LE PLURIEL ORTHOGRAPHIQUE
L'emploi de s. L'embarras de l'écriture ne vient pas du reste de la multiplicité des signes, mais bien de ce que les conventions orthographiques admettent que certains noms ne prennent pas la marque du pluriel.
Ce sont 10 ceux qui ont déjà s, x, z : temps, nez, gaz. Rien à objecter.
20 Des mots qui sont accidentelleemnt substantils : l'enfant traçait des sept ; — des pourquoi ; — des si et des quoi ; — nos hier valaient mieux que nos mornes aujourd'hui ; — recueillir des on dit. 11 y a déjà là quelque illogisme. Si on fait passer uii adverbe ou un autre.niotrinvariable-dans4a-calé;r g.orie -des-JUDons, ^Kmrquoi refuser d'antre pact-de lui applitpierles-r^gles d'écritttïe qui concernent le nom ? Cette demi-mesure est d'autant plus baroque que le verbe, l'article, l'adjectif vont s'accorder avec ce mot qui lui-même ne porte point dans l'écriture la marque du pluriel.
La raison donnée, — et elle ne manque pas d'une certaine force, — c'est qu'on rendrait ces uiotâ méconnaissables : ex. : des ouis ; des ts. Tant il est vrai qu'on ne peut trouver d'écriture rationnelle qu'en suivant le langage parlé et en se conformant à ses usages. Le reste n'est qu'arbitraire et pour corriger, il faut sans cesse avoir recours à un nouvel arbitraire.
L'orthographe des noms propres. — Les régies que ]"on a posées à ce sujet ne sont guère fondées en raison. On apprend à l'enfant que les noms de famille prennent la marque du ])luriel quand ils représentent une famille célèbre. Ainsi on écrira : les Bourbons, les Saint-SimonS : mais on ne mettra pas d's dans les Carnet, les Périer. Où commencent donc les familles dignes de l's, signe de grandeur et de pouvoir ? Voltaire ignorait ces restrictions ; H écrit : lesTichonS : j'ai une grâce à vous demander ; c'est pour les Fichons. Ces Fichons sont une race de femmes de chambre et de domestiques, transplantés, â Paris... Un Pichon oient de mourir à Paris et laisse de petits Fichons *(Let. à Tronchin, 29 juil. 1757V
D'après les règles établies, les noms propres expriinanl des types littéraires ne prennent pas la marque du pluriel : les Werther ; les René. De même pour les noms U.;arlisles qui sappliqucnt à leurs œuvres : j'ai trois Flaubert sur ma table.
Pourtant ne s'agit-il pas dans le premier cas de plusieurs individus, encore qu'ils aient tous delà ressemblance avec le héros de Gœthe ou celui de Chateaubriand ? et dans le second n'a-t-on pas affaire, bien qu'elles soient toutes trois du même auteur, à des œuvres différentes ? D'ailleurs la règle se préoccupe si peu d'être d'accord avec elle-même qu'après avoir condamné l's dans ce cas-là, on l'emploie quand il s'agit de noms de pays; il faut écrire: les deux Amériques.
L'orthographe des noms composés. — Les règles concernant les mots composés sont pour la plupart fondées, elles aussi, sur l'arbitraire :
10 Pour ceux qui ont soudé leurs éléments, il n'y a pas de difTiculté. Ils prennent l's du pluriel selon la règle concernant les noms ordinaires : des
gendarmes, des plafonds, des entresols. Quelques-uns font cependant varier leurs différents éléments : marfame — mesdames ; monsieur — messieurs ; mademoiselle — mesdemoiselles. L'autre pluriel de madame, savoir des madames a un sens difTérent du premier. (Gentilshommes est ancien).
2° Quand le nom composé est formé d'un adjectif et d'un nom, le pluriel est de rigueur pour les deux éléments : beaux-frères, rouges-gorgeS.
30 Quand le nom composé est formé d'un élément invariable et d'un nom, le nom seul prend l's : des avant-scènes, des arrière-cours.
De même quand les noms sont formés d'un élément verbal : des couvrenuques, des passe-poils, des casse-noisettes.
Les « composés à ellipse » demeurent en général invariables : des pied-àterre.
Observations et réserves. — Toutes ces régies comportent déjà de nombreuses exceptions, par exemple, si le deuxième terme du juxtaposé est un Invariable : des salles à manger. C'est pis encore, quand on vient aux composés où il faut se fier à l'analyse. Ctiemins de fer s'y prête, et aussi : pommes de terre. Mais quelle analyse peut-on appliquer pratiquement à c lie fs-d' œuvre ou à aides-de-ccmip ? Faut-il savoir, avant d'écrire, s'il y a un ou plusieurs bancs dans les chars-à-bancs, si on accrochera une ou plusieurs clefs aux porte-clefs ?
On pense être sorti d'embarras, (juand le deuxième élément est un nom de matière non nombrable, comme dans pèse-lait, gagne-pain ; mais nous avons vu avec quelle facilité la langue fait des noms de choses non nombrables des noms de choses nombrables. On peut admettre qu'un pèse-lait sert à peser les laits ; qu'un porte monnaie sert à porter des monnaies, ou les cliasseneige à chasser /es neiges. C'est une règle bien dangereuse que celle qui oppose des coupe-papier à des ouvre-lettres. C'est la même qu'on a soutenue à propos de table de hêtre et forêt de hêtres. A ce compte on devrait dire un casse-têtes ; le singulier se justifie-t-il comme dans fume-cigare, parce qu'on n'en fume qu'un à la fois ? Dans un exemple comme celui-là. l'interprétation peut passer, mais comment écrire : des caprices de femme, un lit de plume, un magasin de soierie, une salade de laitue, un banc de pierre ? Faudra-t-il examiner s'il s'agit d'un monolithe ? Monsieur et Madame ont leurs cartes de visite. En bonne logique il faudrait le pluriel, puisque ces cartes leur servent à faire leurs visites. ÎVIais ils vont ensemble chez une dame, ne la trouvent pas. Ils n'ont fait qu'une visite. Ils laissent leurs cartes do y/s//e. Ce sont là des chinoiseries, que les plus grands écrivains ignoraient. Chateaubriand écrivait encore : les autres genres d'apologies sont épuisés (Génie, 8). — Cf. V. H., : Croix de Napoléon ! joyau guerrier ! pensée ! Couronne de laurier, de rayons traversée (Ray. et ombr., Reg. dans une mansarde); — Ce vieillard possédait des chcmtps de blés et d'orge (Lég., Booz) ; — chaque arbre du verger avait son cliœur champêtre, son orclxestre élevé sur de vieu.v troncs de hêtre (lam.. Joc. U''' mai 1786); - il me montra les las de