il y a bien des encres. II y a de l'or jaune, de l'or rouge, de l'or vert. Ce sont des ors. Tl y a de même des zincs, des terres, des eaux, des mélasses, des sucres, différents de romposilion, de forme ou de goût, de couleur, de prix, etc. Et par là s'introduit déjà l'idée de pluralité. Elle existe pour ainsi dire dans tout pour les techniciens. Il y a l'électricité statique, et l'électricité dynamique pour le physicien; pour le chimiste, l'acide sulfurique anhydre et l'acide sulfurique du commerce ; pour l'épicier la moutarde de Dijon et celle de Bordeaux, etc. ; — Et l'Abyssin venait y prendre des ivoires (v. h., Lég., Lions).

D'autre part les objets faits avec les malières portent les noms de ces matières. Il y a dans le commerce des bronzes. On nettoie les cuivres avec diverses préparations. Il a été fabriqué des zincs d'art.

La règle qui dit que les noms de matières n'ont pas de pluriel est unej:èglê fausse, et qui l'était déjà, quand les grammairiens de la fin du XYII^ s. l'ont promulguée. Les tarifs de douane de Colbert la démentaient en cent endroits (ii. i.., m, 361 et iv). C'est une plaisanterie, rien de plus, que de dire, comme on le fait souvent, des argents, pour de l'argent : il me faudrait des argents. Mais voici qui est très sérieux : Elle avait fait entrer dans la sonune tous les argents (gong., G. Lac, 70) ; — Pour ces chiffres, ces argents, je vous en prie... causez plutôt avec mon gendre (herv.. Cours, fl., iv, ii).

.^Les idées abstraites, les noms de qualités, dç manières d'être, donnent lieu à des observations analogues. Soit la sensibilité. D'abord il y en a de bien des

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